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Hervé Latapie: «Les médias poussent à stigmatiser la prostitution»

Par Lucile Roger vendredi 15 janvier 2010, à 10h53 | 5728 vues
Plus de: Hervé Latapie, Doubles vies, livre, prostitution masculine, escort

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Quelle est la réalité du travail des escorts, au-delà des clichés? Ont-ils le train de vie qu'on décrit si souvent? Subissent-ils cette exploitation du corps? Hervé Latapie, auteur d'un livre sur la prostitution gay, répondait à ces questions lors d'un débat, jeudi dernier, à Paris.


Hervé Latapie dans sa loge du Tango, à Paris (Photo Adrien Toubiana).

Être le premier à lever le voile sur une réalité qui dérange, c'est rarement un rôle confortable. C'est pourtant celui qu'a endossé Hervé Latapie jeudi dernier au centre LGBT de Paris. Quelques semaines après la parution de Doubles Vies, (qui faisait la couverture du TÊTU News de janvier encore en vente jusqu’à mardi), son enquête sur les escorts gays, le centre l'avait invité à participer à un débat sur la prostitution. Lui-même client d'escorts et défenseur d'une position susceptible d'en faire hurler certains, l'événement était pour lui chargé d'appréhensions...

Mais ses craintes se sont envolées rapidement. Pendant le débat, la curiosité prend vite le pas sur la critique. Une trentaine de spectateurs de tous âges (dont des prostitués et des clients) écoutent l'auteur répondre aux questions. On l'interroge sur son expérience de client ou bien sur son rôle de sociologue. Puis le public s'adresse très vite à lui en tant qu'expert: un jeune-homme le questionne sur les risques fiscaux encourus par la prostitution, le psychologue d'un centre social lui demande conseil afin de mieux guider les jeunes prostitués...

Récupération médiatique
Finalement, le dialogue ouvre un espace d'expression plutôt que de tensions. Clients et prostitués font part de leurs opinions et expériences, alors que, comme le rappelle l'écrivain «il est très difficile de trouver des témoignages de clients. Ils se sentent souvent honteux. Les médias les montrent comme des monstres!». D'ailleurs, la principale critique que fait l'auteur à propos de la prostitution, c'est sa récupération médiatique! Il soutient que l'image traditionnellement véhiculée par les médias de la prostitution masculine homosexuelle n'est pas juste.

D'où cette interrogation, qui constitue le moteur de son enquête: «Comment se fait-il que toutes ces représentations médiatiques -l'amalgame avec la pédophilie, l'image du jeune Roumain, etc.- ne correspondent absolument pas à ce que moi j'ai pu voir?". Lui en tire une image beaucoup plus douce. Sans nier l'existence de situations dramatiques, Hervé Latapie nuance la vision médiatique de la prostitution en rappelant que les cas extrêmes ne constituent pas une généralité: «ces situations existent, mais ce n'est pas la majorité de ce qui se passe!». Selon lui, les médias procèdent à «une instrumentalisation de la prostitution», et font d'elle un «produit stigmatisé».

Argent et exploitation du corps
Hervé Latapie dénonce aussi une certaine fantasmagorie autour des revenus des escorts: «On entend parler de types qui se feraient dans les 10 000 euros la nuit... Mais je n'ai rencontré personne qui m'ait évoqué de tels revenus! Les gens se font des fantasmes!» Et il rappelle que la prostitution, bien qu'elle puisse rapporter davantage qu'un job dans un fast food, ne peut pas être qualifiée d'«argent facile»: «On peut dire à la limite "argent rapide"».

Lorsqu'est évoquée la problématique de l'exploitation du corps, l'auteur renvoie au travail physique de certains ouvriers: «L’exploitation du corps ? On peut aussi se poser cette question pour ceux qui soulèvent des poids monstrueux à longueur de journée et qui ont le dos brisé avant quarante ans». On adresserait trop souvent à la prostitution des critiques «morales» qui ne lui sont pas propres. Quitte à réviser nos critères d'évaluation morale? Ou les abandonner carrément?

En tout cas, l’auditoire n’a pas semblé réticent à l’argumentaire d’Hervé Latapie, et n’a pas amené le débat sur le terrain potentiellement explosif de la morale. L’auteur a d’ailleurs conclu qu’il s'attendait «à recevoir un peu plus d'agressivité!».

 

Doubles Vies: enquête sur la prostitution masculine homosexuelle (Le Gueuloir).
Le livre est difficile à trouver en librairie mais disponible sur le site du Gueuloir.

 

 

Bonnes feuilles, reportage et témoignages à lire dans le numéro 151 de TÊTU, actuellement en vente.

 

 

 

 

 

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  • Les escorts et les gays: le livre événement dans TÊTU
  • Editions Le Gueuloir

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11 réactions de la communauté

 
chris

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De chris

Le 15 janvier à 12h56

donc ils sont beaux ils aiment le sexe, se font payer etc... J'ai lu l'article tetu du coup j'ai été voir sur le net ce qu'etait un escort boy...Je suis surpris de leurs exigences et du peu qu'ils donnent en échange, finalement je me dis que ce sont les clients qui sont interessant a décripter. A priori si l'idée me venait, tant qu'a payer je serais exigent sur ce que je dois obtenir et pas suppliant. Bizarre

 
SOCRATE

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De SOCRATE

Le 15 janvier à 13h22

Je connais un gaillard de 56 ans qui se livre à la prostitution (il est SM) et il prend 100 € de l'heure avec des hommes de 28/70 ans. Il est particulièrement viril, musclé, tatoué et dominateur et en plus il est propriétaire de plusieurs mas provençaux. Il fait cela par plaisir et pour se payer des à côtés lol ...

 
hector dumas

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De tigerx

Le 15 janvier à 13h46

ah oui ils ont parlé de lui dans les inrocks spécial sexe l'été dernier... j'aimerai bien le rencontrer (petite infidélité au couple...)

 
tigerx

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De tigerx

Le 15 janvier à 13h49

j'ai lu l'article, les extraits, la bio... le type a l'air intéressant, intelligent et bien intentionné... mais bon ca fait un peu pétard mouillé son truc.... "Je m'attendais à plus d'agressivité"...!!! Ben va sur le plateau de Perneaud sur TF1, mais pas au centre LGBT.... Sur paris des escorts y en a partout, c'est devenu (hélas? je ne jugerai pas) totalement courant et passé dans les moeurs d'une grosse partie de la communauté "visible" (on et off line)... Alors le côté "premier porte parole d'une vérité qui dérange", ca fait un peu rigoler... Surtout six mois après l'article des inrocks, qui sont comme, faut bien l'avouer, le télérama nouvelle génération...

 
KaliYuga

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De KaliYuga

Le 15 janvier à 13h52

Pas d´accord avec l´exploitation du corps. C est AUSSI fatiguant qu´un travailleur du BTP par exemple. Il faut pouvoir assurer physiquement et moralement a mon avis. Alors, bien sur, il y en aura toujours qui nous diront qu´ils font ça vraiment pour le fun, que il n´y a pas de problemes "moraux". D´ailleurs je ne comprends pas dans ce cas la pourquoi on devrait etre "d´accord" sur la prostitution masculine et en total desaccord avec la prostitution feminine qui elle, semble belle et bien être un système pervers. C´est un peu ignorer les "travers" de ce genre de travail. Je suis persuadé qu´il reste de la souffrance.

Tout du moins la question de choix, de savoir si oui ou non ces gens choisissent d être escort boy l´ont désiré ou pas m´interesserait. D´ailleurs, l´exemple des revenus plus ou moins bas met en exergue directement le faible apport financier de ce genre de transaction non?

Je trouve que ce Latapie a le beau role et il instrumentalise lui meme (un chouia) son role de "sociologue" afin de mettre en lumière peut etre un sujet "tabou" (pour la France en tout cas) alors que franchement, quoi dire de nouveau?

Bref, la question me laisse perplexe mais why not?

 
hector dumas

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De HervéParis

Le 15 janvier à 16h00

Oh là ! Je ne me qualifie à aucun moment de sociologue, juste "sociologue du dimanche" ! Dans mon livre j'explique ma démarche. Je raconte, je fais témoigner des escorts et des clients. Je ne suis pas universitaire (mais il est vrai que j'ai étudié jadis la socio et que cela influence mon travail).

Je cite également les livres qui sont déjà parus sur la question. La seule nouveauté que je revendique, est la série d'interviews de clients. Cherchez dans toute la littérature existante sur la question, le client est le grand planqué !

 
hector dumas

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De KaliYuga

Le 15 janvier à 16h09

Je pensais que tu etais toi meme sociologue vu que Têtu te qualifie de la sorte ^^.
En tout les cas, c´est une bonne chose de pouvoir en savoir plus sur le client, son approche. Ca permet peut etre d´en dresser une "sociotypologie" certes "underground" parce que peu répandue mais qui néanmoins suscite la curiosité. Après j"´accuse" le coté tout a fait racoleur de ce genre de démarche (tous livres sur le debat confondus) parce que pour moi il y aura toujours un coté "mondalistico-economico-sexuel" a la demarche de l´escort qui certes, ne devrait pas souffrir de la morale puisque apparemment, elle est limite choisie en apparence mais qui selon moi est un leurre. Autre debat je suppose^^-

 
nymphe

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De nymphe

Le 15 janvier à 16h41

Pour ma part , je l'avais fait de mes 15 à mes 18 ans , histoire d'avoir de l'argent de poche .
Lorsque je vois mon évolution , mon arrêt et ma reprise ... étant jeune - ado - j'en ai souffert et maintenant , je me dis que ce n'est qu'un jeu contre rémunération .
Je preste à nouveau pour mes études , pour avoir de l'argent de côté , pour découvrir du monde .
Les clients sont généralement corrects , sympathiques , instruis ... Maintenant , comme je dis , Ils ne sont ni mon portefeuille et Je ne suis pas leur jouet . Il m'arrive de sélectionner pour continuer à me respecter moi-même .
On fait de belles rencontres et à force , certains deviennent des amis , même s'il y a toujours une contribution .
J'aime bien apprendre à connaitre la personne plutôt que je gros one shot > qui est pour moi dégradant .
Respect et Hygiène .
Je travaille en solo et également avec un autre minet . Ca fait plaisir de pouvoir partager cela avec quelqu'un . Les autres peuvent entendre lorsqu'ils le peuvent mais pas comprendre . Puis , comment ne pas être jugé à tort lorsqu'on dit que l'on est Escort et qu'ils ne nous voyent QUE comme une Pute , mais c'est différent , totalement même si à la fin , dans 90% des cas , il y a du sexe .
J'y ai déjà pensé , faire ça toute ma vie , jusqu'où m'arrêter , quand m'arrêter , qui prendre ... ???
C'est comme dit , de l'argent et pas une modique somme rapidement gagné . Donc je pense que j'aurai quelques passes avec des clients récurrents , des amis .
Je ne sais pas si en Belgique c'est autorisé mais ce que je sais , c'est que le quartier de la gare du Nord est réputé , donc peut être que c'est simplement tu .
Puis tout n'est que relatif et éphémère , et lorsqu'on a été abusé pendant 10 ans , ça doit fortement aidé je présume .

 
skyfox Paris

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De skyfox Paris

Le 24 janvier à 16h46

Je n’ai nullement honte de m'afficher comme "client" j'ai le plaisir de rencontré de beaux jeunes hommes (moyennant une centaine d'euros) qui eux aussi ont la possibilité de me dire NON. Comme, il m'arrive de le dire devant certaines sollicitations d'escorts.
Pas toujours facile de "draguer" un mec de 25 ans quand on a dépassé la cinquantaine. Je sais qu'en plus éventuellement de mon côté bcbg, intello et cultivé, mon attrait tient essentiellement à ma capacité financière. Bien sûr, que je rencontre des garçons de moins de 30 ans qui sont attirés par des hommes mûrs… mais, ce n’est pas très fréquent.
J'ai cette chance de pouvoir passer à du « concret », au lieu de rester dans mes rêves à fantasmer comme beaucoup, sur des rencontres impossibles avec « l’idole » du moment. Qui n’a pas fantasmé sur un acteur, sur un passant, sur un collègue de travail etc… et la liste est longue !
Je n’ai pas remisé ma vie sexuelle dans les souvenirs du passé.
Je reconnais, que je suis mal à l’aise quand je suis contacté par un garçon qui vit dans la plus grande des précarités. Pour lui, ce n’est pas un « jeu » mais une nécessité économique. Et là, je me sens honteux de « pouvoir profiter » de quelqu’un qui est dans la merde. Je préfère lui dire non merci.
Je sais que certains gays se disent « écœurés » par ma pratique, comme mes voisins hétéros sont eux aussi « écœurés » que deux mecs fassent l’amour. « C’est dégeulasse qu’un mec fasse une pipe à un autre mec ». Ce type de jugement excluant, on en rencontre plein dans le milieu gay, qui pouvons-nous ? rien. :o)

 
pimousse

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De pimousse

Le 30 janvier à 15h14

désolée je viens de voir que ce n'est pas le mais la journaliste...

Assez de désinformation !

Je réagi tardivement à un article, enfin une brève passée sur site en ligne de Têtu relativement à un débat organisé au Centre LGBT à l’occasion de la sortie du livre d’Hervé Latapie « Doubles vies ». Je suis un peu lasse des remarques qu’il suscite dans mon entourage…alors je prends mon clavier …afin de dire ce qu’il m’inspire et par la même répondre à toutes ces interrogations.

J’avais lu ce texte le jour de sa parution… mais habituée à ne pas si souvent être convaincue par le travail des journalistes et débordée par une charge de travail trop importante, je n’avais pas jugé opportun de répondre. Néanmoins, ce texte avait inspiré, le 17 janvier, un commentaire sur mon profil Facebook relatif à la piètre contribution des journalistes aux débats de société, de nos jours, et qui a déclanché un long débat sur le sujet.
« trouve tt de même que bcp de journalistes, à quelques rares et précieuses exceptions, ne savent plus faire leur boulot ; ils servent la soupe ! Esprit critique ds les chaussettes, manque de fond, d'analyse... ils remplissent, s'économisent, ne prennent aucun risque... Contribution médiocre aux débats de société... Sommes-nous condamnés à lire et relire Millénium pour trouver des journalistes dignes de ce nom ? »

A vrai dire cette brève m’intrigue… Il ne faut y voir aucune malice dans mes questions, mais je me demande sincèrement si le journaliste a assisté à tout ou partie de la soirée, s’est endormi un moment ou s’il a trouvé trop complexe de couvrir l’intégralité de la soirée, si d’autres motivations l’ont animé … ?

Voyez-vous, il m’arrive souvent de déplorer le fait que les journalistes ne se déplacent plus beaucoup pour couvrir leurs sujets et se contentent de passer quelques coups de fil, restrictions budgétaires j’imagine… Alors quel dommage que cette fois, après avoir fait l’effort de s’être déplacé, le résultat ne soit pas plus probant, mais un simple écho, conforme à la ligne éditoriale du dossier sur le même sujet publié dans le supplément de janvier du magazine. Le Dossier offrait une belle promotion à l’auteur, il était constitué d’un reproduction de plusieurs pages d’extraits du livre et d’un article fort sympathique et éclairant sur la personnalité de l’auteur et sur ses engagements, mais peu critique sur le livre, ne traitant pas des aspects sociaux, économiques, ni même relatifs à la sexualité masculine, de la prostitution. La brève, passe totalement sous silence la moitié du débat, se contente de nous informer qu’Hervé est soulagé du bon accueil qui lui a été fait au Centre (sic !) et donne l’impression aux personnes présentes et en tous cas à l’animatrice du débat que j’étais ce soir là, que le journaliste présent couvre un tout autre débat qui se serait passé dans un autre lieu, un autre jour…
Une expérience surréaliste en sorte !

Compte tenu du sujet particulièrement polémique, nous avions choisi pour ce débat un format qui n’a pu échapper au journaliste présent : de trois quart d’heure à une heure de questions/réponses entre Hervé et l’animateur du débat – en l'occurrence moi-même ce soir là-, puis de trois quart d’heure à une heure d’échanges avec la salle ; dans cette seconde partie, je me suis contentée de modérer en distribuant la parole.
Ce format avait plusieurs avantages, il évitait à l’auteur un long et fastidieux monologue ; des questions neutres et factuelles lui donnaient l’occasion de nous parler de ses expériences et de son travail ; des questions plus incisives, critiques même, documentées et précises, permettaient quant à elles, d’apporter un point de vue différent de celui de l’auteur et de creuser le sujet. Il ne s’agissait nullement de mettre l’auteur en difficulté mais de ne pas prendre pour argent comptant ce qu’il avait à nous raconter et de représenter plusieurs points de vue sur la prostitution. Le préalable, clairement affiché en introduction était que ce débat aurait lieu dans le respect et l’écoute, sans agressivité de la part des abolitionnistes ou de ceux qui revendiquent la légalisation de la prostitution ; sachant que cette question suscite en général des réactions épidermiques. Pour autant, il ne s’agissait pas non plus de dérouler un tapis rouge à notre ami et membre du Centre, ni de lui délivrer un chèque en blanc et les vraies questions sur ce polémique sujet de société devaient aussi être posées.

Au fil des 12 questions préparées pour la circonstance, j’ai remercié Hervé d’avoir différentié prostitutions hétérosexuelle et homosexuelle ; lui ai donné l’occasion de parler de sa motivation pour écrire cet ouvrage, de ses expériences personnelles, également de ses témoins prostitués comme clients et de l’évolution de la prostitution gay depuis les années 80 à nos jours…

Ensuite, j’ai tenté d’avoir une idée du nombre de gays ayant recours à la prostitution ; d’obtenir des informations sur la traite ou le trafic des prostitués et son business économique ; également sur la consommation d’alcool, de médicaments et de stupéfiants dans cette population ; de comprendre comment dans une société capitaliste, le commerce du sexe, « marchandise comme une autre » pouvait être compatible avec la notion d’échanges sexuels entre être humains ; de savoir pourquoi les aspects les plus glauques de la prostitution étaient gommés pour ne plus parler que d’escortes friqués qui choisissent leur clientèle sur le Net, la vie des escortes étant probablement plus glamour que celle des tapins des gares parisiennes convenons-en…La question de la domination masculine est peut-être absente dans la prostitution gay mais la question de la domination sociale ne l’est pas et ce sont bien ceux qui ont un certain pouvoir financier qui peuvent s’acheter le service d’hommes moins fortunés et en général plus jeunes.

Enfin, en prenant le soin de préciser que la morale, les interdits, la stigmatisation des prostitués ou des clients ne mènent pas bien loin, j’ai émis quelques doutes sur le fait que la prostitution soit un métier comme un autre ; également sur une libéralisation révolutionnaire et solidaire de la prostitution qui propulserait tous les travailleurs du sexe dans un statut tellement protecteur que plus personne n’aurait envie d’exercer les professions de médecin, avocat ou journaliste ; j’ai émis aussi l’idée que comme le suggère Benjamin, l’un des témoins du livre, que la sexualité relève du domaine du rapport à l’autre et que la prostitution ne contient pas grand-chose de bien transgressif ni subversif, lui dit : « le problème est dans la sexualité masculine. La prostitution, c’est parce que la sexualité masculine va mal et ça fait des milliers d’années. Dans mon monde idéal il n’y aura pas de prostitution car on vivra autrement sa sexualité. »

En conclusion, il ressortait nettement d’une partie de mes questions, que si je trouvais intéressant ce travail de recherche et de témoignage sur le monde de la prostitution gay, le véritable tabou à mes yeux consiste, comme pour Benjamin, a questionner la sexualité masculine. En outre, parler de la prostitution sans parler des jeunes et moins jeunes qui n’ont pas d’autres solutions pour s’en sortir et qui racontent de toutes autres histoires, de violence et de désespoir, me gêne.
Personnellement, je regrette de n’avoir pas eu autant de réponses à mes questions que je ne l’aurais souhaité et d’être restée sur ma faim.

Alors, chacun pensera ce qu’il veut de cet échange mais prétendre qu’il n’a pas eu lieu et le passer totalement sous silence est surréaliste. Ce n’est pas parce qu’un débat n’est pas agressif qu’il n’existe pas, ce n’est pas parce que c’est l’animateur qui pose les questions, représentant aussi l’opinion de ceux qui n’oseront s’exprimer ou n’ont pu se déplacer, que les questions n’ont pas été posées !

Ensuite, les échanges avec la salle, furent en effet plutôt « bon enfant » et peu incisifs, le public présent à quelques exceptions prêt, étant manifestement favorable à une libre prostitution. Certaines personnes sont venues me dire à la fin du débat qu’ils n’avaient pas osé intervenir mais m’ont remerciée d’avoir posé les questions qui leur brûlaient les lèvres… Je sais c’est dommage, mais peu de gens posent des questions en public.
Je trouve dérangeant que certaines questions aient été occultées par le journaliste, pourtant réveillé lors de cette seconde phase du débat, telles celles d’un jeune qui voulait savoir comment parvenir à se sortir de la prostitution et comment valoriser ces années perdues, aussi, ce témoignage fort édifiant d’un autre gay, d’un certain âge, vivant dans l’est de la France, il a eu fréquemment recours à des prostitués allemands et nous a raconté que ceux avec lesquels il a gardé des liens, refusent obstinément d’en parler, une fois qu’ils en sont sortis ! Etrange comportement, si l’on en croit ceux qui nous expliquent que la prostitution gay est très banale, très simple et très conviviale !

Alors, oui, le débat fut de bonne tenue au Centre LGBT, nous n’aurions laissé personne agresser Hervé Latapie pour son travail et témoignage, mais pour autant il ne fut pas complaisant et des questions fortes, difficiles et peu confortables, d’ailleurs restées sans réponse pour beaucoup, ont bel et bien été posées ce soir là, mais encore fallait-il les entendre et les restituer correctement.

Une expérience de plus de la désinformation à laquelle nous habituent les journalistes de nos jours. J’aimerais assez que l’on m’explique pourquoi !

 
hector dumas

0

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De Pauldenton

Le 30 janvier à 15h55

Pas tous les journalistes! Je ne peux me substituer aux journalistes de Têtu. Simplement, faisant partie de la profession, ce que je peux en dire, c'est qu'un journaliste a le droit de choisir l'angle de son article. Il va privilégier certaines pistes davantage que d'autres, etc. Et puis, il y a la contrainte de longueur d'un papier aussi. Si l'on vous dit de ne pas dépasser les 3500 signes, c'est déjà pas mal.

Manifestement, vous avez eu l'impression qu'une partie d'une débat est passé à la trappe et cela arrive souvent. C'est toute la difficulté de notre profession, selon moi, et ce, pour tous les sujets "polémiques".

De là à mettre tous les journalistes sur le même plan!

 
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