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Dominique Voynet: "Il faut dédramatiser la question de l'orientation sexuelle"

Par Emmanuelle Cosse mercredi 21 mars 2007, à 00h00 | 583 vues
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Déjà candidate en 1995 pour représenter les Verts, Dominique Voynet, sénatrice de la Seine-Saint-Denis, soutient les revendications du mouvement homosexuel sans états d'âme. En 2007, elle veut être la candidate des "invisibles". Cet entretien est paru dans "Têtu" n°120. Dans un sondage réalisé en novembre 2006 par Ipsos pour Têtu, 61% des Français estimaient que vous étiez "plutôt favorable à une plus grande égalité des droits entre homosexuels et hétérosexuels", devant tous les autres candidats à l'élection présidentielle. Comment expliquez-vous ce résultat ? D'abord parce que je dis les choses, je m'efforce de parler clairement, de nommer les situations, de dire lesbienne, gay, transsexuel! C'était amusant, lors du débat sur l'amélioration du Pacs et notamment la pension de réversion, d'entendre les sénateurs utiliser des périphrases pour ne pas avoir à parler des homosexuels. Je leur ai répondu: "Vous devriez dire que vous refusez de donner la pension de réversion aux homosexuels vivant en couple, ce serait nettement plus clair." Ensuite et surtout parce que je suis vraiment pour l'égalité des droits, depuis toujours! Lors de ma première participation à la gay pride, les politiques se comptaient sur les doigts d'une seule main… Depuis la création des Verts, nous ne voulons pas seulement protéger l'environnement mais changer les conditions de vie de chacun pour vivre dignement. Cela nous inscrit dans le mouvement d'émancipation et de lutte pour les droits, de tous et pour tous, femmes, personnes âgées, handicapés, minorités sexuelles… Mon ambition dans cette campagne est de donner de la visibilité aux invisibles. Au printemps 2004, Noël Mamère a déclenché une énorme polémique en annonçant qu'il célébrerait un mariage d'un couple gay. Quel fut votre sentiment lorsque cette revendication du mariage pour les couples de même sexe a explosé sur la scène politique? Politiquement, je suis évidemment d'accord avec Noël; le droit au mariage est dans notre programme, dans le cadre d'une politique cohérente qui permette de traquer, de punir et d'éradiquer les discriminations, pour faire évoluer les comportements et les représentations collectives. Sur le plan personnel, je suis très embêtée avec la revendication du mariage, qui reste pour moi une institution réactionnaire. Le droit de se marier ne doit pas devenir l'obligation de se marier, ni l'occasion de culpabiliser ceux qui ont d'autres modes de vie. Je ne voudrais pas que cette revendication soit le prétexte à une sorte de réactivation de l'ordre moral. Il faut défendre la liberté, pour les homosexuels comme pour les hétérosexuels, d'avoir des partenaires multiples, d'avoir différentes histoires dans sa vie, et de se marier si on en a envie! Des couples de même sexe ont envie de se marier? Ils et elles doivent avoir les mêmes droits que les couples de sexes opposés. Et puis, pour choisir de ne pas se marier, il faut avoir le choix de se marier ou pas. Élémentaire, non? Si cette réforme du mariage était adoptée, que deviendrait le Pacs? Le Pacs perdurerait, tout simplement parce que beaucoup de couples sont pacsés et que beaucoup ne veulent pas se marier. L'ouverture du mariage à tous les couples ne va pas nous épargner d'améliorer le Pacs, pour là aussi arriver à l'égalité des droits. À partir du moment où des droits existent pour des couples hétéros, ils doivent être accordés aux couples homos, c'est simple! Comment abordez-vous aujourd'hui les revendications autour de l'homoparentalité? D'abord, c'est une réalité vécue par des milliers d'enfants, et par des milliers d'adultes. Que les enfants soient nés de relations antérieures, de techniques d'assistance médicale à la procréation (AMP), médicalisées ou plus "artisanales", ou qu'ils aient été adoptés, il s'agit de mettre toutes les personnes concernées en sécurité! J'ai été confrontée au quotidien à des situations surréalistes. On est prêt à confier un enfant à une voisine à la sortie de l'école mais pas à son second homoparent. J'ai été proche d'un couple de femmes dans le Jura qui ont choisi de ne pas biaiser et de dire qu'elles vivaient en couple. L'agrément d'adoption leur a été refusé, au motif qu'elles "n'offraient pas toutes les garanties de sécurité affective"! Elles sont enseignantes, on leur confie des enfants toute la journée et elles ne seraient pas capables d'en élever? C'est ridicule! Comme dans le mouvement des femmes, l'enjeu n'est pas seulement de demander l'égalité des droits, mais aussi de faire exploser des codes étriqués. Je suis donc évidemment pour le droit à l'adoption et la reconnaissance du parent social. Reconnaître "l'autre parent" dans la loi permettra aussi de faire évoluer les mentalités et de mettre les choses au clair par rapport aux droits de chacun, mais aussi au reste de la famille. Au-delà de l'adoption, l'assistance médicale à la procréation devrait être ouverte aux femmes qui le désirent. Reste la question des séparations, des recompositions familiales, qui concerne de la même façon les familles hétéroparentales et homoparentales. Une convention signée devant le juge aux affaires familiales doit organiser les droits de chacun quand les couples se défont. C'est la droite qui a fait adopter, en décembre 2004, la loi réprimant les propos sexistes et homophobes. Vous préconisez dans votre programme l'application totale de la directive européenne sur l'égalité, qui date de 2000? Qu'entendez-vous par-là? Vous dites "C'est la droite qui a fait adopter". Mais elle a été incapable de remettre Christian Vanneste à sa place. Au contraire, il a bénéficié d'une certaine complaisance au sein de son parti jusqu'à ces derniers jours. Certes, la loi a le mérite de fixer les règles, mais quand quelqu'un est amené à déposer plainte, c'est que l'acte violent a eu lieu. La loi n'a de sens que si elle est accompagnée par un programme d'éducation. Et c'est pour cette raison que l'affaire Vanneste est si grave. Parce que cela entretient l'idée qu'en dépit de la loi, on fait ce qu'on veut, y compris quand on est parlementaire. La directive européenne a été transposée un peu rapidement dans la loi française, en oubliant par exemple les transsexuels ou la question des sanctions en cas de discrimination dans l'entreprise. Quelles mesures proposez-vous pour combattre le phénomène inquiétant du suicide chez les jeunes homos? Je trouve que la société n'est vraiment pas habile avec les jeunes. Il serait temps qu'on apprenne à parler tranquillement d'identité sexuelle et de sexualité. On doit parler aux enfants de sexe et d'amour, en fonction de leurs demandes, avec des mots qu'ils comprennent. On doit aussi répondre aux difficultés particulières auxquelles sont confrontés beaucoup de jeunes dans les quartiers, où règne la culture hypervirile de rue, ou dans les zones rurales, où règne l'isolement. Ce n'est pas seulement quand l'adolescent se pose des questions sur son identité qu'on doit lui répondre. Il faut dédramatiser la question de l'orientation sexuelle et expliquer aux plus jeunes que ce qui compte, c'est la liberté de choix. Quel est votre sentiment sur le sort réservé aux sans-papiers en France, dont certains sont homos? Les Verts ont été, comme nombre d'associations, de toutes les mobilisations pour les sans-papiers, de Saint-Bernard à Cachan. Nous proposons de sortir l'immigration des compétences du ministère de l'Intérieur en créant un ministère de la Solidarité internationale et de l'Immigration. Ensuite, même si je reconnais à un État le droit de savoir qui rentre et qui sort de son territoire, il faut arrêter avec ces politiques complètement folles et tout le cinéma médiatique qui va avec, notamment en matière de visas, et dire la vérité aux Français: les sans-papiers ne partiront pas. Ils ne partiront pas car ils font partie de la société, la plupart ont un emploi, des relations amicales ou amoureuses, des enfants scolarisés. Il faut faire cesser l'exploitation de milliers de personnes sur notre territoire en leur donnant des papiers. Enfin, je dénonce les moyens extravagants mis à la disposition de la traque des familles et des personnes sans-papiers. Que pensez-vous des gays et des lesbiennes persécutées qui ont du mal à faire valoir leur droit d'asile en France? C'est en effet un sujet que la France a tendance à occulter. Il est toujours très difficile de prouver que les sévices ont été perpétrés en raison de l'orientation sexuelle. Et concrè-tement, il est difficile pour un exilé de raconter un viol ou une persécution d'origine sexuelle dans le bureau d'un fonctionnaire de l'Ofpra. La liste des pays dits sûrs par le ministère de l'Intérieur élude la question des persécutions d'origine sexuelle ou de genre. Certains pays sont réputés sûrs alors même qu'on les connaît très brutaux en direction des homosexuels, ou incapables de protéger les filles des mutilations sexuelles. C'est évidemment une grossière erreur qu'il faut dénoncer. La liste des pays sûrs doit intégrer ces critères et être constamment révisée. Je souhaite évoquer aussi la couardise de notre pays, qui est incapable de dénoncer l'exécution d'homosexuels en Arabie Saoudite ou en Iran. Qu'il s'agisse de la peine de mort en Chine ou de la répression des homosexuels en Égypte, la diplomatie française ne fait pas son travail. Je note que l'Union européenne est aussi assez timide sur le sujet des discriminations, y compris sur son sol, et je souhaite qu'elle condamne clairement les attaques en direction des homosexuels, en Pologne par exemple. Vous proposez une refonte totale du système de santé. De quoi s'agit-il? En gros, ras-le-bol de dépenser des sommes extravagantes pour réparer les dégâts, alors que les budgets de prévention sont misérables, et ras-le-bol des politiques qui pénalisent les malades. On laisse une part de plus en plus lourde à leur charge. Qui est pénalisé? Les personnes en difficulté, qui n'ont évidemment pas de mutuelle. En matière de prévention du sida, la France se donne l'impression d'être efficace avec une campagne de communication annuelle autour du 1er décembre, c'est indécent! La France doit passer à la culture de la prévention, et cela s'adresse bien entendu, au premier chef, aux médecins. Il est inacceptable que certains refusent encore de soigner des malades séro-positifs et plus largement les bénéficiaires de la CMU. Sur le plan international, la France doit honorer ses engagements en matière de contributions financières et cesser de tergiverser face au grand défi qui est devant nous: l'accès massif aux médicaments génériques pour les malades des pays les moins avancés. Pour finir, avec la multiplication des candidatures à gauche, qu'est-ce qui peut inciter à voter pour vous, alors que de nombreux électeurs disent vouloir "voter utile"? Qu'est-ce qui est utile? Le degré zéro de la politique, c'est dire simplement qu'on doit éviter la droite. C'est ce qu'on a fait contre l'extrême droite au deuxième tour en 2002. Mais on ne peut pas susciter l'adhésion en disant simplement que l'autre, c'est pire. On ne doit pas adhérer à quelque chose par défaut mais à un projet qui va revitaliser la démocratie et lutter véritablement contre les inégalités. Voter Verts, c'est une garantie que les promesses faites pendant la campagne vont être tenues, grâce à un groupe parlementaire et à la vitalité de notre mouvement enraciné sur le terrain.

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