Eric Fassin aux TÊTUnautes (1/2): «L'opposition au mariage pour tous légitime l'homophobie»
Nous vous avons proposé de poser vos questions au sociologue au sujet du débat sur le mariage pour tous. Religions, laïcité, homophobie: voici la première partie de ses réponses.


Sociologue enseignant à Paris 8, chercheur à l'Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (IRIS), Eric Fassin est l'un des meilleurs spécialistes français de la question du mariage des couples homosexuels.
L'an dernier, vous aviez été très nombreux à apprécier ses éclaircissements sur la mention des études de genre dans les manuels scolaires, qui faisait alors la une de l'actualité dans une certaine confusion. C'est pourquoi nous avons à nouveau fait appel à lui il y a quelques jours, pour vous proposer de poser vos questions sur un autre sujet qui fait à son tour la une de l'actualité: le mariage pour tous et la parentalité des homos. Voici la première partie de ses réponses (la suite demain).
De myst74
En couple depuis plus de trois ans, on attend avec impatience que le mariage soit enfin autorisé. On essaie de se tenir un maximum au courant, mais je ne comprends pas bien pourquoi la religion a son mot à dire dans cette décision qui n'est en aucun relié à leur religion. Je comprends leur point de vue mais je ne vois pas pourquoi dans une France dite laïque et égalitaire, la religion a encore un poids aussi important? Nous souhaitons nous marier à la mairie et non à l'église!
Effectivement, la France n’est pas le Danemark, où le luthérianisme est religion d'Etat. Or le Danemark vient d’ouvrir en 2012 le mariage aux couples de même sexe: en conséquence, l'Eglise luthérienne a dû leur ouvrir le mariage religieux, quitte à prévoir une clause de conscience pour les pasteurs récalcitrants. En revanche, en Grande-Bretagne, si l’Eglise anglicane refuse l'ouverture imminente du mariage, elle pourrait bien devoir renoncer à son statut officiel.
Mais en France, l'Eglise catholique est séparée de l’Etat depuis 1905: nul n’envisage donc de la forcer à ouvrir le mariage religieux aux couples de même sexe. Chez nous, ce sont des élus de droite qui invoquent déjà une «clause de conscience»: drôle de conception de la République laïque…
Reste que l’Eglise n’a pas fait vœu de silence: la laïcité n’interdit nullement aux religions de se faire entendre. Les évêques ont bien le droit de s’opposer à la réforme. Mais, aux yeux de l’État, ce lobby n’a aucun privilège – ni plus ni moins que n’importe quel lobby.
Je remarque seulement que cette conception ouverte de la laïcité, dont bénéficie l’Eglise catholique, semble oubliée lorsqu’on parle d'islam. Si l’on entend des imams s'opposer à l'égalité des sexes, on crie aux dangers de l'islamisme. Lorsque des évêques se mobilisent contre l'égalité des sexualités, on les écoute avec respect. Mgr Barbarin a déclaré le 14 septembre: «après, ils vont vouloir faire des couples à trois ou quatre, après, un jour peut-être je ne sais pas quoi… l’interdiction de l’inceste tombera». Que n’aurait-on pas entendu en réaction s’il s’était agi d’un représentant de l’islam! On nous aurait sans doute expliqué que cette religion est étrangère à notre culture démocratique…
De Pelle Svanslös
Pourquoi, contrairement aux catholiques, les luthériens considèrent-ils qu'il n'y a pas de problème avec l'homosexualité et les personnes homosexuelles? Sur quoi se base l'homophobie de l'Eglise catholique, alors même que les luthériens (même dieux, même Bible) ont renoncé à l'homophobie?
Les Eglises chrétiennes sont divisées, effectivement – et les lignes de fracture passent au sein même des Eglises, menacées de schisme: songeons par exemple à l’anglicanisme, dans ses rapports avec l’Afrique. Certes, l'Eglise catholique a réussi à faire taire les voix dissidentes, alors qu’elles s’expriment bien davantage dans les dénominations protestantes; mais c’est pour des raisons qui sont moins théologiques que hiérarchiques: le pouvoir est centralisé à Rome. Or le conservatisme y est aux commandes depuis la parenthèse de Vatican II.
De Zboub0
L’argutie agressive de l'église catholique n'est-elle pas là pour mettre un contre feu face à l'incendie des prêtres pédophiles et à la question du mariage des prêtres?
Force est de constater que l’Église semble davantage considérer l'homosexualité comme une menace que la pédophilie – y compris en son sein. C’est ainsi que l’instruction de novembre 2005, qui écarte des ordres «ceux qui pratiquent l’homosexualité, présentent des tendances homosexuelles profondément enracinées ou soutiennent ce qu’on appelle la culture gay», n’a pas d’équivalent pour les pédophiles. À moins de confondre les deux, comme peut-être dans cette formule d’un flou inquiétant: «il ne faut pas oublier les conséquences négatives qui peuvent découler de l’ordination de personnes présentant des tendances homosexuelles profondément enracinées.»
Quant au célibat des prêtres, il pose en effet problème – du point de vue même de la théologie actuelle du Vatican: en effet, pour résister à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, l'Eglise nous explique que l’homme est fait pour la femme, et la femme pour l’homme. C’est notre nature, nous dit-on, et notre vocation: c’est en ce sens que les évêques accordent au mariage une dimension «anthropologique», qui définit l'humanité. Mais alors, l'Eglise n’est-elle pas humaine, du fait qu'elle refuse le mariage aux prêtres? Serait-elle «contre-nature»?
De Johny B.
S'opposer au mariage pour tous, est-ce être homophobe?
C’est une question de définition. Faut-il parler d’homophobie seulement pour les personnes qui ont un rapport phobique à l’homosexualité (dégoût, haine…), ou bien aussi, plus largement, pour celles qui refusent l’égalité entre les sexualités? Pour éclairer ce choix, j’avais proposé, à la fin des années 1990, une double comparaison. D’un côté, nous distinguons volontiers le sexisme (anti-égalitaire) de la misogynie (phobique). De l’autre, nous incluons dans le racisme, non seulement la phobie de l’Autre, mais aussi les discours sur l’inégalité des races. Le refus de l’égalité des droits est-il plutôt comparable au sexisme? On parlera alors d’hétérosexisme. Ou bien est-il davantage comme le racisme? On dira dans ce cas qu’il s’agit d’homophobie.
Sans trancher entre les deux options, je dirai autre chose: même si l’on préfère parler d’hétérosexisme, il faut bien voir que ce discours policé légitime l’homophobie la plus brutale. Je pense aux violences qui traduisent ces discours en actes, ainsi qu’au suicide des jeunes qui découvrent leur orientation sexuelle: ne leur a-t-on pas signifié qu’ils n’avaient pas une égale valeur, en leur fermant la porte d’institutions aussi importantes, symboliquement, que le mariage et la famille, dont ils seraient indignes en raison de ce qu’ils sont?
Eric Fassin est l'invité ce soir à 20h05 de 28 minutes sur Arte, sur le même thème.
A lire demain, la deuxième partie des réponses d'Eric Fassin: «C'est le droit qui définit la filiation, pas la biologie»










LES CHAÃŽNES 











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De Fablyon
Bon, ben voilà des réponses qui amènent de l'eau au moulin de ceux qui veulent encoer débattre avec le côté obscure de la France :)
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De Pascal Vanves
shhhh... shhhhh....
non Mon Pêre, vous n'êtes pas mon père !
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De Phil86
Ouf, c'est stupide de dénigrer le suicide chez les jeunes homos, c'est une réalité. Quand vas-tu enfin sortir de l'homophobie que ton éducation t'a inculquée ???
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De Youkounkoun UMPhobe décomplexé
En attendant, quel que soit l'effet que te produit le commentaire de Phil86, tu devrais avoir honte de ce que tu viens d'écrire.
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De Sylvio
@ Pascal Vanves :
Au vu du premier commentaire d'ouf59, tu comptes sortir enfin ta boite à baffes?
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De Sylvio
J'ai beau chercher, je ne trouve pas de propos outrancier dans le premier commentaire d'ouf59, ce qui n'est pas le cas de son troisième lorsqu'il parle de victimisation notamment.
Ce qui est honteux, il me semble, c'est de minimiser les conséquences de l'homophobie (ordinaire ou non) tel le suicide des jeunes LGBT pour mieux assoir ses "convictions" homophobes et ou catholique : la culpabilisation, ils en connaissent un rayon.
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De Youkounkoun UMPhobe décomplexé
Tu en as peut-être ras-le-bol mais moi aussi de voir des mecs tellement égocentriques qu'ils ne peuvent comprendre que d'autres qu'eux aient eu des parcours plus compliqués.
On est à des années-lumière de la victimisation pour le moment, on en est à dénoncer ton négationisme, car aucun autre mot ne me vient à l'esprit pour qualifier le fait que tu mettes sur le compte de la victimisation tout ce qui, de près ou de loin, ressemble à un vécu douloureux en raison de son orientation sexuelle.
Des gens isolés en raison de leur homosexualité, crevés seuls du sida, suicidés après avoir tout essayé pour se faire aimer, j'en ai connu assez pour ne pas subir la morgue d'un théologien du dimanche. On ne doit pas t'avoir appris le minimum de respect et d'humilité qui s'impose devant la souffrance des autres.
Il n'est pas trop tard pour sortir de l'adolescence.
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De Didier56
"Que n’aurait-on pas entendu en réaction s’il s’était agi d’un représentant de l’islam! On nous aurait sans doute expliqué que cette religion est étrangère à notre culture démocratique"
Cet argument de l'Islam davantage critiqué que le christianisme est en effet vrai au sein de la population. Mais au sein des élites bo-bo bien-pensantes, c'est exactement le contraire qui se passe. Elles s'interdisent toute critique de l'Islam de peur de faire du racisme ou car n'ayant plus d'ouvriers à défendre, elle considère le migrant, et donc le musulman, comme son nouveau prolétariat.
L'auteur a en outre raison de souligner que la laïcité n'interdit pas à un évèque - et donc un citoyen - de s'exprimer, pas plus qu'elle n'interdit à l'Eglise - et donc une organisation de citoyens défendant une vision de la société - de s'exprimer.
Concernant l'amalgame entre pédophilie et homosexualité, l'Eglise a à plusieurs reprises fait un parallèle dangereux. Pourtant, il suffit d'ouvrir un dictionnaire: l'homosexuel est attiré par des hommes, l'hétérosexuel par des femmes, le pédophile par des enfants. Il existe des "pédophiles hétérosexuels" (attirés par les filles), et les "pédophiles homosexuels" (attirés par les garçons).
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De Youkounkoun UMPhobe décomplexé
Tiens, Ouf59, c'est à cela que ressemble ta réaction : http://www.rue89.com/rue89-eco/2012/10/08/dire-que-je-suis-homo-au-boulot-cest-risque-voila-pourquoi-235964
Va directement au commentaire de Caliente, il est comme toi, juste méprisant. Pas très correct pour un gars qui, à 36 ans, devrait avoir appris à montrer un peu de coeur.
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De Fablyon
ouf59 ou la haine en boite, ça sent le rance, c'est pas mangeable, mais ça présente bien.
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De Youkounkoun UMPhobe décomplexé
Bref, ce débat à la con est un miroir aux alouettes.
La plupart des gens qui l'exigent cherchent à gagner du temps. Il ne s'agit pas d'être à l'écoute mais de trouver chez l'autre l'endroit où ça fait mal, le défaut dans sa démonstration. Il suffit de parcourir les forums, les opposants à la réforme se perdent dans des déclarations prétendument philosophiques, on comprend souvent qu'ils écrivent le mot "anthropologie" pour la première fois de leur vie, sans en connaitre le sens. On les voit jubiler lorsqu'ils pensent coincer quelqu'un à force de considérations vaseuses sur la nature, l'ordre des choses, l'immanence de ceci, la transcendance de cela.
Et tous les moyens sont bons, ici le suicide de certains jeunes gays présenté comme un marronnier de ce genre de débat, une facilité dans notre argumentaire.
On se fatigue pour rien à parler à des gens qui, pendant qu'on leur répond, réfléchissent à ce qu'ils veulent dire, sans répit, jusqu'à s'auto-persuader qu'ils nous ont coincés. Et qui, surtout, se gargarisent d'être le poil à gratter du débat.
Le problème c'est que la réalité le plus souvent c'est nous, la vraie vie c'est nous.
Surtout que la réforme du mariage civil semble vouloir se faire a minima.
Bref ce dernier râle de la France homophobe, qui vient parfois jusqu'à s'exprimer ici, apporte bien la preuve du fait que cette réforme doit être votée par l'Assemblée, le peu de grandeur qui reste au politique c'est de mettre de l'humanité là où les hommes n'en mettent pas naturellement.
Seule consolation, voir de nombreux hétéros intervenir pour défendre l'ouverture du mariage civil, les mêmes que ceux qu'on côtoie au quotidien, ils ne s'en offusquent pas plus qu'ils ne nous idéalisent, nous voient juste comme des citoyens parmi les autres.
Oui, bien chouette ça.
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De Pascal Vanves
@ Sylvio : paf
@ ouf :
parler de "victimisation" me révulse toujours. Cela m’horrifie même quand je pense aux victimes, au vraies victime de l’homophobie ordinaire, vécue au jour le jour par jeunes ou vieux... J’ai comme beaucoup vécu et pas que par procuration les mises à l’écart, les bashings quotidiens, les quolibets et agressions dus à cette simple différence. J'ai vu il y a quelques mois un p'tits gars des Antilles se suicider parce qu'il ne pouvait plus vivre ainsi. J'ai vu un vieil ami, vieux aussi par l'age , ne pas supporter la haine de ses coreligionnaires en maison de retraite en finir. Ouais, ouf, l’homophobie tue et que tu l'admettes ou non m'importe peu...