À la découverte de l'association Lilith de Lausanne
L'association Lilith, qui existe depuis 1994, est la seule association exclusivement lesbienne du canton de Vaud. Elle regroupe près de 180 femmes très actives. Entretien avec Françoise Gaudard, une présidente engagée et dévouée.
Comment êtes-vous arrivée à la présidence de l'association Lilith? Depuis que Lilith existe, c'est-à -dire 1994, j'ai participé à quasiment toutes ses actions et suivi son évolution, mais en électron libre. Puis en 2002, j'ai rejoint le comité en tant que simple membre. J'ai pu me rendre compte du travail de base pendant cette année, me confronter à la réalité de la gestion d'une telle association, du travail que ces femmes effectuent souvent dans l'ombre, de l'énergie développée afin que financièrement Lilith continue sans aide ni subvention... et j'ai surtout appris à travailler en groupe! Lorsque, pour des raisons professionnelles, la présidente de l'époque a décidé après quatre ans de cesser ses activités et que personne n'avait l'envie de reprendre le flambeau, je me suis proposée. J'ai été élue en 2003. J'avais deux inquiétudes primordiales à cette époque: ma méconnaissance dans le domaine de la politique, alors que nous étions à l'orée de la campagne pour l'obtention du Partenariat enregistré (l'équivalent du Pacs) et la visibilité dans les médias. En effet, comme encore beaucoup de lesbiennes je pense, j'avais peur d'exposer ma vie amoureuse à la vue de toutes et de tous. Mais en quatre ans, je n'ai jamais eu ma photo dans la presse de la région. Et politiquement, j'ai résolu mon problème en m'entourant d'une femme qui avait les compétences dans ce domaine, qui a pu me conseiller, m'informer, me soutenir. Quels sont les principales actions de Lilith? Lilith est une association sans but lucratif. L'accueil, le soutien et la convivialité envers les femmes qui nous rejoignent sont les trois actions les plus importantes à mon avis. Nous participons et avons participé à toutes les rencontres qui parsèment ces dernières années: les Prides Romandes, chaque 8 mars, la Marche mondiale des femmes, la campagne pour le Partenariat enregistré, les rencontres associatives bisannuelles réunissant les associations de la Romandie (une dizaine ainsi que LOS -pour les lesbiennes- et Pink Cross -pour les gays-, les deux associations faîtières de Suisse). Pour ma part, j'essaie de motiver les adhérentes à organiser le plus d'activités variées, afin que chacune puisse trouver un intérêt à soutenir Lilith.En effet, cette association n'aurait pas sa raison d'être sans l'appui tant amical que financier de nos membres. Lililh ne recevant aucune subvention, c'est grâce aux cotisations des femmes qui apprécient notre travail et aux bénéfices de nos fêtes (nous organisons tous les deux mois des Lilith Dance Party), que nous arrivons à financer les frais de loyer, de la bibliothèque et de notre journal La Bulletine. J'aime beaucoup la réalité de s'autogérer, de ne rien devoir à personne, de ne pas avoir la peur de ne plus recevoir tout d'un coup d'aide de la commune ou du canton et de ne pas pouvoir se débrouiller seules pour continuer, de savoir que grâce à notre travail de bénévoles nous pouvons assurer une vie agréable à cette association. Pourquoi ce nom, Lilith? Lilith était la première femme, avant Eve. Elle s'est rebellée contre Adam, elle a refusé d'être soumise et de subir des pratiques sexuelles que je ne développerai pas ici et elle est partie vivre sa vie dans un ailleurs que je ne connais pas tellement. Beaucoup d'érudites pourraient en dire plus et si elles veulent me renseigner en quelques mots, qu'elles ne se privent pas. J'ai toujours aimé le nom de cette association qui sonne clair et net, dont les six lettres s'accordent bien aux six couleurs de notre arc-en-ciel préféré et je suis reconnaissante aux fondatrices d'avoir eu l'idée lumineuse de créer cette association sous cette appellation.Vous considérez-vous comme une association homosexuelle et féministe? Homosexuelle? Oui! Féministe? C'est mon souhait et j'aimerais un investissement encore plus grand de toutes celles qui ont envie que les choses bougent plus radicalement.Selon vous, être féministe de nos jours c'est… C'est... c'est.... Aïe! Aïe! Réponse difficile pour moi. Je n'ai pris conscience que très tardivement des difficultés qu'énormément de femmes subissent dans le monde, y compris près de chez nous. Je suis depuis plus d'une décennie entourée presque exclusivement de lesbiennes. C'est grâce au CLAFV (Centre de liaison des associations féminines vaudoises) que j'ai découvert il y a peu d'autres sensibilités, d'autres combats, d'autres ségrégations que les femmes endurent au quotidien. Je suis aussi entourée de femmes qui m'interpellent avec l'histoire de leur vie, leur vitalité à défendre nos droits, et pas seulement pour les lesbiennes mais pour les femmes en général. Être féministe me semble être de plus en plus une évidence et sans aucun doute pour moi une motivation pour faire mon possible, même avec de modestes moyens, pour une égalité totale et sans compromis entre toutes et tous.Pourquoi avoir opté pour la non-mixité? La non-mixité est pour moi primordiale. Lilith et l'Estime à Genève sont les deux seules associations de lesbiennes en Romandie. C'était l'envie des fondatrices de Lausanne en 1994. Et tant que je serai présente, je soutiendrai ce choix que je trouve d'une évidence merveilleuse. Lausanne a la chance d'avoir une autre association homosexuelle, Vogay, qui elle est mixte. La possibilité de rejoindre l'une ou l'autre selon ses convictions est donc possible. Suite à quelques conversations avec des femmes d'autres régions, je me rends compte qu'il n'est pas évident de faire sa place dans des lieux mixtes. Peu de femmes en effet se sentent à l'aise dans ce genre de structure et après quelques approches et essais d'intégration, elles préfèrent souvent nous rejoindre et profiter de ce seul lieu de connivence, d'accueil, d'affinités, de compréhension exclusivement féminin.Votre association perçoit-elle des subventions? Non, mais en revanche, en 2005, nous avons sollicité une aide de la Loterie Romande pour pouvoir organiser dans de bonnes conditions la venue de Marie Némo et de son one woman show "Maman fait son coming-out" et afin de rénover nos locaux, acheter divers aménagements. Cette aide nous a été octroyée à notre plus grande satisfaction.Lilith est dotée d'une bibliothèque de plus de mille ouvrages traitant de l'homosexualité féminine ou du féminisme. Tout le monde peut-il y avoir accès? La bibliothèque, ouverte à nos adhérentes ou aux propriétaires de la carte "bibliothèque", le pôle principal de Lilith. C'est là que les rencontres s'effectuent, que les discussions vont bon train, que l'humour jaillit, que les échanges sont les plus intéressants et variés. Là aussi où l'on dédramatise des situations quelquefois pas faciles à vivre malgré l'évolution des mentalités de la population. Elle est ouverte à toutes et si un homme désire visiter cet endroit, il ne sera pas chassé comme un vulgaire perturbateur. Vous sentez-vous épaulées par d'autres associations LGBT locales? Je connais quasiment toutes les personnes qui agissent dans ces diverses associations, surtout grâce à nos réunions, et donc, nous avons des contacts avec elles. Je sais où m'adresser en cas de questions non-résolues. Lilith n'a pas de service juridique ni de psychologues professionnelles. Savoir diriger les personnes qui ont des demandes précises que nous ne pouvons régler est très appréciable. Garder un contact amical avec toutes ces associations est aussi pour moi primordial et même si parfois quelques frictions peuvent résulter d'une mauvaise communication, je fais mon possible pour arranger l'entente de nous tous. Nous ne sommes déjà pas beaucoup, autant travailler si possible en harmonie, même si l'indépendance de Lilith est importante.Quelle est l'ambiance de la Swiss Pride? Combien la dernière édition a t-elle regroupé de participant(e)s? Nos gays prides se tiennent chaque année dans une ville romande différente: Genève puis Lausanne, Fribourg, Berne, Neuchâtel, Sion, Delémont, Lucerne, puis à nouveau Genève. En 2007, Fribourg accueillera à nouveau cette manifestation, juste avant Bienne. L'ambiance est pareille à la majorité des prides que nous découvrons dans la presse estivale. De temps en temps, des intégristes catholiques montrent leur désapprobation le jour J, mais cela ne nous empêche pas de militer, de défiler, de festoyer. Nous essayons d'éviter le côté mercantile, provocateur, avec des résultats plus ou moins probants, selon les villes organisatrices.Quels sont vos projets pour les mois à venir? Les projets, mon sujet préféré! J'aimerais que Liltih persiste à évoluer tout en gardant les bases qui font ce qu'elle est actuellement, que les femmes qui la fréquentent continuent à l'apprécier, qu'elles soient nombreuses à s'investir pour un mois, une année, ou plus si entente. Je souhaite aussi proposer des rencontres, des spectacles, des débats avec des invitées variées touchant aux domaines littéraires, théâtraux, musicaux, politiques, sportifs. Et pour des sujets encore plus festifs, j'espère que dès le mois de janvier prochain, les célébrations du Partenariat enregistré de nos amies déboucheront sur des réjouissances dignes de l'attente que nous avons subie depuis plus d'une décennie, afin que ces droits légitimes soient acquis. Propos recueillis par Tatiana Potard Photos DRAssociation Lilith: Route Aloys-Fauquez 60, 1018 Lausanne.Site Internet: http://www.mylilith.ch/Contact: assoc.lilith@bluewin.ch











