Laurence Chanfro sans tabous
Portrait de Laurence Chanfro, plasticienne, photographe et vidéaste, qu'on trouve très TÊTUE.
«Ni qâb, ni croix, ni kippa, ni bouddha», «Un voyage parallèle entre la République et Lourdes en passant par la fierté et l'athéisme»: Tout un programme que le dernier film de Laurence Chanfro, 50 ans, qui «fait l'expérience du voile, une féministe dans le pandémonium de la soumission», selon Hervé Joseph Lebrun, auteur des images de ce court-métrage réalisé en 2008. Cette plasticienne, photographe et vidéaste a choisi de se débaptiser quatre ans auparavant. Un acte d'apostasie comme l'aboutissement d'un parcours qui a mené cette jeune fille de famille bourgeoise catholique à devenir une militante lesbienne et féministe (MLF «non déposé», Act-up Marseille, bar associatif lesbien à Marseille, Festival du Film Gay et Lesbien de Paris, etc) depuis 1978, révoltée dans l'âme et désireuse de «regarder les tabous à la loupe» depuis vingt-cinq ans.
Naviguant entre Paris et le sud au gré de ses amours, elle a exercé de multiples petits boulots (distributrice de prospectus, démarcheuse d'assurances vie, vendeuse de fruits & légumes sur les marchés, tartineuse de toasts, animatrice de centres aérés, professeure de voile et de planche à voile chaque été, professeure d'auto-défense pour femmes battues, etc.) avant d'obtenir son diplôme d'architecte à vingt-huit ans. Son directeur de mémoire: Paul Virilio. Sophie Calle est dans son jury. Le thème? «L'Architecture inconsciente» ou l'architecture des rêves (de la nuit). Laurence Chanfro poursuit en parallèle un travail de thérapie qui durera douze ans... Traumatismes sexuels dans l'enfance, tentatives de suicide, l'artiste a su utiliser ses blessures intimes pour nourrir son art multiforme.
Individuellement, mais aussi au sein du collectif Queer factory puis aujourd'hui de LëZïX. Première exposition de photos en 1995, Et si nous nous regardions ?, premier scandale. Les images de clitoris et de vulves en gros plan choquent, y compris aux UEEH (Universités d'Eté Euroméditerranéenens des Homosexualités) où les images seront voilées! Comme le soulignent Anne et Marine Rambach dans leur ouvrage «La Culture gaie et lesbiennes» (Fayard, 2003): «Alors que dans la culture hétérosexuelle, la représentation du sexe féminin est bien mieux consentie que celle du sexe masculin (c'est le sexe masculin en érection qui caractérise le passage du non-pornographique au pornographique), même si cette représentation du sexe féminin reste très codée, dans la culture gaie la représentation du sexe féminin est bien plus dérangeante». Le film d'Anne Julien, L'Origine du monde, le retour (1996) revient d'ailleurs sur cette exposition et la réception par les visiteuses.
Dix ans plus tard, avec le regard décalé qui est le sien - et toujours en arrière-plan une dimension politique - le sexe reste au cœur des quatre opus Jouir malgré tout, réalisés en 2006, dont le premier montre une masturbation féminine filmée sur fond sonore (direct) d'une émission de divertissement avec pour invitée Bernadette Chirac! Le bruit des chaussons, son unique long-métrage (2004-2007), «composé de séquences poétiques, intimistes, politiques, parodiques, féministes, réalistes et ironiques», résume bien ce qui anime depuis toujours sa réalisatrice. «On me traite de provocatrice mais il n'y a que des provoquées», sourit celle qui regrette que les femmes, et les hommes, soient «encore fortement conditionnées sans le savoir», voire même «atteintes du syndrôme de Stockolm»... Aujourd'hui, elle continue de vouloir explorer le corps et la sexualité dans toutes ses dimensions, y compris les plus difficiles à aborder, comme celle des personnes âgées, ou encore «réaliser un porno excitant, celui que je rêverais de voir!» Des projets dans la continuité de ce qu'elle a toujours fait. Son objectif ? «Juste rassurer les femmes, les lesbiennes, en prenant exemple sur ma vie, sur un chemin de vingt ans qui a démarré sur la terreur, le noir, la pudeur, la honte, la frigidité, la peur, les complexes... et qui arrive aujourd'hui dans une clairière de plaisirs, de bonheurs et de jouissances d'être une femme, une lesbienne.»
PHOTO DR












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De lepicurienne
mon site : www.chanfro.eu
merci !!!!!