Les associations LGBT investissent le monde du travail
Les plus grandes entreprises comptent désormais des associations LGBT en leur sein. S'il n'est pas encore facile pour les homos au travail de faire leur coming out, leur représentation prouve que les choses avancent.

Des représentants d'Algo à la Marche des fiertés de Nantes, en mai 2011.
HomoSFèRe chez SFR, Flag! pour les policiers et gendarmes, Comin-G aux Finances ou encore Gare! à la SNCF: les associations homosexuelles investissent de plus en plus le milieu professionnel pour lutter contre les discriminations et défendre les droits des employés. Ces derniers mois, plusieurs nouvelles structures ont été créées, comme Rainbow BanquAss pour les métiers de la banque et de l'assurance ou Appel pour les personnels éducatifs.
Le collectif Homoboulot, qui regroupe huit associations dans le privé et le public (on peut citer encore Algo au Quai d'Orsay, Homobus pour la RATP, Energay à EDF-GDF ou Mobilisnoo chez France Télécom-Orange), a fêté ses dix ans cette année. Selon son porte-parole, Jérôme Beaugé, son but premier «est de susciter la création d'associations dans le milieu professionnel» car «il y a une grosse problématique pour les LGBT (lesbiennes, gays, bi, trans) au travail qu'il faut absolument traiter».
Le dernier tabou
«Le travail, c'est le dernier tabou aujourd'hui, parce que les gens ont fait leur coming out en famille et auprès de la plupart de leurs amis», renchérit Sylvie Fondacci, présidente d'HomoSFèRe. Or, note-t-elle, «il a un enjeu au travail, car il y a le risque de se faire passer sous le nez une promotion, d'être stigmatisé ou moqué. Donc beaucoup hésitent encore à le dire.»
Sur le front des discriminations, Jérôme Beaugé affirme que «les plus fréquentes sont les moqueries, préjugés», mais il cite aussi l'accès à la formation, l'évolution de carrière et «le gros problème de la rémunération, une étude de 2010 ayant montré un écart de salaire de 5% en moyenne pour les hommes» gays. Une autre enquête, menée récemment par l'association l'Autre Cercle (lire notre article) montre que 67% des LGBT ne souhaitent pas être visibles en entreprise "par crainte de conséquences négatives en termes de carrière".
Les homos «obligés de se cacher»
En découle un phénomène d'autocensure très prégnant au travail, qui limite aussi les adhésions aux associations. «Adhérer, c'est déjà un acte militant», souligne ainsi Mickaël Bucheron, président de Flag!, ajoutant que l'association, créée il y a dix ans dans un milieu «assez macho», revendique aujourd'hui quelque 500 membres parmi gendarmes et policiers et espère fédérer les policiers municipaux.
Pour Jérôme Beaugé d'Homoboulot, les associations luttent pour «la visibilité» car dans les entreprises où le sujet est abordé, les salariés «se sentent mieux, ont beaucoup moins cette peur». Il souligne que les plaisanteries homophobes, qui ne sont souvent pas perçues comme offensantes par leurs auteurs, «se réduisent d'office dès qu'il y a une information des ressources humaines, des salariés, sur la problématique». Mais, note-t-il, créer ce type d'associations n'est pas aisé, les employeurs commençant souvent par nier le problème.
«Encore beaucoup à faire»
Philippe Chauliaguet, qui préside Comin-G à Bercy, confirme que la création de l'association en 2004 a été un processus «long et difficile», relevant qu'il a fallu attendre 2007 pour que le site de l'association, «bloqué comme un site pornographique», puisse être accessible depuis les postes de travail. Il confirme que «le travail est un peu le dernier rempart du coming out», et souligne qu'«il y a beaucoup à faire pour faire comprendre à nos collègues que des homos à côté d'eux se sentent obligés de se cacher». Les associations sont aussi amenées à jouer un rôle de conseil, Flag! comme HomoSFèRe indiquant être sollicitées sur la «nouvelle problématique» de l'homoparentalité.
Pour Jérôme Beaugé, la situation des homosexuels au travail est encore «très très loin du compte» et «seules les entreprises ont le pouvoir d'inverser la tendance. A partir du moment où elles communiqueront sur le sujet, les personnes n'auront plus à se cacher.»
Par Charlotte Hill/AFP. Photo: Algo.
























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De Alex 44
"le gros problème de la rémunération,une étude de 2010 ayant montré un écart de salaire de 5% en moyenne pour les hommes» gays.":
Il ne viendrait pas à l'idée à ce Jérome Beaugé que cet écart de 5% n'a peut-être rien à voir avec l'orientation sexuelle?
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De Alex 44
Bonjour à toi.
En fait J'en sais rien, je m'interroge parce que dans une même entreprise à niveau de qualification égale il n'y a pas d'écart de salaire!
Donc à priori ces 5% ne feraient que montrer que les gays accèdent à des boulots moins payés (en moyenne), mais pas qu'ils subissent une véritable discrimination sur la base du salaire.
(si quelqu'un a une autre explication...)
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De Tilit: Christian Vanneste est OFFICIELLEMENT homophobe
Oui Alex, je me demande comment ils ont mesuré cet écart: On ne peut comparer que ce qui est comparable c.a.d. même niveau de formation, même nombre d'année d'expérience. C'est de cette façon que, généralement, on mesure les écarts de rémunération homme/femme: simple rigueur statistique.
Si cette mesure de l'écart de salaire ne s'est pas fait de cette façon, c'est aussi significatif comme donnée statistique que de dire qu'il y a un écart de 5% de salaire entre les blonds et les bruns!!
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De Lafcadio
Je sais pas si on peut parler exactement de discrimination, c'est un phénomène plus large. A mon avis, il y a deux grandes choses qui jouent :
1) D'abord le fait que les années où on se débat avec son homosexualité sont généralement celles où on fait des études, se choisit une orientation, trouve un premier travail, etc. Empiriquement, ont peut constater que les gays ont un parcours un peu plus heurté, dont cet écart serait une sorte de dommage collatéral (Beauvoir fait une remarque similaire pour les femmes de son temps dans le deuxième sexe).
2) Mais il y a aussi un phénomène plus large. Pour monter dans la société, à études et capacités équivalentes, ce qui fait la différence, c'est la famille et l'entregent. Les couples sont nombreux à faire carrière de la sorte, avec en plus souvent une répartition des rôles entre l'homme et la femme (je ne pense pas seulement à la politique, mais voyez chez les artisans, les agriculteurs, les professions libérales, etc.).
Un écart de 5% est significatif a priori, mais on n'a pas besoin de supposer une large part de "discrimination" (c'est-à -dire de stratégie homophobe) pour l'expliquer. C'est plutôt qu'être minoritaire met "hors des rails", et qu'on se retrouve hors de réseaux d'entraide familiaux ou autres - pas forcément par haine mais par gêne aussi, ou tout simplement parce qu'on a une vie trop différente.
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De Tilit: Christian Vanneste est OFFICIELLEMENT homophobe
Bonne analyse Lafcadio. Je suis assez d'accord avec les deux causes que tu cites pour avoir vécu surtout des situations assez proche de ce que tu décris comme 2ème cause.
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De Alex 44
Je comprends bien où tu veux en venir Lafcadio, mais dans ce cas c'est malhonnête d'assimiler cet écart de 5% à une discrimination "voulue".
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De Rainbow BanquAss
Bonjour, l'étude qui a été menée sur l'écart de salaire prend en compte les mêmes critères que la comparaison des rémunérations femmes/hommes c'est à dire âge, qualification, ancienneté, etc. équivalente.
On peut en effet chercher une explication ailleurs mais la statistique parle malheureusement d'elle-même.
Donc si cet étude montre que les LGBT accèdent à des boulots moins bien payés. Il s'agit toujours de discrimination.
Concernant le commentaire de Lafcadio que je trouve très pertinent, la dernière remarque "C'est plutôt qu'être minoritaire met "hors des rails", et qu'on se retrouve hors de réseaux d'entraide familiaux ou autres - pas forcément par haine mais par gêne aussi, ou tout simplement parce qu'on a une vie trop différente" n'est ce pas une définition de la discrimination?
Jérôme Beaugé
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De NémoGizmo
@ Lafcadio: + 100
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De Lafcadio
D'abord, merci tout le monde du compliment !
Pour répondre à Jérôme, je ne suis pas sûr que ce soit de la discrimination à proprement parler, car il n'y a pas en général, je pense, d'intention homophobe (même s'il peut y en avoir, bien sûr).
C'est la logique de formation des groupes d'entraide qui est selon moi cause de cette situation. Les affinités se font souvent par homologie structurale, entre gens qui se ressemblent et s'assemblent ; ce qui explique que les minorités soient défavorisées en général. Il peut y avoir oppression délibérée, mais pas toujours : le fait d'être homosexuel s'apparenterait alors un peu, dans le monde du travail, au fait de parler une langue minoritaire, ou des rites qui ne recoupent pas ceux des autres.
J'ajoute que les entreprises sont parfaitement neutres en général d'un point de vue axiologique. Ce que désire le capital, c'est s'accroître, et voilà tout ; sauf patron homophobe et dont l'homophobie pèserait plus lourd que les intérêts (et dans le capitalisme, l'intérêt pèse plus lourd que tout), il est parfaitement indifférent d'utiliser des hétéros, des homos, des bis, des trans, etc.
D'ailleurs, entre parenthèses, il n'y a aucune raison de les féliciter pour autant : c'est la même raison qui explique que les entreprises soient si promptes à collaborer avec les dictatures.
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De Tilit: Christian Vanneste est OFFICIELLEMENT homophobe
Une des définitions de la discrimination est effectivement celle qu'évoque Jerôme. On pourrait l'appeler la discrimination passive, qui ne repose pas sur un phobie mais sur le manque de souci d'inclure toutes les composantes de la société. Je m'explique: si par exemple une entreprise n'installe pas de rampe pour chaise roulante, elle fait une discrimination (passive, par omission et non intentionnelle) des personnes qui sont obligées de les utiliser pour se déplacer (handicapés par exemple). Ces entreprises ne sont pas pour autant "handiphobe".
Tout-à -fait d'accord avec toi Lafcadio quant-à ton commentaire sur la puissance motivante du profit pour le patron d'entreprise: le jour ou il y aura des primes au recrutement des homos, des bis et des trans par les entreprises (discrimination positive), nous serons la seule partie de la société à atteindre le plein emploi!!!
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De Rainbow BanquAss
Tilit, tout le problème est là ... nous ne disons pas que les entreprises sont LGBTphobes mais que malheureusement leur comportement laisse penser le contraire. meme si elle est passive, une discrimination reste une discrimination et notre rôle est de les alerter sur ce problème.
Quand au capital, ne confondons pas deux choses : le rôle du capital et le rôle de l'entreprise. Certes un des objectifs premiers d'une entreprise est de faire des bénéfices, mais une entreprise n'a-t-elle pas aussi un rôle social?
Dans un contexte économique bousculé, nous sommes encore plus vigilant car des plans de sauvegarde de l'emploi voient le jour un peu partout, et la peuvent naitre de nombreuses discriminations.
Les commentaires qui sont postés ici nous confortent sur le fait que le débat doit avoir lieu dans les entreprises car il n'est ni compris, ni maitrisé par le plus grand nombre. A nous de le faire avancer.
Jérôme Beaugé
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De Lafcadio
Je ne suis pas d'accord, mais d'autres l'ont dit mieux que moi.
« La dénonciation du scandale est toujours un hommage rendu à la loi. […] Tout ce que le capital nous demande : c’est de le percevoir comme rationnel OU de le combattre au nom de la moralité. Car C'EST LA MÊME CHOSE […]. C’est ça qui est scandaleux, inacceptable pour la pensée de gauche, depuis la théorie des Lumières jusqu’au communisme. On impute cette pensée du contrat au capital, mais lui s’en fout absolument - il est une entreprise monstrueuse, sans principe, un point c’est tout. »
Jean Baudrillard, Simulacres et simulation (je retranscris en majuscules les italiques de l'original)
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De Tilit: Christian Vanneste est OFFICIELLEMENT homophobe
@Jérôme (moi c'est Thierry)
Complètement d'accord avec toi. La discrimination est partout car le "citoyen moyen" n'est pas censé savoir ce que vivent ceux qui sont différents (et cela vaut aussi pour nous).
En ce qui concerne la responsabilité sociale (j'y rajouterais aussi la responsabilité environnementale par déformation professionnelle) des entreprise, il y a encore plus de chemin à faire que sur le plan des discriminations. Mais c'est un autre débat et j'ai promis à Louis de ne plus faire de hors-sujets.
Tout mon soutiens (à la distance), pour votre combat de toutes les façons.
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De Hinageshi
Lafcadio : « sauf patron homophobe et dont l'homophobie pèserait plus lourd que les intérêts ».
Je me demande si tu ne minimises pas ces cas, notamment parce qu'un patron homophobe — ancré dans des vues irrationnelles — n'a peut-être pas tout le discernement qui lui permet de faire la part des choses entre son homophobie et son intérêt ; mais aussi parce qu'un patron/DRH/recruteur qui aurait l'homophobie chevillée aux tripes peut très bien dissimuler la motivation de ses choix pendant des années sans prêter le flanc à la critique, s'il est assez rusé.
(C'est plutôt une question de « dosage » parce que, pour le reste, 100 % d'accord avec ton exposé.)