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Gilles Bon-Maury: «Les Français sont prêts pour les mères porteuses»

Par Paul Parant lundi 01 février 2010, à 11h02 | 2147 vues
Plus de: Gilles Bon-Maury, HES, homoparentalité, gestation pour autrui, gpa

Président d'Homosexualités et socialisme, il observe la société et réagit à l'actualité sur son TêtuBlog «Pas de roses sans épines». Alors qu'il sort un essai sur l'homoparentalité, il répond aux questions de TÊTU.

Président d'Homosexualités et socialisme (HES), Gilles Bon-Maury tient depuis l'ouverture des TêtuBlogs «Pas de roses sans épines», d'où il développe le point de vue d'un socialiste, qui réfléchit, milite et agit –il est aussi directeur de cabinet adjoint de la maire de Reims, Adeline Hazan (lire notre article). Il vient de sortir un livre pour défendre le principe des «mères porteuses», la gestation pour autrui (GPA), et son application pour les couples d'homosexuels.

Alors que le débat sur la bioéthique ne fait que commencer (lire notre article), pensez-vous que le législateur français soit prêt à entendre vos arguments sur l'homoparentalité, la GPA, la procréation médicalement assistée?
Les Français sont prêts. Ils le disent à chaque sondage réalisé sur ces sujets. La loi est aujourd’hui non seulement en retard sur l’opinion publique, mais aussi en retard sur la société française: 30.000 enfants sont élevés dans un contexte homoparental, les lesbiennes bénéficient de l’insémination par donneur anonyme en Belgique et en Espagne, les gays bénéficient de la gestation pour autrui (GPA) aux États-Unis… Beaucoup de parlementaires ignorent encore ces réalités et se braquent sur le modèle indépassable de la famille «happy end»: «Ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants.» Le rapport anti-homoparentalité rendu en janvier par le député Jean Leonetti (UMP) en est une belle illustration.

Votre livre se présente comme une «réponse à Sylviane Agacinski». Pourquoi?
C’est parce qu’il y a effectivement des enfants français qui sont nés aux États-Unis d’une GPA que le juge a été amené à modifier son interprétation de la loi. Et c’est cette décision de justice qui a conduit les parlementaires à se pencher sur cette question. Dès lors, la discussion s’est détachée des expériences vécues pour se concentrer sur les valeurs universelles qui doivent inspirer la loi. On a opposé des principes aussi fondamentaux et incertains que la liberté individuelle et la dignité de la personne humaine.

Dans ce débat, Sylviane Agacinski a écrit, dans son livre Corps en miettes, que la GPA réduisait les gestatrices et les enfants à des marchandises. Or, les gestatrices s’inscrivent dans l’histoire d’une famille. C’est une histoire plus complexe, mais bien réelle, qui s’écrit à plusieurs. Les parents s’engagent dans une responsabilité parentale irrévocable. La gestatrice permet à l’enfant de naître, et jouera un rôle, moins central, dans la vie de l’enfant. Là où la GPA est correctement encadrée, les gestatrices ne sont pas instrumentalisées. C’est ce que j’ai voulu montrer dans Familles en miettes.

Plutôt qu'une réponse à Mme Agacinski, n'avez-vous pas plutôt écrit un message déguisé, en tant que président de Homosexualités et socialisme (HES), adressé au PS?
Familles en miettes s’appuie sur une contribution rédigée par HES dans le cadre des états généraux de la bioéthique. Nous travaillons pour convaincre le PS sur ce sujet. Il a déjà pris position en faveur de la reconnaissance de l’homoparentalité: pour l’adoption, en juin 2004, et pour l’insémination par donneur, en janvier 2008. Il lui reste à trouver un consensus sur la dépénalisation et l’encadrement de la GPA. Nous sommes optimistes. Les députés socialistes n’ont pas voté pour le rapport anti-homoparentalité de Jean Leonetti, et 44 sénateurs du groupe socialiste ont signé une proposition de loi tendant à autoriser et encadrer la GPA.

Dans votre blog, vous écriviez récemment aux jeunes socialistes en leur rappelant que «la France est en retard» sur les questions LGBT. Pensez-vous que cette jeune génération saura faire bouger les choses?
Les jeunes sont les plus favorables à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, à la reconnaissance de l’homoparentalité et à la dépénalisation de la GPA. Il y a une dimension générationnelle évidente dans l’opinion des Français à l’égard des droits des personnes LGBT. Nous ne devons pas renoncer à la mobilisation des générations les plus avancées. Sans doute doit-on diversifier les formes d’engagement militant. Je sais que les jeunes socialistes innovent beaucoup pour cela.

N’oublions pas que la députée socialiste espagnole Carmen Montón Giménez n’avait que 29 ans lorsqu’elle a fait voter la loi ouvrant le mariage à tous les couples et reconnaissant l’homoparentalité…

Depuis leur début, vous êtes l'un des blogueurs Têtu les plus productifs, que vous procure le fait de bloguer?
Militer, c’est toujours, d’une façon ou d’une autre, prendre la parole. C’est ne pas se satisfaire du monde tel qu’il est, et vouloir le changer. Pour bouger les lignes, il faut convaincre. Pour convaincre, il faut informer, dénoncer et démontrer. C’est-à-dire d’abord prendre la parole. Ce blog est une tribune. Je suis heureux de réaliser, au fil des conversations, que ce n’est pas parce qu’il est hébergé par Têtu qu’il n’est pas consulté par un public varié, LGBT ou non, militant ou non.

Retrouvez Gilles Bon-Maury sur son blog: Pas de rose sans épines

Et son livre: Famille en miettes, collection Café République, éditions Bruno Leprince.

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43 réactions de la communauté

 
Numa

De Numa

Le 01 février à 11h26

Très bonne initiative. Par contre, pourquoi ne pas parler, comme le préconise Elisabeth Badinter, de "femmes porteuses" plutôt que de "mères porteuses" ? Les termes du débat seraient mieux posés.

 
hector dumas

De daftpunky

Le 01 février à 12h25

+1

 
hector dumas

De sylvio

Le 01 février à 12h35

+1

 
hector dumas

De Tatie de Guéthary

Le 01 février à 12h43

44 sénateurs du groupe socialiste ont signé une proposition de loi tendant à autoriser et encadrer la GPA......................et 26 de droite mon Très Cher Gilles, il faudra bien un jour arrêter avec l'esprit maniquéen si l'on veut avancer vers des solutions et pas des problèmes.
J'ai dit
Tatie de Guéthary

 
hector dumas

De NémoGizmo

Le 01 février à 13h58

tu as raisopn, Tatie sur ces 2 propositions de loi.
mais rappelle nous stp qui est majoritaire au Sénat, gauche ou droite?

est-ce que le président du groupe UMP a signé?
:o)

 
hector dumas

De Tatie de Guéthary

Le 01 février à 14h40

@NémoGizmo
On en revient toujours au même discours. OUI la gauche, au moins dans ses propos, est plus ouverte et plus progressiste que la droite sur les sujets LGBT pour autant tu as à gauche quelques esprits rétrogrades et tu as aussi à droite des personalités plutôt réceptives à nos demandes. Il est donc bien plus aisé d'être à HES qu'à GayLib, voila pourquoi le combat que mènent les membres de GayLib est à la fois courageux et difficile et devrait être salué par toute la communauté LGBT parce que à terme si GayLib réussit à faire évoluer les mentalités à droite, c'est nous tous qui pourrons en bénéficier.
Enfin pour revenir au sujet de la discussion, je salue le travail de Gilles qui contribue comme il le dit lui même à informer, dénoncer, démontrer et convaincre.
Tatie de Guéthary

 
hector dumas

De NémoGizmo

Le 01 février à 15h03

"la gauche, au moins dans ses propos, est plus ouverte et plus progressiste que la droite sur les sujets LGBT "
> pas SEULEMENT dans ses propos, excuse-nous! :o)
dans ses engagements écrits, dans ses actes et dans ses votes (locaux et nationaux) aussi.
ca fait une très grosse différence!

"si GayLib réussit à faire évoluer les mentalités à droite"
> tout est dans ce "SI"...
et pourquoi la totalité des autres nombreuses assoces LGBT n'y arriveraient pas? l'UMP ne daigne en fait vraiment parler du fond qu'en coulisses et qu'avec les gays de droite? ... ah...

 
NémoGizmo

De NémoGizmo

Le 01 février à 11h40

le débat doit être porté. c'est courageux d'en faire un livre, mais mon avis n'est pas totalement fait. autant porté 1 enfant pour autrui dans un cadre de la famille et de très proches (fille, cousine...) autant je crains toujours que les "femmes porteuses" soient surtout des personnes fauchées qui trouvent là un moyen de vivre, avec "commande" de gens riches... c'est ce qui se passe encore souvent dans les pays où cela existe.

 
Laura L.

De Laura L.

Le 01 février à 12h43

Moi qui travaille avec Gilles au sein d'HES notamment sur ces questions de nouvelles parentalités , je suis également heureuse que le débat s'ouvre à gauche, et ne soit plus arrimé à la seule dimension de la marchandisation du corps de la femme. Après avoir rencontré et auditionné beaucoup de monde, on ne peut plus tenir de discours de principe. La réalité est plus riche, et belle quand on prend la peine de voir qu'elles sont les conditions pour qu'elle le soit. Une construction de famille nouvelle qui n'a pas à recevoir de leçons de morale de la part de gardiens de temple. Certes il est habile de parler de ce sujet en répondant symboliquement au livre de Sylviane Agacinsky mais c'était aussi nécessaire : la gauche française ne doit plus écouter uniquement ses égéries du XXe siècle certes brillantes mais conservatrices. Par contre je ne suis sure que Gilles n'écrit ni ne s'exprilme en parlant de "mères porteuses". Ne serait ce pas un terme aguicheur mais trompeur , introduit par le journaliste?? On peut parler de femme porteuse ou plutôt de femme gestatrice,Car celles qui font ce geste, ne confondent pas leur identité de maman (qu'elles ont avec leurs propres enfants) de ce qu'elles apportent au couple intentionel. La relation de chair qui s'institue n'est pas une relation de mère. Il y a chair mais pas maternité qui est quelque chose qui se construit, idéalement avant la conception dans un désir d'enfant avec son partenaire, pendnat la grossesse et après. Il n'y a rien de tout cela dans une GPA !! En tout cas bravo Gilles de porter si brillament ce débat et d'y apporter une telle position contradictoire au niveau où cela doit être.

 
hector dumas

De ponot

Le 01 février à 13h37

ou là l'intello de gauche qui ne connait pas la réalité du pays!! il faut sortir et voir la non acceptation de la vie gays par les français et que dire des élus de gauche!

 
hector dumas

De NémoGizmo

Le 01 février à 13h40

que dire des élus et chefs de droite, surtout.

à tout prendre, pour ma part, je préfère des "intellos de gauche" (c'est mal d'avoir un cerveau?) à des réacs ou des crétins bling-bling de droite...
:o)

 
hector dumas

De Jimmy Carter

Le 01 février à 14h55

@ ponot

sympa l'anti-intellectualisme : "qui ne connait pas la réalité du pays", c'est mieux d'être con et sans diplômes pour comprendre la France ?!?

Ensuite, c'est quoi "la vie (des) gays" ?
Pas sur qu'ils/elles aient tous - précisément - la même vie....

Enfin, qu'il y ait des homophobes à gauche j'en conviens et faut leur rentrer dans le lard à ces cons mais, es-tu bien sur que ce sont les "élus de gauche" qui sont le moins tolérants ?!

 
hector dumas

De NémoGizmo

Le 01 février à 15h00

les "références" culturelles de Sarkozy sont connues: JM.Bigard (emmené à nos frais pour rencontrer le chef du Vatican...) et Mireille Mathieu qui chanta pour lui place de la Concorde le soir de son élection.

et ensuite il a tout fait pour remettre de "vieilles émissions" et d'anciens animateurs (Patrick Sabatier...) à la télé.
tout un programme!


 
hector dumas

De ponot

Le 01 février à 19h31

la gauche dites intelos et laz plus idiote et bête!! je le confirme, une culture de basse classe qui méprise nos valeurs, notre histoire, notre nation entière!
entre un Camus et d'Ormesson, je choisi l'éloquence à la bassesse

 
hector dumas

De jlth

Le 02 février à 21h57

Tu penses qu'Ormesson ne te méprise pas ?
Tu te fous le doigt dans l'œil !!!

 
sylvio

De sylvio

Le 01 février à 12h44

Des personnes fauchées...si, avec ...elles peuvent manger à leur faim, je préfère qu'elles mangent. Le monde est injuste, ce n'est pas nouveau, l'égalité ne peut exister que dans la loi. Dans les faits, on vient tous de familles différentes, de lieux différents, et l'égalité des chances est une belle ânerie qui reste et restera à jamais dans nos rêve.

 
hector dumas

De sylvio

Le 01 février à 12h46

Oups, : c'était un message pour le post de NémoGuizmo...

 
PATRICKMONTEAU

De PATRICKMONTEAU

Le 01 février à 12h56

Je suis très réservé sur la GPA mais bon j'attends de voir...

 
hector dumas

De Pauldenton

Le 01 février à 16h12

Heuuu comment dire, étant donné que cela existe déjà…

 
ponot

De ponot

Le 01 février à 13h35

ok pour l'insémination, mais les socilaistes devriaient arrêter pour nous prendre pour des C...! trop de maire de gauche sont homophobe en province, je pense que ce type doit aller convertir ses copains grand ducs et barons a faire accepter leur idées!

 
hector dumas

De jlth

Le 01 février à 22h17

C'est sur que la droite ne nous prend pas pour des cons ??
Tu sors d'où toi ??

 
hector dumas

De NémoGizmo

Le 02 février à 11h29

il sort apparemment de l'arrière train d'une statue royaliste... :o)

 
hector dumas

De ponot

Le 02 février à 13h01

moi fils de mineur, prolo et pas un bobo gay qui se fout du peuple

 
hector dumas

De jlth

Le 02 février à 21h55

Dans ce cas, soit tes parents t'ont renié, soit ils se retournent dans leur tombe (je ne te le souhaite pas), soit, par tes discours où tu sembles soutenir le pouvoir en place, ne te plains pas de ton sort.

 
pa-yverdon

De pa-yverdon

Le 01 février à 13h43

Après les dégâts causés aux enfants accouchés sous X, comment réagiront ceux à qui on dira : "nous t'avons acheté auprès d'une génitrice" ? je m'interroge... pas pour les acheteurs, mais pour l'enfant

 
Laura L.

De Laura L.

Le 01 février à 15h16

Moi qui travaille avec Gilles au sein d'HES notamment sur ces questions de nouvelles parentalités , je suis également heureuse que le débat s'ouvre à gauche, et ne soit plus arrimé à la seule dimension de la marchandisation du corps de la femme. Après avoir rencontré et auditionné beaucoup de monde, on ne peut plus tenir de discours de principe. La réalité est plus riche, et belle quand on prend la peine de voir qu'elles sont les conditions pour qu'elle le soit. Une construction de famille nouvelle qui n'a pas à recevoir de leçons de morale de la part de gardiens de temple. Certes il est habile de parler de ce sujet en répondant symboliquement au livre de Sylviane Agacinsky mais c'était aussi nécessaire : la gauche française ne doit plus écouter uniquement ses égéries du XXe siècle certes brillantes mais conservatrices. Par contre je ne suis sure que Gilles n'écrit ni ne s'exprilme en parlant de "mères porteuses". Ne serait ce pas un terme aguicheur mais trompeur , introduit par le journaliste?? On peut parler de femme porteuse ou plutôt de femme gestatrice,Car celles qui font ce geste, ne confondent pas leur identité de maman (qu'elles ont avec leurs propres enfants) de ce qu'elles apportent au couple intentionel. La relation de chair qui s'institue n'est pas une relation de mère. Il y a chair mais pas maternité qui est quelque chose qui se construit, idéalement avant la conception dans un désir d'enfant avec son partenaire, pendnat la grossesse et après. Il n'y a rien de tout cela dans une GPA !! En tout cas bravo Gilles de porter si brillament ce débat et d'y apporter une telle position contradictoire au niveau où cela doit être.

 
hector dumas

De Pauldenton

Le 01 février à 15h36

C'est sûr que le point de vue de Monsieur Bon-Maury est rafraîchissant après le brûlot de Madame Agacinski!

C'est la même grande-prêtresse pseudo-féministe qui dénonçait sur plusieurs pages la prostitution et la comparait même aux mères pères porteuses car je cite "le service sexuel rémunéré implique en lui-même, pour qui se vend, de sacrifier la liberté de désirer pour se plier au désir d’autrui, et suppose ainsi une négation de soi"

En concluant sur les limites du désir humain: "Peut-être que l’impossible n’est plus recevable : l’impossible doit être impossible"

De la grande philosophie!

Comme si toutes prostituées étaient de pauvres femmes attachées de force à leur profession forcément dégradantes, évidemment dans les médias on ne nous montre pratiquement que des filles camées et violentées.

Idem pour les mères porteuses, Madame Agacinski prend les exemples qui l'arrangent. Pour moi, une une vraie féministe, c’est pas ça. Une féministe, elle accepte d’entendre la parole de toutes les femmes. Il n’y a pas des femmes qui méritent d’être défendues et d’autres qui ne le méritent pas!

Salutaire, ce nouveau livre!

 
Ursula Del Aguila Chef de rubrique Têtue.com

De Ursula Del Aguila Chef de rubrique Têtue.com

Le 01 février à 15h36

Gilles Bon Maury, très actif et sympathique président de l'association HES (Homosexualité et Socialisme) répond avec ses Familles en miettes au Corps en miettes de la philosophe Sylviane Agacinski. On peut souligner la tentative louable de convaincre les adversaires de la parentalité, des pma, du mariage pour les homos. Mais sur le plan des arguments pro-gestation pour autrui, son livre n'est pas convainquant car il fait l'impasse sur plusieurs éléments fondamentaux. D'abord, parler de «gestation pour autrui» masque le fait sérieux et complexe que la GPA se déroule dans le corps d'une femme, ce n'est pas une technique ou un instrument procréatif, mais c'est une femme qui met à disposition son utérus, contre rétribution ou par don, afin de porter un enfant désiré par d'autres, parents gays ou hétéros. En outre, porter un nouvel être pendant neuf mois, ce n'est pas la même chose que donner son sperme lors des IAD. Cela implique la femme dans son entier. Donc, cette question n'a pas les mêmes enjeux que les dons de gamètes, et l'implication du corps de l'autre est différente, aussi faut-il mener une réflexion à part pour les femmes porteuses. Enfin, la GPA n'est pas un progrès de civilisation. Penser de la sorte témoigne d'une vision naïve du monde qui oublie les clivages et les inégalités hommes-femmes. Au contraire, il marque une régression sur le plan des libertés pour les femmes qu'une légalisation ne fera que travestir. Car en plus de les réduire à leur fonction spécifique procréatrice, il entérine le fait qu'un individu peut utiliser un autre pour satisfaire sa liberté individuelle sacralisée par l'auteur comme «oeuvre» totale qu'aucun autre principe ne peut limiter. Dans la mondialisation, nul besoin de faire un dessin pour savoir quel sexe utilise l'autre. Après, les femmes qui "offrent" leur utérus, dans un geste gratuit, par don, sont totalement libres de faire ce qu'elles veulent avec leur utérus...Mais je trouve que les organisations dirigées par des hommes et censées mettre en rapport couples d'hommes et gestatrice effacent bien vite les inégalités hommes-femmes qui subsistent sur un plan mondial. Les questions qu'ouvre la GPA ne sont pas les mêmes que celles de l'adoption, des IAD pour les lesbiennes, etc. On ne peut simplifier les choses. Au risque de faire de graves erreurs. Cela nous rappelle «La Servante Ecarlate» de Margaret Atwood qui imagine une humanité surveillée, dominée par des fanatiques religieux où les femmes sont divisées en plusieurs classes: les gestatrices y sont les esclaves du travail procréatif, et ont oublié l'amour, le désir, la liberté. Pas franchement réjouissant...

 
hector dumas

De Pauldenton

Le 01 février à 16h18

Bon, vous êtes en accord avec Sylviane Agacinski. Soit

Dans un débat avec Ruwen Ogien, philosophe et directeur de recherche au CNRS le 19 juin dernier, Sylviane Agacinski enfonçait d'ailleurs le clou: "Dans un troupeau, les femelles servent à faire des petits, dans l'intérêt de l'éleveur. On voudrait que des femmes servent de femelles reproductrices parce qu'elles sont rémunérées pour cela. Partout où existe cette pratique, c'est toujours un marché, jamais un don".

Ruwen lui répondait alors: "Mais les mères porteuses ne sont pas toutes des misérables qui n'ont pas d'autre choix. Une enquête récente du Newsweek (mars 2008) montre qu'un nombre croissant de mères porteuses américaines correspond à des femmes de militaires en activité bénéficiant de revenus assez aisés. Et en traitant celles dont les choix sont plus limités comme des victimes dépourvues du moindre libre-arbitre, est-ce que vous ne portez pas atteinte à leur dignité ?"

Ce qui me gêne dans vos arguments par ailleurs très fouillés c'est que vous sacralisez le corps. Ajoutez à cela les inégalités homme-femme. Après cela, on ne peut plus débattre. Cela n'aide pas à clarifier les questions que tout le monde continue de se poser.

 
hector dumas

De NémoGizmo

Le 01 février à 16h55

@ Ursula:

merci, je partage une partie de vos réticences.
le concept de "location d'un ventre 9 mois" moyennant finances me gène, dans un pays où on peut être fier que le don de sang et d'organes (par ailleurs encore interdit aux gays...) reste un acte 100% GRATUIT.

le débat doit être posé dans le temps. Attention aussi de ne pas faire qu'il bloque toute avancée sur l'homoparentalité!!!

"les femmes qui "offrent" leur utérus, dans un geste gratuit, par don, sont totalement libres de faire ce qu'elles veulent avec leur utérus..."
> oui, c'est ce que j'évoquais en parlant d' "un cadre de la famille et de très proches (fille, cousine...)", mais il faudra un minimum les aider (médicalement...) et encadrer dans la loi (filiation légale?), à un moment.

et «La Servante Ecarlate» était un truc extra, très intelligent et efrrayant, hélas le film est introuvable en DVD (du moins en zone 2, VOST) :-(

 
Ursula Del Aguila Chef de rubrique Têtue.com

De Ursula Del Aguila Chef de rubrique Têtue.com

Le 01 février à 16h47

Non, je ne suis pas d'accord avec tout ce que dit Madame Agacinski, mais sur la question des femmes porteuses, oui je partage son point de vue. Et oui il est important que les femmes gardent la liberté sur leur corps acquise au prix de conquêtes difficiles dans les années 70. L'Etat ne doit pas légiférer sur l'utérus des femmes, comme le développe brillamment Monique Canto-Sperber. Je pense que ce n'est pas dans l'intérêt général des femmes. Après, elles font ce qu'elles veulent de leur utérus! Au contraire, il faut parler de choses complexes, en essayant de prendre en compte et de distinguer tous les aspects. Mon point de vue est féministe. Et je m'interroge sur d'autres aspects de la question qui n'ont pas souvent été abordés dans le débat actuel (le fait que ce serait des hommes qui utiliseraient des corps féminins en majorité, dans la GPA). Le fait d'être un homme ou une femme dans ce débat -là doit être pris en compte et change le regard que l'on peut en avoir. Il faut savoir d'où l'on parle...

 
hector dumas

De Pudding

Le 01 février à 17h04

oui c'est bien ça... le féminisme des années 70... donc 40 ans en arrière.. dire qu'il y a encore des femmes qui se battent sur ces fondements... ça ressemble bien à votre avatar en noir en blanc. Le monde a changé, non ?

 
hector dumas

De Pauldenton

Le 01 février à 17h05

De ce point de vue là je ne peux que m'incliner…

 
hector dumas

De Gilles BON-MAURY

Le 01 février à 17h33

Bonjour Ursula,

Merci de votre réaction. Vos sentiments sont effectivement ceux que Sylviane Agacinski énumère dans son "Corps en miettes", et c'est à ceux-ci que je réponds dans "Familles en miettes", en mettant en avant le fait que la gestatrice - je n'emploie pas le terme impropre de "mère porteuse" - est une femme volontaire, qui participe au projet familial à sa façon, sans que son rôle dans la vie de l'enfant soit minoré.

Les arguments se lassent sans doute d'être ainsi répétés, mais quelque chose me semble original dans votre commentaire. Vous écrivez : "L'Etat ne doit pas légiférer sur l'utérus des femmes (...). Après, elles font ce qu'elles veulent de leur utérus!". Or c'est bien de cela qu'il s'agit : aujourd'hui, l'Etat impose par la loi aux femmes françaises de choisir entre assumer la charge de l'enfant qu'elles portent ou l'abandonner. L'Etat interdit par la loi aux femmes françaises de porter un enfant attendu par d'autres parents. Peut-on dire, dans ce contexte, que les femmes font aujourd'hui ce qu'elles veulent de leur utérus ?

Je ne doute pas que le débat ne s'arrêtera par là.

Un mot à propos de la place des militants LGBT dans ce combat : vous semblez supposer que c'est parce que la GPA permet à des couples de gays de concevoir un enfant que les militants LGBT s'y intéressent. C'est sans doute en partie vrai, mais cela ne résume pas tout. Le débat pour la GPA pose la question du lien entre la procréation, d'une part, et la filiation, d'autre part. Pour ma part, je crois que nous ferons progresser les droits des personnes LGBT à chaque fois que nous fonderons les droits de la famille sur l'engagement parental, et non sur les faits biologiques.

 
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N°154 de avril, actuellement en kiosques Numéro spécial Beurs - Ali Baddou recto verso - Alizée, sensation pop - Efféminés, et alors? 30 pages culture: Dalida, Madonna, Garcia Lorca, Françoise Hardy

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