Joute verbale entre Youri M. Loujkov et Bertrand Delanoë sur l'homosexualité
La presse homosexuelle avait fait le déplacement vers Berlin. Dans les couloirs de la mairie, nous pouvions rencontrer nos collègues anglais, allemands et russes. Tous s'étaient mis d'accord pour une intervention contre le très homophobe maire de Moscou. Lorsque Klaus Wowereit, maire de Berlin, a invité les journalistes à poser leurs questions, tout en regardant amusés et bienveillants, nos collègues du magazine Sieggesäule, qui ont ouvert le feu les premiers. En rappelant les prises de position du maire de Moscou contre la tenue de la gay pride dans sa ville, ils ont demandé aux trois autres maires d'exprimer leur point de vue. Youri M. Loujkov a aussitôt donné le ton en déclarant que "la majorité de la population russe était contre une manifestation à caractère sexuel". Naturellement, il a rappelé que "l'Église et toutes les confessions à Moscou et dans l'ensemble de la Russie sont contre ce phénomène". Mais surtout, il a qualifié l'homosexualité de "contre nature". À ce moment-là , Bertrand Delanoë, choqué, a commencé à grimacer tout en remuant sur sa chaise. Loujkov veut bien faire preuve d'une "certaine tolérance", selon ses termes, néanmoins il aurait fait interdire la gay pride par peur d'actions dirigées contre la société. Il a ensuite invité les journalistes à aborder des "thèmes sérieux". À la différence de son homologue moscovite, Bertrand Delanoë considère l'homosexualité comme un sujet sérieux et a tenu à "exprimer son sentiment profond". La réponse du maire de Paris montra encore une fois son honnêteté. Visiblement outré, il a répondu que "l'homosexualité n'était pas contre nature, mais que la nature crée les homosexuels et les hétérosexuels". Il a rappelé sa lutte pour l'égalité de tous, en particulier des hommes et des femmes. "Je respecte toutes les positions, mais je témoigne que la gay pride dans ma ville est une grande fête où nous trouvons même plus d'hétérosexuels que d'homosexuels". Avec humour, il a conclu son plaidoyer en annonçant qu'"un jour, dans 20, 30 ou deux ans, il y aura aussi une manifestation d'une telle ampleur à Moscou". Klaus Wowereit, le maire de Berlin, a soutenu Bertrand Delanoë en disant que "si dans nos trois villes, la gay pride n'est pas un sujet, en revanche ce n'est pas un rayon de soleil partout" et qu'il fallait se battre pour "l'acceptation et la liberté". Pour finir, il a critiqué de nouveau l'intolérance du gouvernement polonais et du maire de Varsovie en les comparant à l'attitude russe. À la fin de la conférence, lorsque le maire de Berlin a invité ses trois homologues à revenir dans sa ville, un journaliste du Sieggesäule a crié "à l'occasion du Christopher Street Day en juillet!". Wowi a réagi avec humour comme toujours. Il faut dire que nos collègues du magazine homo berlinois cultivent d'étroites relations avec leur maire.











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