Assumer sa foi : dis-moi quelles sont tes valeurs je te dirais quel gay catho tu es
A l'occasion du dossier sur les gays cathos, et leur perception de la dernière instruction du Vatican (voir Têtu n° 108). Martine Gross décrypte les différentes manières de concilier sa foi et son homosexualité et ses valeurs.
Quels discours tiennent les gays qui vivent leur foi catholique en harmonie avec leur homosexualité?
Ils mettent en avant un discours véhiculant des valeurs de type évangélique, liées à l'accomplissement de l'individu, à l'authenticité, à l'épanouissement et donc au message évangélique du Christ qui est que " Dieu nous aime ". On est ses créatures et s'il nous a créés comme ça, c'est que c'est positif, il faut aimer ce que dieu a fait. Ce sont des valeurs liées à la modernité.On retrouve des gays et des lesbiennes qui partagent ce type de discours dans l'association David et Jonathan : tous adhèrent aux valeurs d'épanouissement de l'individu et sont convaincus que la foi et la sexualité peuvent se concilier. Les gens qui sont à David et Jonathan ou ceux qui fréquentent la MCC de Montpellier, ou le Rendez vous chrétien à Lille, vont aller du côté de la composition, de l'unification de la sexualité et de la foi, et de cette manière, la sexualité devient une manière de vivre sa foi.
Mais beaucoup d'autres homos en sont encore à vivre ces deux pôles de leur identité en profonde contradiction, que mettent-ils en avant?
En effet, on trouve un autre groupe identitaire de gays croyants qui coïncident avec une 2ème catégorie de valeurs. Pour eux, la soumission à l'autorité est importante, ainsi que l'allégeance à une église institutionnelle, aux préceptes bibliques. Les gens qui partagent ces valeurs sont dans la 2ème grande association catholique homosexuelle Devenir Un en christ. L'homosexualité est une " blessure " pour eux, ils ne vont jamais clairement la condamner mais ils vont essayer de vous persuader, un peu comme dans le cas des femmes qui vont avorter, et qu'on va essayer de convaincre de garder quand même leur enfant et de trouver une autre solution, c'est plus le versant de la thérapie sans en être, en tout cas, c'est encore du registre de la souffrance. Là on va rencontrer des gens rejetant leur homosexualité et hésitant entre le clivage, et le rejet qui ne fréquentent d'ailleurs aucune association et sont souvent très isolées.
Plus précisément, ceux qui le vivent comme une contradictoire interne ont quatre manières de résoudre la chose : soit ils composent, et essaient de concilier les deux, soit ils rejettent l'identité religieuse (un des deux termes de la contradiction qui disparaît), soit leur désir sexuel est nié, soit ils choisissent le clivage des deux identités, mais de façon moins excessive, en mettant les pulsions dans un tiroir, et la foi dans un autre.
Vous avez fait une grande enquête au sein du CEIFR (Centre d'Etudes interdisciplinaires des Faits religieux) dont le but était d'explorer le vécu des chrétiens homosexuelles ou bisexuelles, de connaître les croyances et pratiques religieuses personnelles, et aussi de connaître le degré d'implication des gays croyants dans la communauté LGBT . Sur ce point que révèle l'enquête?
L'implication dans le monde LGBT des gays croyants est pleinement liée à leur estime de soi. Ceux qui ont une bonne estime d'eux-mêmes assument leur homosexualité et du coup assument aussi leur foi en la déclinant d'une façon non contradictoire. Ceux qui sont à David et Jonathan par exemple sont plus nombreux à adhérer à une association LGBT non confessionnelle, à militer ailleurs. Ce qui signifie que quand on réconcilie sa foi et sa sexualité, on peut aussi militer dans d'autres sphères de sa vie, l'identité est plus mouvante, il y a plus d'épanouissement personnel. En outre, plus on a de l'estime pour soi quand on est homo et chrétien et plus on a tendance à avoir une opinion favorable à l'ouverture du mariage aux homos et à l'homoparentalité. Les critères qui m'ont permis de mesurer l'estime de soi des chrétiens homosexuels : avoir su trouver un lieu de culte où l'on peut être visible, affirmer que Dieu a créé toutes les sexualités, ne pas être d'accord avec l'idée qu'un bisexuel devrait opter pour l'hétérosexualité. J'ai essayé d'associer à l'estime de soi la non-condamnation de l'homosexualité. La religion permet de dire que Dieu m'aime comme je suis, aime ce que je suis, et je peux rendre positif tout ce qui a trait à ma vie affective et sexuelle. UDA
Lien sur les résultats de l'enquête
Site David et Jonathan
Site Devenir un en christ











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