Hélène Hazera répond à Marie-Hélène Bourcier
Le colloque sur les transidentités était organisé à l'EHESS en mai dernier. À cette occasion, nous avions interviewé Marie-Hélène Bourcier, une des organisatrices. Hélène Hazera répond à ses propos qui suscitent la polémique...
Vous pouvez lire ici l'interview de Marie-Hélène Bourcier, auquel ce texte fait référence.
Ce serait de l'ingratitude de ne pas saluer les efforts que fait Marie-Hélène pour que les études trans entrent dans le champs des études universitaires en France, et d'y inclure quelques transgenres et transexuels. Pour ses deux journées d'étude à l'EHESS, par exemple, elle a fait venir Susan Stryker en France (dont on avait découvert l'excellent documentaire «Screaming Queens» aux UEEH, il y a quatre ans et dont les ouvrages sont un outil de travail tant pour les activistes que pour les universitaires). Merci pour Susan, pour Stephen White de «Press for change», pour Ludwig Trovatto, pour les pionniers du GAT. Dommage si l'accès aux journées, restreint par des mesures bureaucratiques inutiles, a réduit son audience (mais le film de Ludwig a fait salle comble au CGL).
On peut parler des trans sans être trans
Personne n'a l'exclusivité de la question trans', et de ses subventions, et ce serait un mauvais procès que de reprocher à Marie-Hélène et à ses deux comparses universitaires de parler sur les trans sans être des trans; être «cisgenre» n'est pas un crime. Les lesbiennes savent-elles que c'est un homme, l'homo André Germain qui a conservé les écrits de la poétesse saphique Renée Vivien? Mais pourquoi alors Marie-Hélène reproche à d'autres chercheurs qui s'aventurent dans ce domaine d'être des «straights» (des hétéros). Comme si des trans' ne se revendiquaient pas «straights» ou ne revendiquaient pas des amours avec des «straights» ? Cette grille à la Wittig peut-elle se plaquer sur cette autre population?
Marie-Hélène manque de recul par rapport à son sujet d'étude: comment une lesbienne queer cisgenre se permet-elle de dire «nous» quand elle parler des trans', et s'en prend -elle violemment à tous ceux qui s'aventurent sur un terrain qu'elle semble considérer comme sa chasse gardée?
Eric Fassin, Josée Dayan, Louis-Georges Tin pris pour cibles
Avant d'agresser Louis-Georges Tin, Marie-Hélène s'en était prise à Eric Fassin avec un courrier collectif où elle l'accusait d'avoir été payé par la cinéaste Josée Dayan. Une calomnie dont elle ne s'est jamais excusée.
Aujourd'hui c'est à Louis-Georges Tin d'être apostrophé, dans des termes peu universitaires: «Oui, Louis-Georges, si tu m'entends, nous devons beaucoup aux Trans et si tu les as mis dans ton caddie cette année, il faut leur rendre leur droit à archiver leur histoire, leurs luttes et leurs cultures (...)»
En fait Marie-Hélène reproche à Louis-George (qui a fait entrer plus de trans qu'elle dans le projet d'archives LGBT de la Ville de Paris ) d'avoir organisé un colloque sur les trans à l'Assemblée nationale, la première fois que ce sujet y était abordé. Et tout de suite c'est le dérapage verbal: «Le coquelet LGBT français ferait bien de la boucler avec ses projets de dépénalisation universelle de l'homosexualité depuis l'Onu. C'est terrible ce Villepinisme, ces Napoléon le Petit. Cela relève pour moi d'une politique post-coloniale, arrogante, eurocentrique et criminelle». Marie Hélène ne supporte pas que Louis-Georges ait réussi à faire monter juqu'à l'ONU un texte visant à dépénaliser l'homosexualité dans le monde (ces lois souvent visent aussi les trans). Pour notre sociologue queer, demander à l'ONU la sortie de prison des homos et lesbiennes africaines, (avant la colonisation ces pays connaissaient-ils des lois homophobes, transphobes?), c'est du «néo-colonialisme», du «Villepinisme» (c'est drôle mais j'ai gardé en mémoire que l'action de de Villepin à l'ONU a plutôt été d'essayer d'empêcher les Américains d'envahir l'Irak, je comprends mal sur ce point précis ce que Marie-Hélène peut lui reprocher). «Criminelle» de passer par l' ONU pour dépénaliser l'homosexualité? Les lesbiennes africaines emprisonnées apprécieront.
Une violence qui ne sert pas la cause trans
Quant à Napoléon III («Napoléon le petit»), je ne vois pas ce qu'il vient faire ici. Marie-Hélène Bourcier ferait bien de réfléchir avant d'invectiver, car dès qu'elle quitte la doxa queer, ses connaissances sur les trans sont pauvres. Dans cet entretien, sa dernière bêtise c'est d'être incapable de voir le lien entre les systèmes traditionnels et leur universalisation..: «quel est l'intérêt d'aller expliquer à un Moshe de Oaxaca au Mexique que nous savons mieux que lui qu'il est trans...ce qu'il n'est pas». Ce qu'une personne trans sait justement c'est qu'il suffit de proposer aux para-trans des systèmes traditionnels des oestrogènes ou de la testotérone pour que beaucoup passent vers un nouveau système en train de devenir universel. Combien de «deux esprits» amérindiens, de «katoeys» du Laos ou de Thailande, de raéraés de Tahiti, d'«hijras» d'Inde et du Pakistan, de «métis» du Népal ont aujourd'hui conservé une part de leur identité traditionnelle tout en devenant des «trans'» modernes grâce aux hormones?
Quand on aborde la culture des autres, un minimum d'humilité est nécessaire. Marie-Hélène Bourcier devrait s'interroger sur la violence qui l'anime quand d'autres chercheurs abordent ce domaine sur lequel elle n'a aucun droit. Le monde trans' est déjà parcouru d'assez de violence pour que Marie-Hélène y rajoute sa louche bouillante. Sa violence s'articule avec un mépris de petit mandarin quand des trans l'apostrophent sur ses écrits et ses dires. Dites-lui que c'était idiot, dans la revue de Léo Scheer d'écrire que les biographies de trans sont des hymnes à la chirurgie (elle en a lu tellement?), dites lui que c'était chiant quand sur Pink TV elle reprochait à une femme trans d'être «trop féminine». Pas de réponse.
En fait la carte du monde où Marie-Hélène est pertinente est estimable, mais réduite. Elle-même la délimite: «Je connais peu de lesbiennes qui n'aient pas eu de pratiques sexuelles ou d'histoires avec des FtM ou des MtF». Il y en a plus qu'on ne croit mais y en a-t-il tant? Et les hétéros «les straights» qui ont des rapports avec les femmes-trans ou les hommes-trans -ils sont encore plus- elle en fait quoi?
Hélène Hazera
Photo Radio France
DROIT DE RÉPONSE DE MARIE-HÉLÈNE BOURCIER:
Quelques précisions pour rafraîchir le débat :
Concernant Eric Fassin. Eric Fassin (qui est mon collègue à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et dans le master Genres et Sexualités dont fait partie le séminaire «Théories, Cultures et Politiques Queer» dont je m’occupe) et moi-même, nous sommes longuement entretenus en septembre… dernier, et ce à mon initiative. Nous avons abordé de nombreux sujets dont le film documentaire de Josée Dayan, «Nous n’irons plus au bois». Nous avons également évoqué sa légitimité, le rôle de «l’intellectuel français par rapport aux minorités, du fait qu’il n’avait pas sa thèse de doctorat, du manque de transparence dans le fonctionnement du master de l’Ecole, et enfin, des raisons qui l’ont amené à refuser de co-diriger le collection Genres et Sexualités aux éditions de la Découverte avec une historienne féministe. Je n’ai pas été vraiment convaincue par ses arguments.
Concernant le film de Josée Dayan, oui, il y a bien des personnes qui ont été rémunérées et d’autres non. C’est injuste, sachant que je suis totalement pour que les personnes interviewées dans ce type de documentaire soient toutes rémunérées. Cela se fait ailleurs et c’est bien naturel: sans elles, pas de documentaire.
Concernant Monique Wittig, comme son titre l’indique, son célèbre essai porte sur la pensée straight et non la personne straight. Critiquer l’hétérosexualité n’est pas synonyme de critique de l’orientation sexuelle mais de tout un système de pensée hétérocentré. Par ailleurs la pensée straight («droite», normative) n’est pas l’apanage des «straights». Beaucoup de gays et de lesbiennes sont straight et j’utilise les concepts de Wittig dans leur acception large, celles des années 90. Ceci étant dit, il faut noter que la France est le seul pays en Europe, républicanisme aidant, où les minorités ne sont pas représentées directement par elles-mêmes ou pire encore croient qu’il leur faut une caution pour exister. Indéniablement, cela change beaucoup de choses, au niveau de l’expérience, des compétences, des types de savoirs et de politiques que l’on développe. Le retard de la France, criant en matière de développement éditorial, universitaire et militant par rapport à d’autres pays, s’explique en partie par cet état de fait, qui affecte également le développement des féminismes.
Pour ce qui est des revendications universalisantes mondiales! A fortiori lorsqu’elles émanent des minorités, je le répète, l’universalisme n’est pas un humanisme. Bien au contraire. Nul n’est censé ignorer les dégâts qu’il a causé depuis l’époque moderne, l’universalisme français étant particulièrement gratiné. L’ONU est le ventre mou de l’universalisme mondial et même si elles sont bien intentionnées, les demandes de dépénalisation universelles sont non seulement vouées à l’échec, mais elles génèrent des dommages collatéraux immédiats. En Angleterre, aux Etats-Unis, dans les pays d’Amérique Latine, l’on s’interroge sur les effets néfastes de la mise en avant du «modèle» de liberté sexuelle que seraient les pays occidentaux par rapport aux pays arabes ou africains qui (alors que ce n’est pas vrai) toléreraient «l’homosexualité». Pourquoi ce débat est-il absent en France ? La mise en perspective universaliste, dont les accointances avec le colonialisme et l’impérialisme ne sont plus à démontrer, homogénéise abusivement les réalités et les différences culturelles. De fait, l’Afrique n’est pas un tout, l’appellation «lesbienne» n’est pas la panacée universelle. De ce point de vue, «la lesbienne africaine» n’existe pas et nous avons des responsabilités politiques si nous divulguons cette assignation sans précaution. Dire ceci ne veut pas dire que l’on se fout de ce qui se passe dans d’autres pays mais qu’il y a d’autres stratégies militantes que celles qui sont actuellement déployées et qui ne sont d’ailleurs jamais discutées. C’est d’autant plus ennuyeux qu’elles ne sont pas forcément représentatives: plus de débat et de pluralité dans la communauté ne ferait pas de mal.
Pour le centre d’archives, il me semble qu’il faut se souvenir de l’action de Vigitrans menée par Tom Reucher, co-fondateur de l’ASB et de la marche de l’Existrans, en partenariat avec ArchiQ, pour que les trans soient inclus dans le projet. Là encore, un vote dûment consigné mais non respecté lors d’une réunion avec Louis Georges Tin aux Archives départementales de la Ville de Paris, avait établi une présidence minoritaire paritaire: un gai, une lesbienne, une personne trans.
Je ne suis pas cisgenre et je n’ai jamais écrit dans une revue de Léo Scheer.
Bel fin d’été à toutes et à tous !
Marie-Hélène Bourcier
























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De Numa
Marie-Hélène n'a pas sa langue dans sa poche, mais il faut qu'elle choisisse les bonnes cibles ! Qu'elle attaque Villepin, au lieu de reprocher à Louis-George un soi-disant villepinisme !