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Christian Vanneste répond à une blogueuse homo future maman

Par tp mardi 24 avril 2007, à 00h00 | 1336 vues
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Scandalisée par les propos du député Christian Vanneste, Muriel a tenu à lui écrire personnellement.

Muriel et sa compagne vivent ensemble depuis quatre ans et attendent un enfant pour la fin juin. Elle explique sur son blog que, scandalisée par les propos du député Christian Vanneste, elle a tenu à lui écrire personnellement. Les réponses qu'elle a reçues sont, d'après elle, une preuve évidente de l'homophobie que le député tente vainement de cacher sous des préceptes philosophiques et génétiques. Pourquoi avez-vous tenu à écrire au député Christian Vanneste? J'avais déjà écrit à un autre député, Pierre Lellouche, quelques temps après la signature du Pacs, parce que j'avais été scandalisée par ses propos (il avait dit qu'il fallait "stériliser les homos") et qu'à l'époque, ce cher monsieur était député de mon arrondissement, ce qui me rendait malade. Christian Vanneste tient des propos injurieux en toute conscience et sans en avoir absolument honte. Il me semblait que lui dire que des gens, concernés par ses paroles, pouvaient en être blessés était la moindre des choses. Par ma lettre,  je voulais aussi lui montrer que ses considérations étaient fausses. À l'écouter, l'homosexualité est une réalité subie et génétique contre laquelle les homos devraient lutter (par des thérapies par exemple, comme c'est le cas aux États-Unis) et je voulais lui montrer que certains n'avaient, non seulement aucune impression de subir leur vie mais qu'ils l'envisageaient même comme un choix qui pouvaient les rendre plus heureux. Comment avez-vous vécu ses réponses? J'ai trouvé que sa première réponse, écrite rapidement sur son blog, était une preuve évidente de l'homophobie qu'il tente vainement de cacher sous des préceptes philosophiques et génétiques. Il l'a modifiée depuis mais la seule expression "selon elle", qu'il a inscrite entre le "Mademoiselle" et mon nom, prouve le mépris que je lui inspire. Suis-je réellement un être humain à ses yeux puisque je ne dois pas être appelée "Mademoiselle"? Mais à part ça, j'ai vécu ses réponses, et notamment celle reçu par courrier, sans surprise car je ne m'attendais pas à un bouleversement humain de la part de quelqu'un qui vit dans le rejet permanent des autres. N'est-ce pas trop difficile de parler de choses aussi intimes sur son blog? Ça n'est pas difficile pour moi puisqu'à travers mon "intimité", je parle d'une situation particulière, l'homoparentalité, qui s'inscrit dans un débat qui se doit d'être public. Je pars du principe que la visibilité est le principal moyen de faire changer les gens d'avis et d'accéder à nos droits. On n'a rien sans rien et le précepte "Pour vivre heureux, vivons cachés" m'apparaît complètement faux. J'ai remarqué que des gens a priori opposés à l'homoparentalité changeaient d'avis quand ils rencontraient des familles homoparentales. Alors que leur jugement n'était fondé que sur des présupposés et des tabous, la vision d'un couple homo au quotidien avec un enfant leur montrait que c'était possible et pas si mal que ça. En lisant les réactions des lecteurs sur mon blog, je vois bien qu'ils sont touchés de notre histoire et qu'ils trouvent injuste la non-reconnaissance de nos familles. Ça m'encourage à continuer. Qu'est-ce que son écriture vous apporte au quotidien? J'ai toujours aimé écrire donc au départ, c'était un moyen de libérer ma parole et mes pensées facilement, dans l'anonymat. Depuis, mon blog a dépassé la simple sphère "privée" et je m'en sers aussi comme moyen de lutter contre l'homophobie en racontant ma petite vie de tous les jours en tant qu'homo. C'est pour cela que j'annonce en préambule "Chroniques d'un quotidien presque ordinaire" car ce "presque" dit toute la différence qu'il peut y avoir entre vivre hétéro ou vivre homo. J'ai remarqué que les gens étaient touchés par l'injustice qui touchait les autres (surtout que le blog crée un lien d'attachement entre les lecteurs et l'auteur) et même si ce ne sont que 300 personnes qui tous les jours se disent qu'être homo n'est pas toujours facile, pour moi c'est déjà ça! En tant qu'homosexuelle, aviez-vous fait le deuil de votre maternité? Je n'avais jamais totalement fait le "deuil" de la maternité même si pendant longtemps, être lesbienne et mère me paraissait incompatible. Je me souviens qu'à 20 ans, j'imaginais non seulement impossible d'être mère en tant qu'homo mais de plus, j'étais pétrie de culpabilité, je ne m'assumais pas encore en tant que lesbienne et du coup, je ne trouvais pas ça "bien" qu'un homo puisse être parent. Pour me sortir de ce dilemme, et vu que mon désir d'enfant commençait à naître, j'ai lu tous les bouquins que j'ai pu sur le sujet, je me suis renseignée sur le net et j'ai finalement admis qu'être lesbienne et mère était non seulement possible mais aussi que notre préférence sexuelle ne changeait rien à nos capacités d'éducation et d'amour. Depuis j'assume totalement mon désir d'enfant et ma grossesse, même en tant qu'homo, et rien ne pourrait me faire regretter ou culpabiliser de mon choix. J'ai même tendance à clarifier les choses extrêmement rapidement car évidemment, mon gros ventre est forcément preuve d'hétérosexualité dans le regard des autres! Ce qui me semble important c'est d'assumer la situation particulière de mon enfant à sa place et de ne pas le laisser naître dans le mensonge ou la gêne. L'homoparentalité est d'ailleurs devenu mon cheval de bataille quotidien, par mon blog ou les livres pour enfants que j'ai écrit aux Éditions Gaies et Lesbiennes. Comment avez-vous décidé de la manière dont serait conçu votre bébé et qui le porterait? Pendant longtemps, ce qui nous posait le plus de problème c'était l'anonymat du géniteur. Alors que nos amies partaient en Belgique pour des inséminations, nous étions de notre côté assez mal avec l'idée de ne jamais pouvoir permettre à notre enfant de connaître ses origines paternelles et nous n'arrivions pas à les suivre. D'un autre côté, nous n'envisagions pas de devoir "partager" notre enfant avec un ou des papas car nous avons toujours considéré que notre désir d'enfant était celui de notre couple et nous désirions former un cocon familial qui ne serait qu'à nous. La coparentalité n'était donc pas envisageable. Finalement, en cherchant sur le net, nous avons découvert ce pays merveilleux qu'est la Hollande et ça nous a changé la vie! En ce qui concerne le choix de celle qui porterait l'enfant, cela s'est fait tout naturellement puisque j'avais un fort désir de grossesse et pas ma compagne pour qui le désir d'enfant est séparé d'un éventuel désir d'enfantement. Il n'est pas exclu qu'elle porte notre prochain enfant mais c'est son désir qui nous guidera et pour le moment, nous nous sentons très bien dans cette "répartition des tâches"! Pouvez-vous nous parler des Pays-Bas, de la législation hollandaise vis-à-vis des IAD et de la manière dont vous y avez été accueillies? La Hollande a cela de particulier qu'elle permet non seulement l'insémination pour les couples de femmes mais aussi la levée de l'anonymat du donneur dans l'avenir et ce, en ce qui concerne tous les couples, homos ou hétéros, pratiquant des inséminations là-bas. L'enfant né d'insémination a le droit de demander l'identité de son géniteur à partir de ses 16 ans mais cette demande doit être "motivée". Comme la législation est très récente (2002) nous n'avons pas encore de retour, nous ne savons pas ce que veut dire ce "motivé" (faut-il être particulièrement malheureux de ne pas connaître son donneur?) et comment cela se passera dans l'avenir quand les enfants nés aujourd'hui auront atteint leurs 16 ans. Mais pour nous, c'est une chance inouïe de laisser une porte ouverte à notre enfant et qu'il puisse accéder à ses origines s'il le souhaite. Car bien sûr, il est tout à fait possible qu'il ne le veuille pas… L'accueil a été particulièrement chaleureux et nous nous sommes toujours senties très à l'aise dans ce pays qui reconnaît notre couple et respecte notre désir d'enfant au point de nous permettre d'y accéder par des techniques simples qui nous sont interdites en France. Nous sommes particulièrement reconnaissantes à cet homme qui nous a permis d'avoir un enfant tout en acceptant d'être connu de lui plus tard, au cas où il le demanderait. Au bout de combien de fois l'IAD a-t-elle marché? Malheureusement, nous avons fait partie de celles qui ont galéré longtemps avant que cela marche et ce n'est qu'au bout de presque deux ans, après six inséminations, de nombreux examens et au final, une opération gynécologique réalisée en France, que nous avons eu le bonheur immense d'apprendre que j'étais enceinte. Comment vos familles respectives ont-elles réagi lorsque vous leur avez annoncé que vous étiez enceinte? Dans l'ensemble, à part quelques cas particuliers, nos familles ont été très heureuses d'apprendre la nouvelle. Il faut dire qu'au bout de deux ans d'allers-retours en Hollande et d'infertilité révélée, ils étaient soulagés et heureux de voir notre rêve enfin exaucé! Étaient-elles au courant de votre démarche? Qu'en pensaient-elles? Oui, bien sûr qu'elles étaient au courant. Il n'était pas question pour nous de faire un enfant dans le secret ou le mensonge, d'abord parce qu'assumer notre choix nous est toujours apparu comme le meilleur moyen de protéger notre enfant d'un éventuel rejet dû à sa famille "particulière", ensuite parce que nous tenons beaucoup à ce que la famille élargie soit aimante envers lui et heureuse de sa venue. Comme notre projet a mis du temps à aboutir, le temps écoulé entre l'annonce de celui-ci et sa réalisation a été long, ce qui a permis à certains, pour qui notre projet n'allait pas de soi au départ, d'aboutir leur réflexion jusqu'à aujourd'hui. Comptez-vous envoyer un faire-part de naissance au député Vanneste lorsque votre bébé sera né? Je n'y avais pas pensé mais franchement, je n'ai pas envie que l'annonce de la naissance de ma fille se retrouve dans des mains aussi méprisantes… Photo DR Le blog de Muriel alias Indilou: indilouworld.hautetfort.com

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