Le clubbing lesbien à la recherche de la soirée parfaite
Il y a bientôt trois ans, le Pulp, LA boite lesbienne de Paris, fermait ses portes. Depuis, le temple des filles a été remplacé par une série de soirées éclectiques. Tour d'horizon de la nuit lesbienne en plein explosion…
Juin 2007, lors de la Marche des fiertés parisienne: le Pulp fait ses adieux aux filles, avec un char à l'ambiance survoltée. Pour de complexes raisons immobilières, le club lesbien ferme ses portes et met fin à dix ans de bons et loyaux services. Depuis, il y a celles qui l'ont connu et vous racontent, la larme à l'œil, les jeudis soirs d'antan, et les plus jeunes, qui ont raté «la grande époque». Moins de trois ans après sa disparition, le Pulp, est en passe de devenir Le Palace, ce lieu culte de la fin des années 1970, en version lesbienne. A en croire certaines, il n'y a plus rien eu depuis - ou presque.
Une multitude de petites soirées ponctuelles mais pas de scène permanente
Pour Dactylo, DJ des soirées Furie et Flash Cocotte, ancienne résidente de la Babydoll, la scène lesbienne n'existe plus à proprement parler. «Certains week-end il n'y a aucune soirée… C'est déprimant, il y a une espèce de vide.» Plus de Pulp, cela veut dire plus de lieu fixe pour les filles. Mais à la place, une multitude de petites soirées ponctuelles ou itinérantes. Avec la disparition du mastodonte des Grands Boulevards, certains bars ont récupéré une partie de la clientèle, comme Les Souffleurs, avec par exemple la «Dyke Air», ou le Troisième Lieu, qui reste ouvert toute la nuit pendant le week-end. De nouvelles venues ont aussi pu pointer le bout de leur nez et trouver leur public. Ce sont les soirées EVE'nt, la Womexx, la SameSex, la Luscious Décadence... Ici, on mise avant tout sur la convivialité, on vient entre copines danser sur le dernier hit à la mode. Johanne, qui a son blog sur TÊTUE, autrefois Chez Moune, est passée derrière les platines de la Womexx. «Regarde, se félicite-elle, ici on s'amuse vraiment. On peut même venir avec sa mère!» Juste devant elle, sur la piste de danse, une mère et sa fille se déhanchent en cœur sur les Black Eyed Peas.
Miser sur une programmation musicale pointue
D'autres soirées ont préféré jouer à fond la carte de la programmation pointue (Wet for Me, Babydoll, What's Gouine On?). En octobre dernier, la Cunt Punt réunissait Team Gina, Jane Bang et Black Cracker. Un beau plateau pour une soirée queer électrique. «J'ai organisé cette soirée parce que je ne trouvais pas de soirées qui me plaisaient, explique Alexandra, aussi co-organisatrice des Concha Libre. Pour avoir de belles soirées lesbiennes, il faudrait faire venir des groupes des États-Unis, très queer et peu accessibles pour les Français. Mais c'est difficile en tant qu'asso homo…»
Comme Alexandra, un bon nombre d'organisatrices font ça pour l'amour de l'art, «pour la communauté, et pour que les choses bougent», détaille Rag, de Barbieturix. Et tout cela de façon bénévole, à côté de leur «vrai» job. Résultat: les filles n'ont pas les moyens ni le temps pour organiser des soirées très régulières. Et l'on doit se contenter d'une Wet for Me tous les deux mois. Malgré ces difficultés, certaines soirées lesbiennes réservent de belles surprises. Ainsi, on a pu voir passer chez les Barbieturix, Glass Candy ou plus récemment les Danoises de Fagget Fairies. Et ce n'est pas limité à la capitale.
En région: DIY et spécificités locales
Hors de Paris, d'autres soirées affichent une ambition similaire. À Grenoble, DJ Rescue a réussi à programmer lors de ses «Blonde on Blonde» Léonard de Léonard ou MarkLion des DAT Politics, et a fait mixer un bon nombre des DJ parisiennes de qualité (Rag, Denyse Juncutt, DJ Wet…). À Lyon, c'est Middlegender, un collectif transpédégouines qui s'est chargé de faire venir Cartel Couture, Scream Club, Rythm King and her Friends, ou encore le nouveau groupe de JD Samson, Men.
Quand on demande à Blanche, une des organisatrices de la Middlegender, comment elle fait pour proposer une telle programmation, la jeune femme nous révèle sa recette magique: «Nous sommes en contact avec un tourneur qui s'occupe de groupes queer. Ce sont des groupes qui croient au DIY [dot it yourself] et qui acceptent des cachets peu élevés, ce qui permet de faire des concerts pas chers.»
À Rennes, le collectif «Les chattes Hurlantes» a invité un certain nombre de DJs et d'artistes de la scène rock lesbienne française, tandis qu'à Marseille, les Foly Girls ont misé sur des lieux séduisants et… différents. Comme un club libertin, habituellement fréquenté par des hétéros, ou encore une grande piscine comme le Sud sait les faire.
L'émulation porte ses fruits
Les clubbeuses veulent de la nouveauté! Selon Rag, «quand tu traînes tes oreilles à droite à gauche, tu entends que les filles ont envie de plein de choses. Certaines, qui pourtant ne sont pas organisatrices, sont même tentées de se lancer.» L'émulation porte ses fruits. Récemment de nouvelles soirées ont vu le jour, comme celle du blog Fol Effet, les Licks my Lipstick de Ma, sur la jonque de la Dame de Canton, les Crazygirls de Maryse, au Bataclan, ou les brunch du dimanche de la PrimaNotte.
Surtout, Yauss, la patronne du Troisième Lieu, vient de lancer Les filles de Paris, rue Quincampoix. Si le restaurant est déjà ouvert, la partie club devrait suivre très prochainement et pourrait offrir un nouveau point de chute aux lesbiennes de la capitale. On espère que d'autres suivront l'exemple des ces organisatrices. Selon Dactylo, pour que la scène lesbienne prenne de l'essor, il faudrait «des gens sincères, qui croient vraiment à la musique, même si cela ne rapporte pas d'argent. Mais ça ne marche pas tant qu'il n'y a pas une fille qui se motive.» Et vous, ça vous tente?
Photo Fotolia
























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De Sam fisher
Aller les filles montrez qu'il y a pas que les gay qui savent organiser des soirée...