Marie : "Sans contrefaçon, je suis un garçon."
À l'occasion du dossier sur les pères de lesbiennes dans "Têtu" n°112, actuellement en kiosques, nous publions une sélection de lettres qu'elles leur ont adressée pour régler leur compte ou leur parler, simplement.
"Il était une fois une toute petite fille qui grandissait dans le ventre de sa maman. Parallèlement, loin de cet abri douillet, vivait un homme que l'on allait appeler "Père". Cet être étrange(r) venait parfois rendre visite à cette femme qui portait tout de même son enfant, et repartait en laissant derrière lui une future mère attristée par son manque d'amour et son manque de lui. Il avait eu une vie de chien, avec une adolescence difficile pendant l'après-guerre au sein d'une famille nombreuse, mais pas heureuse. Il n'était fier que de son nom et de lui, et ne savait pas donner d'amour puisqu'il n'en avait pas reçu… Avec sa femme, qui allait devenir ma mère, il voulait un garçon pour la continuité du nom, parce qu'il pensait qu'à part le nom, son père, à lui, ne lui avait rien laissé. Alors, vous vous imaginez sa surprise, et presque sa colère (oui, oui, il était en colère!) à ma naissance! Une fille. C'était une tragédie! Alors, pour compenser, il se dit qu'en trompant ma mère, et en faisant un enfant ailleurs, il aurait peut-être une autre chance d'avoir un fils. C'est ce qu'il fit et il le fit si bien que son rêve se réalisa et que l'enfant tant attendu arriva. S'en suivit un divorce d'avec celle qui l'aime toujours et un enfant sans père, un de plus… J'ai grandi sans lui et il ne m'a jamais manqué. Il a cru bon de réapparaître dans ma vie à la fin de mon adolescence. Il m'a enlevée du petit nid douillet que ma mère m'avait fabriqué, et m'a dit: "Ma fille, rattrapons le temps perdu!". Et moi de lui répondre: "Papa, je suis lesbienne!" avec moins de culpabilité que lui dans le cœur. Depuis ce jour, je n'ai plus aucune nouvelle de lui. Papa, je vais juste conclure par cette phrase: "Envers, malgré et contre toi, et surtout sans contrefaçon, tu peux ne pas me croire, mais je suis un garçon!" Marie, 27 ans, Marseille











