Samedi, les «salopes» marchent dans toute la France
INTERVIEW. Depuis avril 2011, le mouvement des «Slutwalks», littéralement «marche des salopes», a essaimé dans de nombreux pays. Ce week-end, les «salopes» envahissent Paris et plusieurs grandes villes de France.

Une manifestante lors d'une Slutwalk à Washington, le 13 août dernier.
Si le le mouvement des «Slutwalks» est parti du Canada, en avril 2011, il a depuis séduit dans de nombreux pays. Demain, les «salopes» vont marcher dans Paris mais aussi à Marseille, Lille, Lyon, Aix, Strasbourg, ou encore New-York, Bristol, Minneapolis...
Le principe: manifester «habillée comme une salope», pour défendre le droit des femmes à s'habiller comme elles le veulent, en opposition au cliché sexiste qui veut que les femmes doivent arrêter de se vêtir comme des «traînées» si elles ne veulent pas être violées. Gaëlle Hym, 37 ans, organisatrice de la «slutwalk» de samedi, nous explique sa démarche.
TÊTUE: Pourquoi organiser une manifestation qui revendique le mot de «salope»?
Gaëlle Hym: Cette marche est organisée pour protester contre les clichés liés au sexisme, au viol et contre la culpabilisation des victimes. La première «slutwalk» a eu lieu en réaction aux propos d'un policier de Toronto après une série d'agressions sexuelles. Il avait déclaré que si les filles ne voulaient pas être violées, «elles n'avaient qu'à éviter de s'habiller comme des salopes». C'est inadmissible!
Il y a déjà eu une «slutwalk» en France en mai dernier. Malheureusement elle n'avait eu aucune visibilité. Cette fois-ci, nous misons sur 200 participants à Paris, et sur une petite centaine dans les villes de province.
Qu'attendez-vous de cette manifestation?
Nous souhaitons que le gouvernement prenne des mesures concrètes à la hauteur de cette Grande Cause nationale qu'est la lutte contre les violences faites aux femmes. Pour le moment, à part un livre blanc sur la condition des femmes, rien n'a été fait. Ce que nous voulons, ce sont des actes!
Aujourd'hui les viols sont jugés par-dessus la jambe au tribunal correctionnel. Ce qui veut dire que les violeurs, qui sont des criminels, sont traités comme des délinquants. Au terme d'une procédure qui peut durer des années, ils prennent deux ans de prison et basta! L'Espagne est en avance sur ce point. Elle a crée des tribunaux spéciaux qui jugent uniquement les agressions sexuelles.

Certains ont pu reprocher aux «slutwalks» d'être internationales et donc de mettre sur un pied d'égalité les situations pourtant hétérogènes des femmes dans différents pays.
C'est une excellente chose de voir que les choses bougent au niveau mondial. Chaque «slutwalk» met en avant un problème local et met le doigt sur les différentes revendications nationales. Le gouvernement français avait par exemple promis d'équiper les maris violents ou les violeurs de bracelets électroniques. En France, une femme meurt sous les coups tous les deux jours et demi. Il faut se bouger! Le sexisme est une maladie sociale encore trop répandue.
Quel mot d'ordre pour les participants?
D'abord tout le monde est le bienvenu! Les «slutwalks» ne sont pas seulement faits par des femmes pour les femmes. Ils sont ouverts à toutes celles et ceux qui veulent combattre le sexisme. Ensuite il n'y a pas de «dress code». L'important est de venir dans des fringues dans lesquelles on se sente bien. Venir habillée sexy peut être funky, mais ce n'est pas le concours de celle qui sera la plus dénudée. L'important est de montrer qu'on peut manifester de façon ludique pour des combats importants.
Lire aussi notre article sur la marche des trainées de Bruxelles.
Photo: AFP.











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