Le cas lipstick (3): Les (en)jeux du genre
ENQUÊTE. Dernier volet de notre dossier sur ces lesbiennes dites «lipstick». Que signifie cette «féminité» revendiquée ? Un retour à l'essence du genre ou un masque social, un code parmi les autres?
Certains pensent que les lesbiennes féminines ne font qu'exprimer leur véritable nature. Que la femme est, par essence, féminine. Face à cette conception dite «essentialiste», les gender studies proposent une autre lecture du genre. Ces études se sont développées depuis une vingtaine d'années avec la parution de l'essai-phare Trouble dans le genre (ed. La Découverte, 2005) de la philosophe américaine Judith Butler. Elles soutiennent que le genre est une construction sociale et que, par conséquent, la féminité de certaines lesbiennes n'est pas plus naturelle que la masculinité d'autres. Il s'agit, dans le cas des butches comme des lesbiennes fem et lipstick, d'un masque social. Il y a néanmoins une différence, du moins en apparence : les premières vont à l'encontre de la conception traditionnelle de la féminité, alors que les lesbiennes féminines rentreraient dans le moule hétérosexué pour se fondre dans la masse. La féminité serait donc imposée par les codes de la société. Mais, pour certaines lesbiennes, elle n'est pas vécue comme une contrainte : elle est une arme... et un jeu.
C'est le cas de Wendy Delorme, auteure de Quatrième génération aux éditions Grasset, et performeuse. Sur scène, «Wendy baby bitch» joue le spectacle de la féminité dressée sur des talons aiguilles et arborant des tenues légères. Progressivement, le monde se substitue à la scène et Wendy se travestit chaque jour en femme ultra-féminine. Dans la lignée de Judith Butler, Anne Berger, professeure d'études féminines, de genre et de littérature comparée à l'Université Paris VIII, et auteure de l'article Gender Remakes, souligne le désir de Delorme d'incarner un type féminin idéal. Si la féminité est un masque, une construction, alors Wendy Delorme est l'incarnation sur scène de la thèse Butlerienne.
Ecoutez l'interview d'Anne Berger:
Pour la philosophe américaine Judith Butler, le genre relève d'une performance sociale apprise et que l'on répète chaque jour. Il s'agit d'"un acte performatif que le grand public, y compris les acteurs et les actrices elles/eux-mêmes, vient à croire et à reprendre [perform] sur le mode de la croyance". D'après elle, la manière dont le genre est représenté dans la société relève de la mise en scène, de la comédie. Sur les planches, «Wendy baby bitch» crée un véritable spectacle du genre :
Wendy Delorme s'inscrit donc pleinement dans la théorie queer, au sens où l'explique la responsable éditoriale de TÊTUE.COM, Ursula Del Aguila: «se dit queer celui ou celle qui affirme son identité à travers son genre qu'il/elle veut singulariser, «customiser» en quelque sorte : le sexe que l'on a n'induit plus le(s) genre(s) que l'on est. Il s'agit surtout de se libérer d'une prison sexuelle et d'inventer le genre que l'on veut, en l'occurrence ultra-féminin.» Reste le paradoxe inhérent à cette expression spectaculaire du genre : «est-ce que le jeu autour de ces différents genres ne tourne pas un peu sur lui-même, en vase clos, en reproduisant du cliché ? A force de jouer au cliché, on deviendrait soi-même un cliché?» s'interroge la responsable du site lesbien.
Wendy Delorme le reconnaît elle-même: «L'image nous échappe tout le temps.» Si la féminité est un idéal, le contrôle de son image en est un aussi. Reste donc, pour l'écrivaine et performeuse, à s'en amuser et à plaider pour un second degré qui brouille la frontière entre personne et personnage, identité et image.
Pour conclure, regardez cette interview de Wendy Delorme:
Dossier réalisé par Coralie Huché, Cécile Strouk et Bartholomé Girard. Photo de Wendy Delorme: Gerald Chabaud pour le Cabaret des Filles de Joie.












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De ambrosia
Je vois que dans ces articles on met en opposition butch et lipstick mais n'y a t-il pas des filles qui ne sont ni garçon manqué ni ultra féminine??
Moi je me sens plus proche des lipsticks sans pour autant être grimpée sur des talons, avoir du vernis rouge vif ou des décolletés provoquants....
Enfin j'ai un peu de mal à comprendre que notre identité sexuelle nous pousse à l'extrème vers un look plutôt qu'un autre.... qu'on ne doit choisir sa coiffure ou ses vêtements qu'en fonction du fait qu'on est lesb ou hétéro?!
Dites moi je ne suis pas la seule à penser ça??
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De vivi31
Bonsoir,
Et non tu n'es pas la seule à penser comme ça... Je suis comme toi... ni ultra féminine, ni garçon manqué...
J'ai les cheveux long, je m'habille comme une fille sans tout l'attiraille certe... ! Oups... désolée... et suis lesbienne...
Devant la porte d'une boite, j'ai droit à : Vous savez que c'est une boite HOMO ???!!!
Je me suis excusée, ce soir là ... d'être féminine... tellement j'étais sur le derrière...
Il existe, il est vrai des "catégories" (je déteste ça) de lesbiennes... et ça me dépasse complètement... je suis désolée... j'ai l'impression que même entre nous... nous faisons des différences...
Souvent sur certains site de rencontre, on peut lire : Nana féminine cherche Nana féminine...
Heu... ça aussi ça me dépasse...
Enfin... je pense juste que nous devenons juste un peu plus visible... féminines, masculines... ou autre.... définition de la lesbienne que nous pouvons être à travers notre look...
Juste mon tit avis...