"L'Idaho crée un rapport de force avec les gouvernements étrangers"
Interview de Louis-Georges Tin, maître de conférences à l'IUFM d'Orléans, directeur du Dictionnaire de l'homophobie, initiateur de la Journée mondiale contre l'homophobie (Idaho).
Quels effets notez-vous aujourd'hui après la première Journée mondiale de lutte contre l'homophobie?Dans beaucoup de pays, la Journée a permis de mettre l'accent sur la question de l'homophobie qui, jusqu'alors, était bien souvent marginale dans l'espace public. Au fond, même en France, on l'oublie parfois, cela ne fait pas si longtemps qu'on prend l'homophobie au sérieux. Dans plusieurs pays, la Journée mondiale a produit un effet de rupture radicale, comme en Côte d'Ivoire ou en Chine, où les premières manifestations publiques LGBT de toute l'histoire du pays ont eu lieu le 17 mai 2005 ! Le fait de savoir qu'ils participaient à un réseau international de solidarité politique, que leurs actions étaient relayées, connues et soutenues à l'étranger, tout cela a clairement "enhardi" les militants dans de nombreux pays: c'est ce que l'on appelle l'"empowerment". Dans plusieurs cas aussi, nous avons de bonnes raisons de penser que l'existence de ce réseau international et de cette médiatisation ont créé un rapport de force, incitant les gouvernements étrangers à ne pas s'opposer aux actions mises en œuvre pendant la Journée. Qu'attendez-vous de l'édition 2006 de la Journée?Il y a plusieurs nouveaux venus, notamment en Afrique, mais je cherche moins à augmenter le nombre de pays participant à l'initiative (40 en 2005) qu'à augmenter et à consolider les initiatives dans chacun de ces pays. Outre les actions organisées au niveau national, nous favoriserons les initiatives internationales: une minute de silence dans les bars en mémoire des victimes de l'homophobie sera respectée dans plusieurs pays ; plusieurs cérémonies interreligieuses contre l'homophobie seront organisées; comme l'an dernier, plusieurs manifestations devant des ambassades auront lieux... Par ailleurs, Têtu est à nouveau partenaire du concours de nouvelles, nous invitons candidates et candidats à relever le défi !Le grand événement cette année se déroulera en Russie. Notre correspondant sur place, Nicolas Alexeyev, organise du 24 au 27 mai la conférence internationale IDAHO 2006, un festival culturel, et tout cela s'achèvera par la première marche des fiertés LGBT jamais organisée en Russie. Nous souhaitons qu'il y ait des délégations des quatre coins du monde qui participent à cet événement. Des hommes politiques comme Noël Mamère, Jack Lang ou Dominique Strauss-Kahn font partie de la délégation française, ainsi que des militants associatifs du Ravad, de l'Autre cercle, des Panthères roses, etc. Tous ceux qui veulent s'inscrire peuvent le faire rapidement en allant sur gayrussia. Il faut soutenir cette action en Russie. Si cette journée a le succès que nous en attendons en Russie, elle aura un effet bénéfique pour les personnes LGBT en Europe de l'est, qui pourront s'appuyer sur cet exemple remarquable pour montrer que la démocratie sexuelle n'est pas seulement une affaire d'occidentaux "décadents". Après la reconnaissance officielle de la journée mondiale contre l'homophobie en Belgique, où en est la France?En France, les choses avancent peu, il faut bien le dire. Nous y travaillons activement, et nous comptons notamment sur GayLib pour nous aider à ébranler la majorité sur ce point. Nous verrons bien le résultat... Mais au niveau européen, je suis plus optimiste. Les Verts, les socialistes et les libéraux-démocrates du Parlement européen nous soutiennent déjà , et la reconnaissance officielle du Parlement européen pourrait être obtenue dans les mois à venir. Programme complet de la Journée : idahomophobia











