Refus d'agrément d'adoption: «Cette décision est incompréhensible»
Après dix ans de bataille juridique et une belle victoire, Emmanuelle B. et Laurence R. se retrouvent au point de départ. Interview.
Après dix ans de bataille juridique et une belle victoire, Emmanuelle B. et Laurence R. se retrouvent au point de départ. Interview.
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TÊTU : Avez-vous hésité avant de déposer cette nouvelle demande d'agrément?
Laurence : Nous avons hésité 2-3 mois. Puis on s'est imaginé avec les gosses, on a rêvé de nouveau. On est en couple depuis 18 ans, on s'aime, on pense simplement qu'un enfant serait heureux avec nous. Là, c'est un rêve qui s'écroule.
Emmanuelle : Nous avons repris confiance après la décision de la CEDH. Sans doute étions-nous un peu naïves... Quand les rapports de l'assistante sociale et de la psychologue sont arrivés, on y a vraiment cru.
En quoi cette seconde démarche était-elle différente de la première?
Laurence : Nous avons fait tous les entretiens ensemble. Il y a dix ans, on m'avait reproché de ne pas être impliquée alors que personne ne m'avait reçue. Cette fois-ci, nous avons expressément demandé à être reçues ensemble, même si légalement, nous ne pouvions adopter en tant que couple. Nous avons été bien accueillies. Les rapports prennent en compte notre couple, évoquent notre complémentarité, notre désir commun d'accueillir un enfant. La décision est d'autant plus incompréhensible.
Emmanuelle : A aucun moment de la procédure, nous n'avons mis en avant la décision de CEDH. On nous a demandé à plusieurs reprises si nous faisions cette démarche "pour la cause" ou pour nous, si nous comptions médiatiser l'affaire en cas d'octroi d'agrément et de l'arrivée éventuelle d'un enfant. Chaque fois, nous expliquions qu'il s'agissait d'un projet de couple, de notre désir d'enfant, de notre vie privée.
Qu'est-ce qui vous motive à continuer la bataille juridique?
Laurence : Je ne peux pas accepter l'idée qu'Emmanuelle ne puisse pas être mère. Ce n'est pas juste. Ce n'était pas juste la première fois, ça l'est encore moins maintenant, avec ces rapports qui disent exactement le contraire.
Emmanuelle : Nous n'avons pas vraiment le choix. C'est tellement injuste qu'on ne peut pas laisser tomber maintenant. Nous savons que cette fois-ci, ce sera plus pour le principe. Nous avons désormais le temps contre nous. J'ai 47 ans, Laurence en a 44.











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