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"Ma sœur jumelle ne voulait pas que je devienne homo comme elle"

Par Julie Lezzie vendredi 25 janvier 2008, à 00h00 | 2345 vues
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En complément du dossier sur les jumeaux homos dans "Têtu" n°130 actuellement dans les kiosques, notre journaliste a recueilli le témoignage de jumelles toutes les deux lesbiennes.

"Je suis née en 1971. Il n'y avait pas alors d'échographies comme aujourd'hui, ce fut donc une surprise pour nos parents de découvrir qu'ils avaient donné naissance à des jumelles. Nous passâmes une enfance heureuse, pensant que nous étions de fausses jumelles, car nous étions un peu différentes physiquement, et n'avions pas les mêmes vêtements. Claire avait un caractère plus vif, moi un caractère plus réservé. Née la première, elle sut tout faire avant moi: marcher, faire du vélo… L'adolescence fut plus compliquée: premières amours, premières dragues. Je voyais bien que j'étais parfois un "boulet" pour Claire qui voulait draguer les garçons seule! J'avais également des petits copains au collège, mais très vite j'ai vu que je bloquais physiquement, je préférais la compagnie des copines dont j'étais secrètement amoureuse. Comme toujours, Claire a franchi le cap plus tôt que moi, sortant avec des filles dès le lycée. Moi, j'ai attendu la fac. Ma sÅ“ur ne voulait pas que je la suive dans les lieux gays, car elle ne souhaitait pas que je devienne homo comme elle. Je me suis souvent posée la question de savoir si j'étais lesbienne "pour faire comme Claire" ou si c'était ma nature. Aujourd'hui, je sais que ce n'est pas pour l'imiter, même si je pense que mon homosexualité découle en partie de ma gémellité: avoir toujours été proche de ma sÅ“ur et en avoir pris soin m'a sûrement prédisposée à aimer les filles, ça me semble naturel. Heureusement, nous avons des goûts différents. Il est cependant arrivé qu'une même fille nous intéresse toutes les deux. Dans ce cas, la règle était: "La première qui l'a connue a la priorité!" – c'était une question d'honneur! Mais comme nous avons des caractères bien différents, nos amies tombaient amoureuses soit de l'une, soit de l'autre, mis à part une fille qui a commencé par sortir avec ma sÅ“ur, plus extravertie mais pas disponible, pour finir avec moi. Nous n'avons jamais profité de notre ressemblance pour leurrer qui que ce soit. En revanche, une petite amie de Claire s'est amusée à me draguer, pour jouer avec nous, je suppose. Mais même si elle m'avait plu, il m'aurait été impossible de trahir ma sÅ“ur. Claire a fait son coming-out  auprès de notre mère à 20 ans, elle ramenait ses petite amies à la maison. Je n'ai pas eu à faire le mien; ma mère sait que je n'aime que les filles, mon père me croit bi – il a essayé à plusieurs reprises de me caser avec des hommes, en vain! À la même époque, j'ai fait une crise identitaire, principalement due à ma gémellité. Car même si on essaie de l'oublier, les sentiments envers sa "moitié", le regard des autres ou les coïncidences inexplicables –comme de se retrouver dans le même wagon d'un train sans s'être parlées auparavant!– sont autant de rappels au quotidien de la gémellité. Une jumelle, c'est comme une partie de soi-même : nous sommes du même sang, de la même chair, et on se comprend très vite. Le lien qui nous unit est comparable à celui qui lie une mère à son enfant, même si nous évitons le contact physique. Si nos mains se touchent par accident, ça nous fait une sensation étrange, comme si on touchait sa propre main –on ne s'est fait la bise qu'à nos 25 ans, et encore, sous la pression de nos amis. Aujourd'hui, après une reconstruction personnelle difficile mais nécessaire, tout va bien entre nous: chacune respecte le caractère de l'autre, et nous vivons bien séparément. Claire est en couple, alors que je suis célibataire… mais ça ne saurait durer!"

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