En images: le making-of de la plus grosse bite de Paris!
REPORTAGE. TÊTU a assisté à la réalisation par des artistes graffeurs d'un gigantesque dessin d'un pénis et d'un postérieur devant la fondation Cartier, à Paris. Un vrai happening à suivre étape par étape!

Avec celle-ci, l'acronyme «TTBM» prend une toute nouvelle ampleur… Samedi matin, les riverains du 14e arrondissement de Paris, et les visiteurs de la grande exposition sur l'art urbain de la Fondation Cartier pour l'art contemporain, ont eu une surprise de taille… Cet immense phallus a fait son apparition dans la nuit du vendredi 2 octobre au samedi; il n'aura survécu qu'une demi-journée avant d'être effacé par d'autres… Toujours à l'affût de l'actualité XXL, ne reculant devant aucune nuit blanche, TÊTU était présent lors de la réalisation de cette peinture géante. Un reportage à lire ici, glissé entre chacune de nos photos exclusives.

Il est deux heures du matin, ce vendredi soir, lorsque deux silhouettes longilignes installent leurs énormes pots de peintures et leurs sacs à dos –ainsi que quelques bières– devant la Fondation Cartier. Alex et Olive, les deux graffeurs de 21 et 28 ans, n'ont pas choisi l'endroit au hasard. Devant ce haut lieu de l'art contemporain qui depuis quinze ans impose son bel ensemble de verre, signé Jean Nouvel, sur le boulevard Raspail, les organisateurs de l'expo «Né dans la rue» ont installé une palissade de bois de 20 mètres de long afin de permettre aux artistes urbains de s'exprimer. C'est sur cet espace libre qu'Alex et Olive ont choisi de fixer leur grand œuvre. Et, comme l'indique l'esquisse griffonée juste avant de se lancer, ils savent très précisément ce qu'ils vont faire.

D'abord, poser le fond blanc. Les graffeurs plongent leurs rouleaux de peinture dans les seaux, et s'attellent à effacer le travail de leurs prédecesseurs. L'art de rue est éphémère de nature: ici il l'est plus encore!

En quelques secondes, Olive et Alex sont aussi badigeonnés de peinture que leur cible… «On s'y attendait, on a pris des vieilles fringues», s'amusent-ils. Très vite, ils ne font même plus d'effort pour se protéger. «C'est pas grave, ça part à l'eau…»

Ils savent que ce qu'ils font ne plaira pas à leurs collègues graffeurs, ni aux conservateurs de la Fondation Cartier. Mais c'est précisément leur but. «Ils ont laissé cet espace libre pour faire des graff', de grands dessins à base de lettres. Encore une fois, ils imposent des règles, ils contrôler les artistes pour les faire rentrer dans un cadre précis. Mais l'art de rue, c'est justement l'inverse. Ils ne s'attendaient certainement pas à une peinture comme ça. Ils vont voir!»

«Quand j'ai vu cette expo, nous confie Alex, ça m'a énervé, j'ai l'impression d'assister à la fin d'un milieu. Les gens ne supportent pas un tag sur leur palissade, mais ils courent voir cette expo dans un musée. J'ai envie de la rebaptiser Né dans la rue, mort dans les musées. J'ai envie de leur rappeler qu'ils ne peuvent pas garder le contrôle. C'est ma façon de rappeler que la rue reste libre. Mais j'avais aussi envie de me marrer!»

«La rue, c'est pas la jungle, c'est une école», disent-ils, comme pour répondre aux quelques regards désapprobateurs des passants. Ils montrent leurs parcours comme exemple: Olive, 28 ans, au sweet-shirt vert, a appris sur les murs de la rue son métier, infographiste, dont il vit désormais. Alex, 21 ans, à la veste noire, est assistant d'un directeur artistique dans la communication.

Vingt litres de peinture blanche, et presque une heure de temps, auront été nécessaires pour couvrir l'intégralité de ce gigantesque panneau. C'est le moment de s'attaquer au dessin proprement dit. Pour cela, ils s'emparent des bombes de peinture noire et tracent les premier contours de ce qui va devenir une gigantesque verge…

«Des bites, j'en dessine depuis toujours, raconte Alex, qui est pourtant hétéro. Dès que je dessine, je mets une bite dedans. C'est un moyen de rester simple, parce qu'avec ce motif, tu peux jamais être trop pris au sérieux. Tu peux te marrer, quoi. Je sais que ça peut mettre les gens mal à l'aise. Mais au moins ça provoque quelque chose. J'ai appris qu'il vaut mieux que les gens ne t'aiment pas plutôt qu'ils restent indifférents.»

De fait, en plein milieu de la nuit, les passants sont amusés. Des ouvriers de nuit de la RATP, qui terminent leur soirée de travail à quelques pas de là, retardent l'heure du retour chez eux, bluffés par l'immensité de la toile qui se dessine devant eux. Une bande de jeunes délaisse le bus de nuit et préfère attendre le premier métro en s'installant sur le trottoir à-côté. «Respect, les gars!», leur lancent-ils.

En tout cas, Et pas de flic à l'horizon. «De toute façon, l'espace de création n'est pas interdit, on ne fait rien d'illégal», croit savoir Alex. Dès qu'Olive commence à mettre la couleur rose du gland, son pote s'exclame: «Ça commence à prendre de la gueule!»

Complètement dans leur univers, à mesure que leur travail prend forme, Olive et Alex sont de plus en plus gagnés par l'excitation. «Je dessine depuis longtemps, c'est Olive qui m'a initié, raconte Alex. Mais je n'avais jamais fait un truc aussi énorme.»

La peinture est presque finie, l'heure est aux finitions. Et aux petits poils à dessiner sur les fesses. S'agit-il d'un postérieur de garçon ou de fille? «On ne sait pas trop, on laisse les gens l'interpréter comme ils veulent», disent-ils, un brin mystérieux.

A quatre heures du matin, au moment de jeter un dernier regard sur leur œuvre, ils sont eux-mêmes impressionnés par l'ampleur de la chose. «C'est dément, on s'en souviendra toute notre vie!» lâchent-ils, extatiques. L'expérience leur donne envie de continuer dans les projets de grande ampleur. «Maintenant, il faut faire dans le gigantisme… On a trouvé un imprimeur pas cher pour réaliser de grands collages.» De zizis, encore? «Peut-être…»
Après une courte sieste, ils reviendront le lendemain, regarder les gens médusés ou énervés par leur œuvre. Car le lendemain, le soleil qui se lève révèle une colossale sodomie dans les rues de Paris…

Reportage photo: Alexandre Roche.
Photos de jour: DR.
























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De J_P_M
Commentaire alangui d'un passant, rêveur : « Non, là , vraiment, ce serait de la gourmandise ! »
(Et dire que Jack Lang a raté ça !)