Maboo, une artiste touche-à -tout résolument optimiste
À la fois graphiste illustratrice et peintre, Maboo aime divertir. Sa vision des personnages de la série "The L Word" est irrésistible. Rencontre avec cette artiste toulousaine à la bonne humeur contagieuse.
Pouvez-vous nous présenter votre parcours? Je suis autodidacte à 99%. Après le bac, j'ai fait un BTS publicité, puis j'ai commencé à travailler avec une chef de pub free-lance. Elle avait les plans marketing et moi, faute d'ordinateur, je faisais les maquettes à la main. Parallèlement, comme je peignais et qu'à l'époque les seules galeries qui existaient à Toulouse n'exposaient pratiquement que du figuratif, j'ai cofondé en 1998 l'association Créator's qui regroupait une soixantaine d'artistes toulousains. Le but était d'organiser des expositions individuelles ou collectives dans des lieux inattendus et de promouvoir les artistes toulousains quel que soit leur pratique et leur style. Ensuite, j'ai été chroniqueuse et illustratrice pour Je Mag. Maintenant, je suis indépendante et depuis six ans, j'ai un ordinateur parce que, les maquettes à la main, merci!D'après vous, est-il plus difficile de vivre de son art en province qu'à Paris? Je pense qu'il est difficile de vivre de son art tout court! Mais c'est là tout le challenge de "la vie d'artiste": les mois purée/pâtes en alternance avec les mois caviar, si tant est que l'on aime le caviar bien évidemment. Le mieux, lorsque l'on a l'impression de batailler tout seul dans son coin, c'est de trouver une structure ou une association, de tisser des liens avec d'autres artistes et de participer à des projets collectifs. L'émulation, il n'y a que ça de bon!Préférez-vous travailler à partir de techniques dites traditionnelles (peinture, crayons…) ou informatiques (palette graphique, Photoshop, XPress…)? Disons que je suis plus zen lorsque je suis devant une toile que devant un ordinateur. Lorsque je peins, je suis totalement dans ma bulle. Et puis, le rapport à la matière n'est pas le même. Ceci dit, donner vie à des personnages rien qu'avec une souris et un clavier, ce n'est pas mal non plus. Cela reste dans l'ordre du magique mais, dans l'acte, c'est moins jouissif.Il y a quelques années, vous avez collaboré à la création de plaquettes de prévention sida/IST à destination des lesbiennes. Qu'est-ce qui a motivé cette collaboration? Ce qui m'a plu dans ce projet, c'est que la distribution des cartes postales a souvent été accompagnée d'actions de prévention sur le terrain avec distributions de packs (préservatifs, digues dentaires…) par des bénévoles. Je ne connais pas beaucoup de lesbiennes qui se protègent, même lorsqu'elles couchent pour la première fois avec une fille. Elles ne connaissent pas vraiment les risques, pensent qu'ils sont moindres que pour les gays ou les hétéros et même parfois qu'il n'y en a pas du tout. J'ai l'impression que les lesbiennes ne se sentent pas trop concernées, un peu comme si elles étaient intouchables par la maladie.Personnellement et artistiquement, vous définissez-vous comme une artiste engagée? Il m'arrive d'avoir des coups de gueule et de les répandre sur la toile mais je n'ai pas l'art grave et profond. J'ai plutôt l'art léger, sans parti pris pour une cause ou une autre. Chaque toile est une petite histoire. Je m'engage surtout à divertir les yeux, l'esprit, à faire sourire et à amuser les autres, ce qui n'est pas une mince affaire! Les seuls moments où je m'engage vraiment, c'est lorsque je participe à des expositions collectives dont les ventes sont reversées en faveur d'une cause.Visiblement la série "The L Word" vous offre matière à illustration. Êtes-vous fan de cette série? Quel personnage vous a le plus inspirée? 
Comment ne pas être fan d'une série où les filles sont irréellement plus sublimes les unes que les autres, où le pire des problèmes est un évier qui se bouche parce que Jenny s'est coupé les cheveux avec un couteau de boucher et où même les plus moches pourraient faire la couverture du Pirelli? Non, vraiment, je bénis sur 20 générations celles qui ont permis un tel avènement. Pour les illustrations, tout en les caricaturant gentiment, toutes m'inspirent. Je suis fan de la série parce qu'en dehors des scènes torrides, je me fends la poire sur certaines scènes. Notamment quand Bette Porter hyper énervée ne trouve rien de mieux à faire que de manger une barre chocolatée! Celle qui m'inspire jusque dans mes rêves les plus dingues, c'est Jennifer Beals! Comment définiriez-vous la vie gay et lesbienne à Toulouse? Paisible. À Toulouse, la communauté gay et lesbienne est assez importante. Il y a pas mal d'associations et le regard des gens à nos égards est le plus souvent bienveillant. En ce qui concerne les lieux, il y a encore des efforts à faire. La seule librairie homosexuelle a fermé ses portes il y a un an et nous n'avons toujours pas de centre gay et lesbien. Pour les sorties, les mecs sont mieux lotis que nous.Quels sont vos projets pour l'année 2007? Terminer la série des caricatures de "The L Word" et en faire une exposition. Ensuite, je partirai à la conquête de Showtime [la chaîne de télévision qui diffuse la série aux États-Unis] pour qu'enfin mon rêve se réalise et que Jennifer Beals porte un tee-shirt avec sa caricature, puis qu'elle consente enfin à m'épouser. Je vais également monter une nouvelle exposition de nouvelles toiles en mars et je travaille en collaboration avec une boîte de décoration sur la réalisation de kits de stickers géants. Bref, beaucoup de travail en perspective!Photo DRLe site de Maboo: www.maboo.frMaboo sur MySpace: www.myspace.com/mabootik











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