"L'homosexualité n'est pas la fin du monde et ce n'est pas non plus son commencement"
Pascal Sevran, décédé le XX août, avait accordé une interview à Têtu en décembre 2006. L'animateur se prononçait sur les coming-out des peoples gays.
Qu'avez-vous pensé de l'affaire Bern/Fogiel où les juges ont autorisé les journaux à évoquer leur homosexualité malgré leur désaccord? Les journalistes ont le droit d'écrire ce qu'ils veulent en bien ou en mal, peu importe. Il n'y a que deux barrières: la maladie et la délation. Quand on est un homme public exposé comme mes confrères ou moi-même, l'homosexualité n'est quand même pas un secret d'état.Pensez-vous qu'un artiste doit obligatoirement faire son coming-out? L'homosexualité n'est pas la fin du monde et ce n'est pas non plus son commencement. On n'est pas en cour d'assises, il n'y a pas d'aveu à faire. Ne posons pas cela comme un problème. Bien sûr dans des cas particuliers cela peut l'être mais les fiertés homosexuelles sont pour moi le comble du ridicule. Fierté de quoi? Pour créer des générations d'homophobes? La fierté n'est justifiée que par le mérite. On peut être fier quand on a écrit Le Portrait de Dorian Gray comme Oscar Wilde ou Notre-Dame-des-fleurs comme Jean Genet.Pourquoi, d'après vous, les people gay sont toujours un peu emprisonnés dans une logique de dire sans montrer et de montrer sans faire voir? Vous faites allusion à certaines personnalités publiques que je ne nommerai pas. Je pense comme vous, mais vous savez ce n'est pas une question d'homosexualité, c'est une question d'hypocrisie et l'hypocrisie est un défaut commun à tous les sexes de la terre, à toutes les couleurs de la terre, c'est même l'un des principaux défauts de l'humanité.C'est parce qu'il est plus facile pour un hétéro de parler de sa vie privée? Non. Quand on est connu, tout cela n'a aucune importance, ce n'est pas dur de parler de sa vie. Il y a des choses beaucoup plus difficiles comme celle d'affronter la mort d'un parent, d'un ami, la maladie, de travailler en usine 10 heures par jour ou encore le froid, la faim, le chagrin. Mais expliquer qu'on est très aimé par des jeunes gens, ce n'est pas très grave!Auriez-vous parlé aussi facilement de votre vie dans vos livres si votre ami était toujours vivant? Il n'est pas du tout certain que si Stéphane était là , j'écrive des livres sur ma vie privée. Je ne me suis jamais caché de rien mais en vérité je n'ai pas écrit sur l'homosexualité, j'ai raconté une histoire d'amour qui se termine par la mort. Cela m'a valu des retours de tendresse inouïs mais j'aurais préféré ne pas avoir à le faire.Pouvez-vous nous éclairer sur votre engagement en faveur de Nicolas Sarkozy qui s'est déclaré opposé au mariage et à l'adoption par les homosexuels? Oui absolument, je soutiens Nicolas Sarkozy parce que je suis d'accord avec ce qu'il pense et qu'il est mon ami. Je le soutiens parce qu'il est probablement le moins homophobe de tous les candidats notamment certains de gauche, ou certaines… qui changent d'avis opportunément au moment des élections. Les mœurs n'ont rien à voir avec les idées politiques. Bertrand Delanoë est comme un frère pour moi. J'ai passé 20 ans de ma jeunesse auprès de François Mitterrand et je n'ai pas oublié que c'est grâce à lui que l'homosexualité n'est plus un délit. Mais sans renier ma jeunesse et l'admiration que j'ai pour François Mitterrand, je dois dire que je n'en ai pas autant pour ses successeurs. Je partage les idées de Nicolas Sarkozy et je pense qu'un jour ou l'autre il finira par donner son accord pour l'homoparentalité si par chance il est élu. Car je suis pour l'homoparentalité à 100 % et je pourrais même défiler contre lui, sur ce thème qui est essentiel, s'il le fallait. Le mariage, en revanche, je m'en tape, c'est un ratage quand c'est hétéro, pour les homosexuels ce sera pareil!Entretien paru en décembre 2006 dans Têtu n°117, dans le cadre de notre dossier "Pour ou contre le coming-out des peoples gays?"Photo DR











