Le spleen de Mansfield Tya est de retour
Elles seront en tournée dans toute la France à partir du 27 février. Avec «Seules au bout de 23 secondes», les deux jeunes Nantaises inclassables livrent un album à la fois sombre et léger.

La voix est douce et écorchée à la fois – le piano et la guitare aussi, parfois. Julia Lanoë, 30 ans, une brunette à l’allure androgyne, a fait les Beaux-Arts à Nantes et vécu quelque temps à Manchester. Elle aime les filles, la boxe, l’aquarelle, la moto et, quand elle ne tient pas le micro des Mansfield Tya, chante de la «makina-pute» (exemple «Le sex-appeal de la policière me fait mouiller devant derrière») dans le groupe électro déjanté Sexy Sushi. Derrière le violon tourmenté et abrasif, qui accentue l’intensité dramatique des textes du duo nantais, se cache Carla Pallone, 26 ans. Elle a étudié la musicologie à Tours et à Rome. Adepte du tango et, elle aussi, de la boxe, passionnée par la musique classique en général et baroque en particulier, elle pose de temps en temps son archet sur une viole de gambe – elle joue également dans un quatuor à cordes. Deux artistes que tout semble donc opposer. Un jour pourtant, la sœur de Carla et amie de Julia leur conseille de jouer ensemble, plutôt que chacune dans leur coin, et ça fonctionne.
Julia et Carla mélangent l’indie folk, le rock intimiste et le classique déjanté. Le duo Mansfield Tya voit le jour en 2002. Mansfield, pour June Mansfield, femme d’Henry Miller et muse d’Anaïs Nin. «C’était une ratée, mais un grand mystère régnait autour d’elle, elle fascinait son entourage. C’est en l’honneur de ce mystère que nous avons choisi ce nom», explique Julia. Quant à Tya, il paraît que ça sonne bien. Nous n’en saurons pas plus.
Entre June et leur dernier disque, deux ans et demi se sont écoulés, durant lesquels elles ont mûri en croisant les chemins de Camille, Arthur H., Cat Power, CocoRosie ou encore Françoiz Breut, qu’elles ont d’ailleurs rejointe pour L’Étincelle ou la contrainte du feu, un morceau de son dernier album, À l’aveuglette. Elles ont fait découvrir leur univers étrange et fascinant notamment au Festival des Inrocks, aux Bars en Trans, aux Inaperçus, au Printemps de Bourges ou aux Francofolies, mais aussi en Belgique, en Allemagne, au Canada ou en République tchèque.
Dans Seules au bout de 23 secondes, la voix éraillée de Julia s’entrelace encore plus aux violons baroques et lancinants de Carla, livrant des mélodies pénétrantes comme les gouttes d’une lourde pluie d’été. Ce dernier album est à la fois plus minimaliste et plus abouti. Un mélange équilibré de mélancolie, de poésie surréaliste un peu inquiétante mais aussi de ballades plus légères. C’est avec des paroles en anglais qu’elles dévoilent parfois leur côté aérien. «En anglais, tu peux dire “Baby come back”, ce n’est pas grave, en français, ça devient très vite cucul», explique Julia. Et la «cucuterie», elles n’assument pas. «Être des filles et être cucul, c’est le pire», renchérit Carla. Il y a peu de risque l’univers des Nantaises est très loin d’être fleur bleue. Jusqu’en mai, les deux complices reprennent la route pour quatorze dates, et le public ne les laissera sûrement pas seules au bout de 23 secondes.
Seules au bout de 23 secondes, de Mansfield Tya (Vicious Circle), dans les bacs depuis le 9 février.
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PHOTO Rico Forhan.











