Le PS et les homos: un mariage de raison
C'est sous le signe de l'unité que les membres du Parti socialiste (PS) se sont quittés le dimanche 20 novembre, au Mans, à l'issue de trois jours de congrès, et après plusieurs de mois de déchirements sur fond de constitution européenne.
Si cela n'a pas vraiment occupé les débats, il faut reconnaître que, pour la première fois, les trois principales motions présentées au congrès (motion Hollande, motion Fabius, motion NPS Peillon-Emmanuelli-Montebourg) ont repris à leur compte la revendication de l'ouverture du mariage et de l'adoption aux couples du même sexe, en des termes plus ou moins explicites. À la tribune, personne ne s'est toutefois risqué à revendiquer la grande évolution du parti à ce sujet toujours un peu tabou, hormis le député de Paris Patrick Bloche, qui, comme souvent, a fait exception, en invitant ses camarades "à ne pas être moins audacieux" que leurs homologues espagnols. La synthèse adoptée, il reste donc aux socialistes à écrire leur programme, pour les présidentielles de 2007. Le mariage et l'adoption doivent logiquement y figurer. Mais d'ici là , Patrick Bloche a confié à Têtu qu'il souhaitait, avec Adeline Hazan, présenter au bureau national de son parti une proposition de loi relative au mariage et à l'adoption des couples homos, afin d'ouvrir le débat au Parlement le plus vite possible. Beaucoup craignent, en effet, que le sort réservé au mariage des couples gay et lesbiens ne soit le même que celui réservé au principe du droit de vote des étrangers aux élections locales, défendu depuis plus de 20 ans au PS, mais jamais mis en œuvre. Officiellement, il n'y avait guère que le représentant de Mayotte pour refuser de défendre ces revendications, même si personne n'est dupe sur le fond des réticences que le sujet soulève encore, au sein d'une base militante vieillissante. Mais, rappelle Annick Le Petit, également députée de Paris, "cela n'a pas empêché plus de 53% des militants d'adopter la motion Hollande". Mais savaient-ils tous qu'elle accordait aux homosexuels le droit d'adopter et de se marier ? Pas si sûr… Que pensent les militants PS de l'ouverture du droit au mariage et à l'adoption des couples homosexuels ?Tony Ben Lahoucine, élu à Saint Jean de la Ruelle, en charge de la démocratie participative et de l'égalité des droits: "Je pense qu'il ne faut pas attendre que les décisions viennent d'en haut, et que le travail de fond doit être fait par les militants, à leur niveau pour faire changer les mentalités au sein du parti. Dans ma mairie du Loiret par exemple, nous intercalons les cérémonies de Pacs et de mariage dans la maison commune. Les gens qui se marient voient donc des homos s'unirent également." Claude Deweld, militant de l'Oise: "Le mariage et l'adoption ? Mais y'a que Ségolène qui a un problème avec ça ! Je pense que les choses ont beaucoup évolué au sein du parti. Il faut évoluer avec la société : elle a changé, donc le PS doit changer. Moi par exemple, quand j'ai divorcé, j'ai été amené à élever mon enfant tout seul. Et j'ai compris beaucoup de choses sur les problèmes des femmes. Aujourd'hui, tout le monde est de plus ou moins près touché par des évolutions de société dans sa propre vie. Les militants sont très tolérants en Picardie, faut pas croire !"Thomas Carr-Brown, militant de 16 ans, encarté depuis un an: "Pour moi, c'est complètement naturel : je ne comprends pas les réticences de certains. Si les socialistes ne le font pas, alors qui le fera ? Au PS, il y a pas mal de gens déconnectés de la réalité."Christophe Tarape, militant au courant NPS: "Je sais pourquoi j'ai voté et je suis d'accord avec tous les points de la motion. Y compris pour l'ouverture du mariage et de l'adoption pour les homosexuels. Mais il y a encore des réticences avec la base. Par exemple, dans mon petit village du Sud-Ouest, des homos qui se sont récemment installés m'ont dit qu'ils avaient quelques problèmes avec leur voisine, une vieille dame. Je suis allée la voir, et elle m'a dit qu'elle fermait ses volets toute la journée, parce qu'elle avait peur des moustiques. Et donc du sida. Dans ces cas-là , les arguments des militants PS sont difficiles à trouver! Seule la motion de François Hollande met vraiment en avant cette question. Pas les autres. Les ténors ont testé cette question, mais je ne pense pas qu'ils la remettent sur le tapis une fois au pouvoir : c'est comme le vote des immigrés au niveau local."Un couple de sexagénaires, militants dans la Vienne: "On a voté pour la motion 1 (Hollande), mais on ne savait pas que le mariage et l'adoption y étaient inscrits. On est ni pour ni contre. Mais on refuse le communautarisme. Il faudrait pas que les homos en demandent trop et que le parti en fasse un argument politique et le mette en avant."Tino Kerdraon, ancien député de Bretagne et 1er adjoint de Brest, conseiller régional, et Marie-Agnès Lastennet, militante de Brest: "La Bretagne, c'est très catho, il y a une gène à aborder ces questions là . C'est très tabou. Notre éducation fait qu'on ne parle pas de ces choses-là . C'est vrai que ce n'est pas un sujet dans les sections. Maintenant, si les motions l'abordent, il faut suivre. Il faut vivre avec son temps, être tolérant, accepter la différence, on fait tous partie de la grande famille des socialistes !"Ali Soumare, de Villiers-Le-Bel, 24 ans, et Matata Jacques, de Sarcelles, conseillère municipale déléguée élue depuis 2001, 29 ans. Ont voté pour la motion 1: "C'est un sujet que nous abordons beaucoup dans les quartiers, parce que ça nous intéresse de voir la réaction des gens. Ils nous disent: "Mais pourquoi vous nous parlez de ça ? Ça ne vous concerne pas, et des homos, il n'y en a pas chez nous. Ils sont tous à Paris !" Nous leur disons qu'il y en a, mais qu'ils n'osent pas forcément s'afficher. Et que quand on se bat pour les droits des minorités discriminées, il faut le faire pour toutes. On leur fait comprendre que les homos souffrent des mêmes discriminations qu'eux. C'est à nous politiques de faire ce travail de relais d'opinion. Au départ, les gens sont sauvages, ils prennent très mal le sujet, mais au fur et à mesure qu'on leur donne nos arguments, ils deviennent moins fermés." Ali défend le mariage et l'adoption des couples homos, Matata émet des réserves sur l'adoption: "Je suis réservée sur l'adoption, parce que j'ai moi-même souffert de l'absence d'un père. Mais c'est un point de vue que je ne relaie pas dans ma section. Et je respecte les gens qui ont une ouverture d'esprit plus large que la mienne. Je ne suis pas fermée. Je veux en discuter."Les principales figures du Parti socialiste qui ont voté pour la motion Hollande sont-elles sincères ?Laurent Fabius: "La sincérité de ma motion est totale, je n'y ai pas inscrit le mariage et l'adoption du bout du stylo comme vous dites! En plus, j'ai déjà donné une interview à votre magasine il y a deux ans. Oui, je suis pour le mariage et l'adoption, même si, au sein du parti, la donne n'est pas encore claire."Martine Aubry: "Le mariage ne fait plus débat. Mais je me pose encore des questions sur l'adoption. Je crois qu'il ne faut pas faire de clientélisme et promettre des choses à chaque communauté qu'on ne sera pas capable de tenir. Vous me connaissez, je suis pour la franchise en politique. Il ne faut pas qu'on fasse le même coup aux homos que celui qu'on a fait aux immigrés pour les élections locales. Je suis pour une grande discussion, un échange d'arguments au parlement. La garde alternée, c'était la grande mode, rappelez-vous, et maintenant, tout le monde revient dessus. Il ne faut pas céder à la mode ou aux groupes de pression, dire "je suis pour" pour être branché."Vincent Peillon: "Nous n'avons eu aucune difficulté à inclure le mariage et l'adoption dans les motions. Emmanuelli est très libéré sur ces questions. Au contraire, il était ravi! Et puis on est un courant de jeunes !" Bertrand Delanoë: "Hé oui, les choses ont évolué ! Et je m'en réjouis. Ça serait drôle d'ailleurs, de faire la synthèse là -dessus, non ? Ça n'est plus un tabou au PS. Point final."Ségolène Royal: "Je n'ai jamais dit que j'étais contre. J'ai fait beaucoup de choses pour les gays et les lesbiennes, dans mon action politique. Je pense simplement qu'il ne faut pas se servir des gays et des lesbiennes, et se faire une popularité branchée sur leur dos. C'est une question trop importante. On ne doit pas l'aborder comme ça sur un coin de table. Il faut être mature en politique, laisser les choses évoluer, discuter. L'Espagne nous a montré que c'était possible."











