José Bové: "Cette stigmatisation ne tient pas la route une seconde!"
Quand José Bové et ses camarades créent le syndicat des travailleurs paysans en 1981, leurs locaux parisiens sont voisins de ceux de "Gai pied". C'est donc tout naturellement qu'il s'engage en faveur des revendications des homosexuels. Cet entretien est paru dans "Têtu" n°120. C'est la première fois que vous prenez la parole dans un magazine homosexuel. Comment appréhendez-vous les revendications exprimées par les gays et les lesbiennes en France, en matière de reconnaissance de leur couple ou de leur famille, ou de la lutte contre les discriminations? Personnellement, cela fait très longtemps que je suis le mouvement homosexuel. Dans les années 70, nous avions pas mal de copains, notamment à Marseille, qui étaient militants homosexuels. Dès ces années-là , cela faisait partie des droits pour lesquels je me battais. C'est un combat fondamental pour la reconnaissance de tous les droits, pour le droit à l'indifférence et à l'égalité de tous par rapport à la sexualité ou d'autres réalités. Les individus doivent pouvoir ne pas être discriminés du fait de leur origine, de leurs choix sexuels ou de leur mode de vie. Il faut affirmer les droits, qu'il s'agisse des droits en tant que citoyen ou des droits sociaux, et les redéfinir, y compris dans la Constitution. C'est un premier combat pour qu'il ne puisse pas y avoir de retour en arrière sur ces questions fondamentales. Quelle est votre position sur l'ouverture du mariage aux couples homosexuels? Et sur l'homoparentalité? Cela me paraît être un combat évident dans la mesure où le choix de vivre à deux ou de fonder une famille est basé sur une relation amoureuse. Ce choix de vie doit être reconnu par la société. Puisqu'aujourd'hui le système dominant qui institutionnalise les droits et les devoirs, c'est le mariage, il n'y a aucune raison qu'il ne soit réservé qu'à une partie de la société. En ce qui concerne l'adoption, il faut arrêter cette duperie. Un célibataire a le droit d'adopter et je ne vois pas pourquoi deux hommes ou deux femmes ne pourraient pas le faire. Et puis c'est déjà une réalité. Que pensez-vous de l'argument souvent opposé aux homosexuels, selon lequel un enfant a besoin d'un père et d'une mère pour se développer? La construction psychologique d'un enfant est fondée sur l'amour. Ce qui importe, c'est que les parents l'éduquent avec un amour qu'il lui permette de se construire. De très nombreuses études sur les familles homoparentales montrent que les situations d'échec des gamins ne sont pas différentes dans les couples hétérosexuels ou homosexuels. Cette stigmatisation fondée sur une espèce d'ordre moral judéo-chrétien ne tient pas la route une seconde! Nous recevons des témoignages sur les difficultés à vivre son homosexualité dans le monde rural. Qu'en pensez-vous? C'est une réalité. Le village, c'est une petite communauté où la stigmatisation de l'un ou de l'autre est beaucoup plus forte. Mais cela vaut pour l'ensemble de la vie en milieu rural. Nous, nous voulons construire un monde rural différent, avec à la fois l'ouverture de la ville en terme de libertés individuelles mais aussi la solidarité sur un territoire où on peut se réapproprier son avenir. Concernant le droit d'asile, y êtes-vous favorable pour les homosexuels persécutés dans leur pays? Évidemment. Et au-delà de ce point, il faut une refonte totale du droit d'asile. Effectivement, les violences fondées sur l'orientation sexuelle doivent être reconnues comme étant un élément pouvant justifier du droit d'asile. Cela doit l'être aussi pour les persécutions faites aux femmes, et notamment le mariage forcé. Vous avez défendu l'accès universel aux médicaments génériques, notamment contre le sida? Quel rôle la France devrait-elle jouer dans ce domaine? Il ne suffit pas de taxer les billets d'avion pour arriver à lutter contre ce fléau, il faut une aide massive. On sait que dans de nombreux pays d'Afrique, par exemple au Zimbabwe, c'est la population rurale qui est touchée de plein fouet. C'est l'avenir du pays qui est en train d'être détruit par le sida. Il s'agit d'une question de santé pour les malades et d'une question d'urgence sociale. Cela doit devenir une priorité aux Nations unies et la France doit s'engager de manière très claire sur un plan financier d'urgence, en l'imposant aussi au niveau européen. Et pour que cela fonctionne, il faut se servir des relais, notamment des organisations paysannes, pour porter le message contre le sida. Qu'est-ce qui distingue votre candidature de celle de Marie-George Buffet, Dominique Voynet ou Olivier Besancenot? Le pari que je fais, c'est qu'on ne peut pas lutter aujourd'hui contre le libéralisme si on ne lutte pas en même temps pour l'écologie. Aujourd'hui, il y a une cause fondamentale à la destruction à la planète: la logique productiviste et le système libéral. Ces deux combats, je les mène de pair et de manière aussi radicale l'un que l'autre.











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