Arsham Parsi: "On peut estimer que chaque mois, environ quatre ou cinq homos fuient l'Iran"
L'association queer iranienne Irqo a publié, le 21 mai, des photos d'un couple gay qui a reçu 80 coups de fouet avant de parvenir à quitter le pays. Arsham Parsi, directeur de l'Irqo, revient sur la répression des homosexuels en Iran.
Comment ont été prises ces photos? Nous connaissions Farsad* et Farnam* depuis plusieurs mois. Ils sont membres de l'Irqo. Ils ont fui l'Iran pour la Turquie la veille de leur condamnation à 100 coups de fouets pour tafkhiz [dans le code pénal islamique, des actes homosexuels sans pénétration]. L'un de nos membres, qui est demandeur d'asile auprès du Haut-commissariat aux réfugiés des Nations unies (UNHCR) en Turquie, a pris ces photos pour nous. Elles ont été faites le 20 mai 2007, c'est-à -dire environ trois semaines après les coups de fouets. On peut voir sur les photos que l'un des hommes a un œil au beurre noir. Est-ce que le couple a été battu? L'homme avec un œil au beurre noir (Farsad, 26 ans, qui porte le sous-vêtement Playboy) a été arrêté plusieurs fois et battu par la police. Il a été emprisonné six mois parce qu'il est gay et qu'il est un blogueur gay. La photo avec l'œil au beurre noir a été prise il y a quelques mois, après une première arrestation où il a été torturé. Des médias rapportent que le couple se trouve en Turquie avec deux gays et un transsgenre. Est-ce vrai? Cinq personnes que nous connaissons [dont Farsad et son compagnon] ont fui l'Iran et sont arrivées en Turquie le 19 mai dernier. D'autres gays vont partir prochainement. On peut estimer que chaque mois, environ quatre ou cinq homos iraniens fuient l'Iran pour la Turquie. Comment va ce couple aujourd'hui? Ils ont présenté une demande au bureau du UNHCR en Turquie, et leur entretien obligatoire est prévu dans trois mois. Je suis en contact régulier avec eux et nous sommes en train de chercher des solutions pour les aider. Tous les LGBT iraniens réfugiés en Turquie ont beaucoup de problèmes, en particulier financiers parce que la plupart d'entre eux n'ont pas de soutien familial et qu'ils ne peuvent pas travailler en Turquie. Personne ne les soutient dans ce pays, c'est pourquoi nous essayons de leur trouver de l'argent. Nous avons un compte Paypal sur notre site, qui est ouvert aux donateurs, et il est également possible d'envoyer des chèques. J'étais en Turquie en mars dernier, où j'ai rencontré un couple gay iranien exilé. Les deux sont malades, mais ils n'ont pas d'argent pour payer le médecin et les médicaments. Alors ils restent cloîtrés chez eux en attendant d'aller mieux. Pensez-vous que l'Iran pourrait demander des mandats d'arrêt internationaux contre ce couple? Non, ils ne peuvent pas. Pour quel crime? Le fait d'être gay? Est-ce que la police internationale arrête les gens en raison de leur orientation sexuelle? L'Iran ne peut pas le faire parce que ce n'est pas un crime international et parce qu'il sait que nous avons des droits, qu'il refuse d'accepter. C'est pareil pour les femmes, il sait qu'elles ont l'égalité des droits, mais il n'aime pas la leur donner dans la loi.Cet entretien a été réalisé le 25 mai 2007.Des dons peuvent être fait à l'Irqo par internet ou par chèque.* Les prénoms ont été changés.











