Alice Nkom, l'avocate des neuf Camerounais acquittés d'homosexualité, parle à "Têtu"
Au terme de presque un an de détention, les neuf homosexuels présumés détenus à Yaoundé ont été jugés non coupables du délit d'homosexualité. Le verdict aurait été rendu en moins de dix minutes, le flagrant délit n'ayant pu être invoqué.
Les neuf homosexuels présumés que vous défendiez ont été jugés, le 21 avril, non coupables d'homosexualité (lire Quotidien du 24 avril). Quel est votre sentiment? Mes clients étaient très contents, et émus. J'espère que ce procès va aider à mettre un bémol à la chasse au délit de faciès. Je suis ravie, mais ce n'est qu'un début. À travers ce dossier, je défends la cause de l'égalité des droits de toute la communauté homosexuelle.Vos clients comptent-ils porter plainte contre l'État? On va devoir porter plainte contre l'État, car c'est à travers les combats judiciaires que nous remporterons des victoires législatives et politiques. Ce n'est pas fini : quatre lesbiennes présumées, trois élèves du collège Eyengue Nkongo, qui ont d'ailleurs été expulsées pour lesbianisme, et une joueuse de l'équipe nationale de football, ont été arrêtées et suivent le même chemin que mes clients. Elles sont placées sous mandat de dépôt depuis le 30 mars. L'une d'elles m'a expliqué avoir été battue à son école et qu'elle a avoué des choses pour qu'on la laisse tranquille. Elle a cité les noms de jeunes filles, qui ont ensuite été arrêtées et battues comme elle par la police judiciaire, pour qu'elles fassent des aveux. Je travaille activement à leur libération et la procureure m'a dit qu'elle ferait tout ce qu'il faut pour régler cette affaire au plus vite. Je ne peux pas m'occuper des autres filles expulsées pour le moment, mais je compte défendre un homme incarcéré pour homosexualité depuis 2004 et qui reste complètement oublié.Pensez-vous que les autorités camerounaises se sentent soulagées de ce jugement? Le régisseur de la prison a dit à mes clients qu'il n'en pouvait plus de ce dossier, mais qu'il ne leur en voulait pas, ni à leur avocate. Il leur a expliqué qu'il recevait chaque jour des lettres de protestation du monde entier!Une semaine avant l'acquittement de vos clients, vous avez déclaré avoir été "séquestrée" par les autorités pénitentiaires. Que s'est-il passé? J'ai été séquestrée et détenue arbitrairement par le régisseur de la prison, qui me reprochait d'avoir pris des photos de mes clients au parloir. Il m'a dit que cela n'allait pas se passer comme ça et a dressé un procès verbal. Je suis restée dans le parloir de la prison quatre heures, et j'ai ensuite été emmenée dans une gendarmerie de Yaoundé, où j'ai été détenue deux heures de plus. Le commandant de brigade m'a entendue avec beaucoup de gentillesse. Il n'y a eu que des mots entre les gardiens et moi. Personne ne m'a touchée. Je vais porter plainte contre le régisseur, à moins qu'il ne me présente des excuses publiques.











