Hommage à Magnus Hirschfeld, l’homme du «troisième sexe»
Ce militant homosexuel d'avant-garde est mort il y a 75 ans, jour pour jour. Le Mémorial de la déportation homosexuelle lui rend hommage: c'est l'occasion de le (re)découvrir…
Magnus Hirschfeld aura eu une vie hors du commun. Le 14 mai 1935, il s'éteint le jour même des ses 67 ans, en France où il vivait en exil, ayant fuit l'Allemagne hitlérienne. Soixante-quinze ans plus tard, le Mémorial de la déportation homosexuelle (MDH) consacre un vibrant hommage à ce médecin homosexuel engagé dans son temps. A travers une série de soirées projection (à Marseille, Nice, Montpellier et Paris) et la publication d'une plaquette souvenir, le MDH retracera la vie de celui qui, à la suite des Heinrich Hössli et Karl Heinrich Ulrichs, est une figure du combat des droits des homosexuels du début du XXe siècle, mais pas uniquement…
TÊTU: En quoi la figure de Magnus Hirschfled est-elle importante pour le MDH ?
Hussein Bourgi, président du MDH: C'était un homosexuel juif qui a porté un combat militant dans le cadre de sa pratique médicale. En plus de sa théorie de «troisième sexe», il avait un credo intéressant: l'égalité des droits grâce à la science, afin de signifier que l'homosexualité n'était pas une déviance. Il a été un des premiers en Allemagne à lancer dès 1897 une pétition pour l'abrogation du Paragraphe 175, datant de 1871. Cet article du code pénal allemand qui a conduit tant de lesbiennes et d'homosexuels en déportation.
Sa pratique médicale était très en pointe, semble-t-il.
Dès 1931, son confrère Félix Abraham a été un des premiers, sinon le premier, à pratiquer une vaginoplastie sur la personne de Dorchen Richter, la servante d'une riche patiente étrangère de Magnus Hirschfeld. Cette dernière, très satisfaite de ses consultations, lui a fait un legs conséquent lui permettant de pérenniser son institut de sexologie et de lancer dès le 15 mai 1897 le Comité scientifique humaniste. Avec son équipe de médecins, il a pu assurer plus de 20.000 consultations par an. Il avait aussi créé un jardin naturiste mixte.
Quels dangers encourrait-il?
C'était un activiste débordant ayant toujours plusieurs fers au feu. Plusieurs fois il a frôlé la mort, comme à Vienne en 1923 où un tireur fou a ouvert le feu sur le public de sa conférence. Avec la montée du nazisme sa grande notoriété et les visites de nombreux intellectuels du monde entier, dont Zola, Tolstoï, Einstein, Freud, ne l'ont pas protégé, au contraire. Son institut qui renfermait 20.000 livres et plus de 35.000 dessins et gravures (ce qui en faisait un des tous premiers centres d'archives homosexuelles au monde) a été saccagé le 6 mai 1933 par les nazis et les livres furent pris pour le premier autodafé du 10 mai.
Absent pour une conférence de l'étranger au moment des faits, il se réfugie alors en France…
Oui, et il reprend son combat et ses travaux, malgré la barrière de la langue. Symboliquement, il inaugure la Bibliothèque libre allemande à la Cité fleurie à Paris, boulevard Arago, le 10 mai 1934, soit un an jour pour jour après l'autodafé. Avec l'Occupation, c'est vers le Bordelais que nous perdons la trace de cette bibliothèque sauvée. Brillant intellectuel, il est mort à Nice où il repose. Sa tombe ayant été protégée des dégradations grâce à une croix chrétienne en porcelaine qui n'a été enlevée que l'an passé.
Programme hommage à Magnus Hirschfeld sur le blog du MDH.
Illustration: plaquette-hommage du MDH.











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