Entre lesbiennes et bisexuelles, le torchon brûle-t-il?
Souvent critiquées et rejetées par les lesbiennes qui leur reprochent de ne pas savoir ce qu'elles veulent, les bisexuelles dénoncent l'intolérance au sein de la communauté LGBT. TÊTUE leur donne la parole pour combattre les clichés dont elles sont trop souvent victimes.
Entre bisexuelles et homos, le courant passe mal. L'exemple le plus probant de cette ségrégation est sans doute le fameux «...bi s'abstenir» qui conclut quantité de petites annonces de rencontres entre filles. Nombreuses sont les lesbiennes qui excluent d'office les bisexuelles de leur vie sentimentale de peur d'être forcément trompées.
«Très souvent, être bi, c'est être le mouton noir à cinq pattes!» regrette Marianne, 38 ans. «Je trouve dommage d'avoir à justifier sa bisexualité face à des homos qui prônent la tolérance et l'acceptation...En ce qui me concerne, je me fiche de savoir si mes partenaires sont hétéro, bi ou lesbienne. Etre bi ne signifie pas que l'on ne sait pas ce que l'on veut, c'est juste combiner des attirances et plaisirs différents.» Cynthia, 30 ans, a l'impression d'être jugée en tant que bisexuelle: «les lesbiennes nous reprochent de profiter des deux sexes, mais pourquoi devrait-on se limiter à l'un d'entre eux? Soit elles nous acceptent comme on est, soit on reste entre bi.»
Vers un avenir métrosexuel?
Emma, 29 ans, s'insurge contre la réputation d'éternelle insatisfaite de la bisexuelle, soutenant qu' «il n'est pas tant question de sexe que d'ouverture de cœur. Les hommes et les femmes apportent des choses très différentes: ce que l'on ne trouve pas chez l'un, on le trouve chez l'autre.» C'est probablement ce que pense la génération touche-à-tout, pour laquelle rien ne vaut l'expérience. Souad, 20 ans constate une véritable explosion des mœurs parmi les jeunes de son âge. «Beaucoup de filles se proclament bisexuelles pour le fun, comme elles se vantent d'avoir le dernier sac à la mode. Moi-même, j'ai ôté toute barrière sexuelle: l'âge et le sexe de la personne m'importent peu.»
Bisexualité ne rime pas avec instabilité
Mais avant que lesbiennes et bisexuelles se confondent, il faudra dépasser certaines idées reçues qui ont la vie dure. «Je ne comprends pas pourquoi on nous reproche d'être instables», s'interroge Kathrina. «J'aime les femmes comme les hommes et je sais très bien où je mets les pieds et ce que je veux. Hétéros, bi ou homos, on est toutes les mêmes.» Pour Lili, les relations quelles qu'elles soient sont une question de confiance. «Il faut dire à l'autre ce que l'on imagine sur le long terme. Il peut y avoir des craintes, des incompréhensions, alors, il faut être patiente et prouver que l'amour n'a pas de sexe. Ce qu'il faut savoir, c'est qu'il y a tout autant de types de bisexuelles que de types de lesbiennes: des libertines, des romantiques, des stables et des instables... Certaines ont besoin de fréquenter les deux sexes en même temps sous peine de ressentir un manque ; d'autres, comme moi, ne sortent qu'avec une personne à la fois.» Et Fryda de conclure: «Je suis bi et fière de l'être ! Je trouve les lesbiennes jalouses, possessives et plutôt instables elles-mêmes. Ce qui ne nous empêche pas de nous entendre à merveille!»
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LES CHAÃŽNES 














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De Violette
On reproche aux bis d'être prêtes à lâcher la femme pour l'homme, socialement plus acceptable. On a du mal à imaginer du long terme avec elles. Elles sont bien quand tout va bien, mais dès que ça se complique et qu'il faut penser à s'assumer face à la société, les rats quittent le navire. Quand on a le choix, accepte-t-on de rester marginale quand on peut rentrer dans le rang ?
Ce n'est peut-être qu'un procès d'intention, mais la crainte d'être larguée pour le premier mec venu hante les lesbiennes. On a du mal à se laisser aller et à faire vraiment confiance.
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De ZIVA
Je suis bi et je n'ai JAMAIS trompé quelqu'un (homme ou femme). Je crois en l'amour et les relations sérieuses alors vraiment je comprends pas es lesbiennes biphobes... On est entre femmes qui aiment les femmes.
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De Violette
Je ne parlais pas de tromper, mais de quitter pour quelqu'un d'autre. Franchement, dans notre société, si tu es avec un homme, tu peux le présenter à ta famille, l'embrasser dans la rue sans risquer de recevoir des insultes, tu peux te marier et avoir facilement des enfants. Tout est plus simple. Tu crois vraiment que tu serais prête à affronter tout le monde pour l'amour d'une femme ? Ne serais-tu pas tentée de baisser les bras ?
Quand j'avais 20 ans, je me croyais bi, parce que je pouvais être sous le charme d'un homme. Et je croyais avoir le choix. Je me suis efforcée d'aimer des hommes, par peur de ne pas arriver à être heureuse avec une femme. Et c'est l'inverse qui s'est passé. Je n'ai pas été heureuse avec un homme, simplement parce que c'est contraire à ma nature. C'est quand j'ai fait l'amour avec une femme que j'ai compris. Je ne suis pas bi. Avec une femme, je suis moi-même, tout est naturel, tout coule de source. Je suis bien une lesbienne pur jus. Plein d'homos se sont mentis à eux-mêmes en se déclarant bi, parce qu'ils espèraient encore avoir le choix, parce qu'ils espèraient encore ne pas être condamnés à la marginalité.
Et puis sinon, les bisexuelles ont mauvaises réputation, parce qu'elle passent juste pour des femmes qui veulent élargir leur sexualité, et avec la bénédiction d'un mari grivois qui espère se taper les deux nenettes.
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De Nao
Merci Violette pour ce témoignage sincère. Effectivement, la bisexualité est parfois une étape dans l'acceptation de son homosexualité.
"Plein d'homos se sont mentis à eux-mêmes en se déclarant bi, parce qu'ils espèraient encore avoir le choix, parce qu'ils espèraient encore ne pas être condamnés à la marginalité."