Des militants de l'Honduras font le point sur les droits lgbt
Donny Reyes et Lezdeny Almendarez militent pour les droits des homos honduriens au sein de l'association Arcoiris.
A l'occasion de la marche des fiertés tenue le 26 juillet, le trésorier et la directrice de l'association reviennent sur le quotidien de la communauté LGBT dans leur pays. Quel est le statut de l'homosexualité au Honduras? D.Reyes: Ce n'est pas un délit, ce n'est pas un crime. Aucun texte n'interdit l'homosexualité. Mais les LGBT souffrent de persécutions, principalement de la part de la police nationale et de l'Église catholique. Le 26 juillet, vous célébriez la troisième édition de la gay pride au Honduras. Dans quel climat s'est déroulée cette manifestation? Donny Reyes: Nous n'avions pas de permis officiel pour défiler mais nous avons quand même marché pour réclamer des droits lgbt. Mais notre marche ne s'apparente pas à une gay pride comme vous en faîtes en Europe, ça ressemblait plutôt à une marche de protestation pacifique. Nous avons défilé à San Pedro Sula car nous n'avons pas eu l'autorisation de défiler dans la capitale Tegucigalpa. Cette année, on a compté environ 600 personnes. Les participants étaient surtout des membres des six associations LGBT. Nous n'avions pas la protection de la police mais tout s'est bien passé contrairement aux années précédentes, il y avait de la répression, surtout des religieux des églises. L'Eglise pose-t-elle d'autres problèmes à la communauté LGBT? D.R: Quand l'Espagne a légalisé le mariage pour les couples homosexuels, toutes les associations religieuses ont fait une pétition pour demander la modification de l'article 182 de la constitution. Elles voulaient qu'il souligne que le mariage ne peut unir qu'un homme et une femme, dans un souci de procréation, et que le mariage ou toute autre forme de pacte n'était pas possible entre des personnes de même sexe. En dix jours, la modification en ce sens de la constitution a été faite, ce qui est exceptionnellement rapide… Vous avez tous les deux été arrêtés par la police et avez subi des mauvais traitements. Est-ce que ce comportement est fréquent chez les forces de l'ordre? D. R: Les abus de la police comprennent des arrestations illégales, la torture, les viols, les assassinats, la séquestration, le harcèlement sexuel… De quelles autres discriminations souffrent les homosexuels? D.R: C'est plus simple de donner les domaines dans lesquels les homosexuels ne sont pas discriminés! Ils sont victimes de crimes de haines - ce qui comprend les assassinats -, de détention arbitraire et de négligence dans les centres de services, surtout ceux du secteur public. Par exemple, il n'existe pas de programmes spéciaux dédiés à la communauté LGBT. On refuse de lui porter attention et on la stigmatise: il y a un questionnaire à remplir sur les pratiques sexuelles et, à partir de ça, le personnel décide d'accorder ou non de l'importance au patient. Lezdeny Almendarez: Le personnel de santé prête attention à l'apparence physique, comment les gens sont habillés… et s'il y a un transsexuel ou une lesbienne, il fait attendre la personne jusqu'au soir. Diriez-vous que les gays et les lesbiennes souffrent autant l'un que l'autre de discrimination? Lezdeny Almendarez: Les discriminations touchent plus les lesbiennes et les transsexuels. Quand les gens les voient dans la rue, ils sont plus susceptibles de les agresser oralement ou physiquement. Par ailleurs, quand les filles ont 20 ans et qu'elles ne sont pas mariées elles ont leur pose des questions, on leur met la pression parce qu'il faut se marier, avoir des enfants... Alors les lesbiennes se marient et vivent une bisexualité forcée. D. R: Les violences contre les homosexuels arrivent parce qu'ils sont considérés comme des femmes. Et comme au niveau social et culturel la femme a moins de valeur que l'homme, on se permet de les attaquer. Pensez-vous qu'en reconnaissant Arcoiris en mai 2008 le gouvernement a changé sa politique envers les homosexuels ou qu'il a cherché à donner une bonne image? D.R: En reconnaissant Arcoiris, le gouvernement ne savait pas ce qu'il faisait! Il semble que cette reconnaissance soit l'œuvre du ministre de la Gouvernance et de la Justice, qui s'occupe des affaires internes en matière de droit. Cet homme est un sociologue et il avait peut-être une vision plus ouverte sur la question LGBT. C'est la preuve que, quand il y a une volonté politique, il peut y avoir des progrès. Mais il faut être prudent: il n'y a pas de soutien législatif et nous n'avons pas la certitude que la communauté LGBT sera intégrée dans l'agenda du gouvernement, qui cherche simplement à prendre les décisions qui séduiront le plus. Quels sont les axes de travail d'Arcoiris? Donny Reyes: Arcoiris assure la défense des droits humains des personnes LGBT. Nous formons aussi des personnes qui seront capables de parler des droits LGBT dans les grandes instances, comme la police, les ministères... afin qu'ils servent de porte-paroles à la communauté. Arcoiris s'occupe aussi de la santé physique et mentale, avec l'aide d'un psychologue, des LGBT. L'association offre par ailleurs un espace libre de rencontre et nous avons un centre d'éducation technique et informatique pour former et soutenir les LGBT avec peu de ressources ou vivant avec le VIH/sida.











