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L'écrivain Michèle Causse a choisi de partir

Par Ursula Del Aguila Têtue.com vendredi 30 juillet 2010, à 12h29 | 11143 vues
Plus de: littérature, lesbianisme radical, langue, patriarcat, Monique Wittig, webmag

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Une praticienne de l'écriture lesbienne politique majeure s'en est allée hier, jeudi 29 juillet. Elle a choisi elle-même de partir. TÊTUE lui rend hommage en rappelant son œuvre.

Michèle CausseNée, sur les Causses du Lot, le 29 juillet 1936 à Martel, Michèle Causse vient de nous quitter, a annoncé la Coordination lesbienne en France. Elle a choisi elle-même de partir hier, 29 juillet, auprès de l'association Dignitas à Zurich et ses cendres seront ultérieurement dispersées dans le vieux cimetière de Montvalent, au-dessus de la Dordogne. Elle avait accepté de témoigner en faveur de la mort choisie dans une émission de la télévision suisse romande Temps présent qui sera diffusée à l'automne 2010 en Europe.

Monique Wittig fut sa première lectrice
Après avoir obtenu un diplôme de traductrice à l'Université de Paris (Sorbonne), Michèle Causse a enseigné brièvement en Tunisie, vécu dix ans à Rome où elle a étudié le chinois et écrit un essai sur la condition des caméristes-concubines-courtisanes dans les romans Ming (inédit). Rentrée en France, elle a écrit L'encontre dont Monique Wittig fut la première lectrice.

Elle a vécu pendant huit ans en Martinique et écrit, pour le compte du ministère des Droits des femmes, une étude sur la stratification ethno-sociale des femmes en Martinique, puis dans la même île, deux ouvrages, Lettres à Omphale, et (         ).

Elle a ensuite brièvement vécu à New York où elle a rencontré Djuna Barnes, Jill Johnston, Catherine Stimpson, Joan Nestlé, Kate Millett. En Floride, elle a séjourné pendant un an dans la communauté de Barbara Deming où elle a pu côtoyer Sonia Johnson (ex-candidate à la présidence des USA).

Puis elle a émigré au Canada où elle a publié quatre de ses principaux ouvrages. Rentrée en France, elle a publié Contre le sexage (Balland, 2003).

Une praticienne lesbienne politique de l'écriture
Michèle Causse a contribué à faire connaître la culture lesbienne mondiale en traduisant de l'anglais et de l'italien une trentaine de romans (Melville, Gertrude Stein, Djuna Barnes, Mary Daly, Silone, Pavese, Natalia Ginzburg, Alice Ceresa, Luigi Malerba, etc.).

Elle a été professeure invitée à Rome (chaire d'éducation des adultes), consultante à l'Unesco (département d'alphabétisation, où elle a utilisé la méthodologie créée par Alice Ceresa "l'Unité de bibliothèque"), professeure invitée à Montréal à l'Université Concordia.»

Mais surtout en praticienne lesbienne politique de l'écriture, elle a écrit une œuvre prolifique, des essais, des fictions, des nouvelles et poèmes, où elle élabore une lecture et critique radicales du monde patriarcal ou phallogocentrisme:

«Comment mon texte peut-il entrer dans votre contexte?» demandent de plus en plus nombreuses certaines  «je» mauvais sujets. (...) nous c'est-à-dire cette pluralité de «je» radicales actives dans la négation du «on» (homme) qui nous régit et veut nous nier.»

Changer la langue pour changer le monde
Elle cherche une langue («l'Alphalecte») car pour changer le monde, il faut changer la langue, où l'égalité des sexes serait effective et pour cela elle déconstruit la langue réelle que nous parlons en termes matérialistes politiques: («L'androlecte/le sexolecte»). Elle déplace les genres, les préfixes, les suffixes, la grammaire tout entière pour déconstruire l'assujettissement des femmes (qu'elle appelle les «sex©isées») et montrer en quoi elles «font universel», elles sont aussi l'universel -ce que les hommes (ou «Sexeur dominant»), les sciences humaines, la psychanalyse, la société ne veulent pas entendre.

Elle décode ainsi l'oppression langagière (la langue utilisée est en fait la langue de l'ennemi, "l'androlecte"), symbolique, et politique du patriarcat et conçoit une utopie lesbienne, une terre originaire d'avant l'oppression qu'elle essaie d'atteindre par l'art et la littérature, seul salut pour les lesbiennes.

Voilà son épitaphe revue et corrigée par elle:

«Morte à plusieurs reprises, je ne suis pas sûre d'être née. Ce pourquoi toute notice biographique me semble une imposture. Irréelle, voire empruntée à une autre. Ce que je n'ai pas fait m'importe infiniment plus que ce que j'ai fait. Ainsi de ce qui ne m'est pas arrivé. J'ai néanmoins une histoire, laquelle ressemble à une carte de géographie (France, Tunisie, Italie, Etats-Unis, Antilles, Canada), autant de topoï, espaces vibratoires d'intensités variables, qui renvoient des images de mon existence migratoire. Mais à quoi bon en parler? Qu'on me lise plutôt. Pour démentir mon épitaphe «Ni lue ni approuvée». Michèle Causse

Reprenant Deleuze, qui dit «Il y a une affinité fondamentale entre l'œuvre d'art et l'acte de résistance», elle a ouvert un chemin de lutte à travers le langage pour libérer les femmes. N'oublions pas de la lire et de transmettre son œuvre à la nouvelle génération.


Glossaire du Bréviaire des Gorgones

Dictionnaire: précis de tératologie idéologique. Lieu des définitions prescriptives du phallogocentrisme.

Sexe: trait dit de nature, (organes génitaux externes) et prédiscursif, le sexe est le marqueur catégoriel permettant de déclarer contre nature tout ce qui est contre culture hégémonique, le « sexe » fixe et gèle une fois pour toutes l'espèce sapiens en deux créatures, dites complémentaires... ou opposées. (voir M.Wittig)

Sexage: régime de servage (cf. Colette Guillaumin) sous lequel vivent les corps parlants de la planète réduits au silence en raison de la discrimination frappant leur sexe, marqué comme manque... ou excès.

Genre: résultat d'un acte fondateur violent, (« on oppose généralement le sexe comme ce qui relèverait du biologique et le genre comme ce qui relèverait du social » : Nicole-Claude Mathieu), mettant en place un système social qui, accordant le primat à un sexe, divise l'espèce, établit un pouvoir dissymétrique et assure la permanence d'un système politique reposant sur l'assujettissement longtemps occulté des dividues. Ce système a été reconnu et dénoncé comme tel par les Individues dites féministes.

Androlecte: voir sexolecte, langage parlé par tous les corps parlants de la planète, quelle que soit la langue, vient du grec andros qui signifie homme. L'androlecte, qui passe pour neutre et émanant des humains en général, véhicule en fait la pensée, les visions et visées d'un sexe dit fort (mâle) au détriment d'un autre dit faible (femelle).

Sexolecte: est le langage sexisant et sexualisant que parlent tous les humains. Elaboré par le détenteur du phallus dominant, il instaure l'inégalité entre les animés de l'espèce dite humaine. Le seul sexolecte existant est l'androlecte.

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  • Michèle Causse

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10 réactions de la communauté

 
Kech

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De Kech

Le 30 juillet à 12h40

Voilà une article très intéressant, j'avoue n'avoir que vaguement entendu parler de cette femme qui me semble alors totalement incontournable compte tenu de son oeuvre !

Mes condoléances aux proches, et merci à elle pour tout ce qu'elle a fait et pour mes futures lectures ;)...

 
J_P_M

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De J_P_M

Le 30 juillet à 18h11

"S'en est allée", "partir", "vient de nous quitter". C'est quoi, ce vocabulaire à la con ? Vous avez peur d'écrire qu'elle est M-O-R-T-E parce qu'elle s'est S-U-I-C-I-D-É-E ? Quand on lit ce genre d'inepties étouffantes qui ne sont, au fond, que des mensonges conformistes, on a l'impression de lire "Le Figaro" ou de boxer un édredon.

 
hector dumas

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De smirn

Le 30 juillet à 22h15

Je suis d'accord avec JPM, il faut appelle un chat, un chat... Limite "a décider de partir" ok, mais le reste... ça devient ridicule...

Pour ma part, c'est aussi la première fois que j'entend parler de Michèle Causse. Ses théories me semblent très intéressentent mais extrêmement utopiques... Je trouve que c'est assez difficile à comprendre

 
hector dumas

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De smirn

Le 30 juillet à 22h17

@ Niko92 : j'adore le 'Adieu Madame' c'est très beau... Je ne peux faire mieux... A moins que je dirais plutôt au revoir

 
hector dumas

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De J_P_M

Le 31 juillet à 12h43

Je n'ai PAS critiqué l'expression "a CHOISI de partir", le verbe "choisir" est tout à fait acceptable et en situation. J'ai critiqué cette manière de camoufler la réalité sous des clichés nauséeux, comme tout ce qui a tellement servi qu'on n'en peut plus de voir ces poncifs qui ne veulent plus rien dire. Relisez-moi : il s'agissait de "s'en est allée", "partir" et "vient de nous quitter". Vous trouverez ce vocabulaire prétendu pudique dans les avis de décès des journaux bien-pensants. Être bien-pensante, je ne crois que ce qualificatif s'appliquait à cette dame. J'ai horreur des bourgeois. Flaubert a écrit, je crois, qu'il appelait "bourgeois" quelqu'un qui pense bassement.

 
yentl

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De yentl

Le 30 juillet à 22h26

Michèle tenait beaucoup à ce que le mot employé ne soit pas ceux-là.
Voici l'annonce qu'elle voulait :

Ce 29 juillet 2010 à 13h, Michèle Causse est allée dé/naître auprès de l’association Dignitas à Zurich.
Her birthday is her deathday.
Ni lue ni approuvée. Mais pour toujours avec toutes.

“A quoi bon en grande agonie la trajectoire qui va de l’exclue à l’exclue sinon pour les inclure toutes ?” (Michèle Causse)

Ils accordent tous de l'importance à la mort : mais pour eux la mort n'est pas encore une fête. Les hommes ne savent point encore comment on consacre les plus belles fêtes. (Nietzsche)

Je considère pourtant qu’il est superflu et écrasant d’être née. (Alejandra Pizarnik)

Et chaque être humain (et chaque chose) crie en silence pour être lu autrement. (Cristina Campo)

P.S. Elle a accepté de témoigner en faveur de la mort choisie dans une émission de la télévision Suisse romande “Temps présent” qui sera diffusée à l’automne 2010 en Europe.

Ses cendres seront ultérieurement dispersées dans le vieux cimetière de Montvalent, au-dessus de la Dordogne.

 
yentl

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De yentl

Le 30 juillet à 22h46

Michèle tenait beaucoup à ce que le mot employé ne soit pas ceux-là.
Voici l'annonce qu'elle voulait :

Ce 29 juillet 2010 à 13h, Michèle Causse est allée dé/naître auprès de l’association Dignitas à Zurich.
Her birthday is her deathday.
Ni lue ni approuvée. Mais pour toujours avec toutes.

“A quoi bon en grande agonie la trajectoire qui va de l’exclue à l’exclue sinon pour les inclure toutes ?” (Michèle Causse)

Ils accordent tous de l'importance à la mort : mais pour eux la mort n'est pas encore une fête. Les hommes ne savent point encore comment on consacre les plus belles fêtes. (Nietzsche)

Je considère pourtant qu’il est superflu et écrasant d’être née. (Alejandra Pizarnik)

Et chaque être humain (et chaque chose) crie en silence pour être lu autrement. (Cristina Campo)

P.S. Elle a accepté de témoigner en faveur de la mort choisie dans une émission de la télévision Suisse romande “Temps présent” qui sera diffusée à l’automne 2010 en Europe.

Ses cendres seront ultérieurement dispersées dans le vieux cimetière de Montvalent, au-dessus de la Dordogne.

 
Kech

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De Kech

Le 31 juillet à 00h25

J'aimerais bien en savoir plus sur cette association ou cet organisme ou que sais-je qui a aidé cette dame à partir. De même sur l'émission Temps présent.

C'est légal là-bas ? Cela soulève certaines interrogations morales, non ?

Je n'ai pas d'avis figé sur la question, je suis juste en quête de réponses et d'explications plus poussées !

Au passage, moi aussi j'ai trouvé l'article infantilisant dans ses termes bisousnounours, mais la justification ci-dessus me paraît tout justifier et prouver alors que Têtu a su respecter l'une des dernières volontés de la défunte, ce qui est très bien de leur part.

Quant à elle, son épitaphe, le discours qu'elle voulait... Je ne dirai qu'une chose :

Quelle tristesse d'avoir encore perdu un(e) de nos rares et beaux poètes...

 
hector dumas

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De Isabelle

Le 31 juillet à 12h07

à Niko92

Tu ne crois pas que le plus dur c'est de ne pas pouvoir dire au revoir à la personne qui part ?
Dans ce cas savoir que le personne qui vient de mourir a fait ce choix sans en parler à personne, a décidé de partir seule ?
Je n'ai pas de réponse, seulement des questions...

 
Heroes69

1

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De Heroes69

Le 05 août à 00h04

J'avoue ma totale ignorance de l'œuvre de cette dame. Mais je suis un peu rebuté a priori par l'aperçu de ses écrits présenté dans l'article de Têtu. Le style et le vocabulaire paraissent effroyablement pompeux, et il semblerait qu'elle abuse un peu de néologismes ("sexage", "androlecte", "phallogocentrisme", "sex©isées"...). À sa décharge, il faut dire qu'elle n'était pas la seule parmi les penseurs de sa génération !
Quant à la phrase citée dans l'article, «Comment mon texte peut-il entrer dans votre contexte?» demandent de plus en plus nombreuses certaines «je» mauvais sujets. (...) nous c'est-à-dire cette pluralité de «je» radicales actives dans la négation du «on» (homme) qui nous régit et veut nous nier.», je pense qu'il faudrait organiser ici-même un concours pour en déchiffrer le sens !

 
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