La présidente de l’Egide: «Nous condamnons l’action sur Jeanne d’arc»
La présidente de la maison des associations LGBT du Nord n'a guère apprécié l'action «queer» sur la statue de Jeanne d'Arc à Lille. Elle explique à TÊTU sa vision du militantisme homo: «Il vaut mieux montrer qu'il n'y a rien à voir».
Lorsque les militants du collectif queer UrbanPorn ont habillé de rose la statue de Jeanne d'Arc sur une place de Lille, avant de dévoiler la vidéo du happening qui avait accompagné cette action, la sphère LGBT a été divisée en deux, et notamment dans les commentaires des internautes de TÊTU. D'un côté, ceux qui accueillaient l'action avec bienveillance – «C'est léger et totalement inoffensif, ça permet de contrebalancer aussi le FN qui a fait de cette fausse pucelle un symbole d'identité nationale», exprimait par exemple Paul Denton en commentaire d'un article. En face, ceux qui avaient peur du rejet suscité par cette action – «je préfère vivons heureux, vivons discrètement», disait ainsi Niko92.
Mais à Lille même, si les Flamands roses étaient ravis, l'action est loin de faire l'unanimité. Pour Christelle Olivier, la présidente de l'Egide, maison des associations LGBT du Nord, écrire sur des pancartes «Je ne suis pas la pucelle catho fasciste pour qui ont me fait passer, je pisse debout sur l'identité nationale» ou «Godes save the queers», cela ne fait pas réellement avancer la cause des personnes LGBT ou la lutte contre l'homophobie et la transphobie. L'occasion pour TÊTU de l'interroger sur sa vision du combat pour la visibilité et l'égalité.
TÊTU: Comment a été vécue à Lille «l'affaire de la statue»?
Christelle Olivier: Elle a été diversement appréciée dans le monde associatif LGBT de la métropole lilloise. En ce qui concerne l'Egide et les associations-membres qui se sont exprimées sur le sujet, nous condamnons cette action. Nous pensons que celle-ci ne présente pas beaucoup d’intérêt, pire: elle est contre productive. Quel est l'objectif recherché par une telle action? Réveiller les consciences des habitants de la métropole lilloise? Aujourd'hui, nous ne pouvons pas dire que nous vivons dans une société globalement homophobe ou transphobe, la société évolue et elle évolue en notre faveur. Et selon TÊTU, la ville de Lille se situe à la troisième position dans le classement des villes les plus gay-friendly en France!
C'est une action qui se veut plus «queer» que «LGBT»…
Alors, posons-nous la question du niveau de compréhension du citoyen lambda lorsqu'il découvre une Jeanne d'Arc affublée d'un pénis rose. Tout ça est plutôt risible, bon enfant mais certainement pas lisible, le citoyen lambda n'a pas conscience de l'existence même du mot «queer», et il assimile forcément cette action aux activistes homosexuels. Sans compter que c'est encore une fois associer homosexualité et sexualité. L'homosexualité, c'est de la sexualité bien sûr mais c’est aussi et surtout bien plus que de la sexualité. Si l'objectif était d’éveiller les consciences, je pense que c’est plutôt raté. Pour ma part, il s'agissait d’une simple opération de communication d'une bande de jeunes et je dois dire que sur ce terrain, ils ont plutôt bien réussi leur coup.
Comment les association-membres de l'Egide ont-elles réagi au «relooking» de Jeanne d'Arc, puis au film d'UrbanPorn quand il a été dévoilé?
Ce qui prédominait c'était plutôt l'incompréhension et la consternation. Des associations se sont posées la question du bien-fondé d'une telle action, et même de la crédibilité du mouvement associatif LGBT. Comment espérer qu'on ne nous demande plus de nous tenir correctement lorsqu'on veut être accueilli quelque part? Il s'agit aussi d'un manque de respect à l'égard des catholiques. Ce n'est pas acceptable de faire ce rapprochement «catho = fasciste». Je peux citer l'association David et Jonathan-Lille, qui a dénoncé publiquement le «relooking» de Jeanne d'Arc: «En cette période où les personnes LGBT sont trop souvent montrées du doigt, ce genre de comportement irresponsable ne fait qu'attiser une forme d'homophobie de plus en plus prégnante».
Vous dites que la vision «queer» de l'homosexualité n'est pas la bonne méthode d'affirmation. Comment les LGBT devraient-ils donc se montrer dans la société, selon vous?
Ces activistes homosexuels utilisent le mot «queer» pour rejeter les identités de genre traditionnelles dictées par l'ordre hétéro-normatif. Ils considèrent que l'homosexualité interroge, voire bouscule les normes de genre. Cependant et pour ma part, je considère avant tout le genre comme étant une donnée intrinsèque à la personne et non pas comme une revendication politique.
Il n'y a pas de bonnes ou de mauvaises façons de se montrer dans la société. Les LGBT doivent se montrer tout simplement, et c'est bien ça le plus important. Je me plais souvent à dire qu'il faut montrer qu'il n'y a rien à voir. Car au fond, que veut dire être visible? Ça veut dire exister, être là, ne pas se cacher et ne pas avoir honte, il y a même un peu de fierté dans cette démarche de visibilité. Je suis doublement LGBT et fière de l'être.
























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De KaliYuga
Ah quand même. On passe pour des "dames patronesses" (sic) en refutant parfois certaines initiatives LGBT, c´est bien sympa de ne pas se sentir seul avec nos tasse de thés et nos corsets. Les pendules sont remis à l´heure.