Coming out au lycée : les témoignages des Têtunautes
Comment se passe l'affirmation de votre identité au collège ou au lycée ? C'est la question que nous avions posée aux internautes de TÊTU il y a quinze jours. Voici quelques réponses.

Il y a quinze jours, à la suite d'un article sur une étude consacrée au mal-être des jeunes homos, nous vous avions proposé de nous raconter votre propre expérience. La découverte de votre sexualité, les points encourageants et les obstacles qu'il reste à franchir en milieu scolaire.
Dans le nouveau numéro de TÊTU, vous pourrez découvrir une galerie de portraits intitulée «J'ai 20 ans et je suis gay» ainsi qu'un dossier «Le coming out est-il plus facile qu'avant?». En complément, voici quelques extraits des témoignages recueillis sur tetu.com. Même si la question de l'homosexualité paraît plus familière aux adolescents, tout n'est pas rose pour autant. Lisez plutôt.
«Très tôt, les enfants apprennent le non-respect des autres»
De yaya
«Personnellement, je m'assume complètement depuis le lycée et un peu pendant le collège mais j'évitais d'en parler par crainte. Durant les cours d'éducation sexuelle en quatrième, je voulais absolument poser la question «et comment peut-on être certain d'être homosexuel?», je ne l'ai pas fait. Un autre garçon de la classe l'a posée, résultat peu de réponse de la part de l'éducatrice et il s'est fait insulter, rejeter et ceux qui étaient avec lui se compromettaient.
(...)Parler de son homosexualité ou en parler en milieu scolaire de façon positive conduit à des phrases tels que "sale tantouse, suceurs de chibres etc..." De plus en plus tôt, les enfants apprennent le non-respect des autres, ils se considèrent fort et certains n'ont plus une seule trace d'éducation.
Pour ma part j'ai été victime d'agressions verbales en milieu scolaire, ainsi que mon ami et d'autres, c'est dur de supporter le regard des autres. Au lycée c'était plus facile, la majorité avait gagné en maturité, pour au final que je sois bien dans ma peau.
«Encore du chemin à parcourir»
De LadyBushi
Je suis élève dans un lycée du Nord-Pas-de-Calais, et j'ai subi quelques actes homophobes, comme des lancers de chewing gum sur mon manteau. Je recevais aussi des lettres homophobes d'une certaine camarade de classe.
Tout cela semble aller mieux, même si dans mon lycée, il y a encore du chemin à parcourir...
«Beaucoup de gens nous voient d'abord comme des «pédés» et non comme des amoureux»
De Sorgsvart
Je suis bien placé pour parler du comportement vis-à-vis de l'homosexualité en milieu scolaire. Je suis en 1ère Littéraire et mon chéri est en seconde. Cela faisait un an que je m'assumais en tant que homosexuel lorsque notre relation a débuté, il y a 4 mois. Sur 1300 élèves, je crois que nous sommes le seul couple homosexuel assumé.(...)
Le regard des autres, lui, est divers et varié. Il n'y a d'ailleurs pas «un» regard. Certaines personnes détournent les yeux pour mieux parler de nous à leurs amis, d'autres affichent un air de supériorité et de déni vis-à-vis de nous, d'autres encore nous raillent, mais cela nous est bien égal. Fort heureusement, beaucoup nous ont aidés a surmonter le regard d'autrui et je reçois de temps à autres des commentaires anonymes sur mon blog nous remerciant d'assumer notre homosexualité sans gêne aucune (même si certaines personnes voient notre couple comme un affront). Certains homosexuels se sentent moins gênés, et des personnes que je ne connais pas m'avouent que nous avons ouvert les yeux et l'esprit de certains individus et que nous sommes un «bel exemple de respect du lycée» (...).
C'est pourquoi, selon moi, le problème réside dans le fait que beaucoup de gens nous voient d'abord comme des «pédés» et non comme des amoureux. S'ils nous voyaient comme tels je pense que dans leur esprit nous nous fondrions plus facilement dans la masse de couples hétérosexuels.
Toujours est-il qu'à deux nous sommes toujours plus forts et que sans entrer dans l'argument qui sent la guimauve à plein nez, l'amour y est pour beaucoup(...).
«J'ai eu beaucoup de chance d'être dans cette classe solidaire»
De Mr Hyde
Je suis élève dans un collège privé, et, je ne sais pas si c'est pire, catholique (...).
Dans cette même école, il y a deux classes spécialisées pour les cas particuliers, une pour les élèves en difficulté et une autre pour les surdoués. J'ai de la chance d'appartenir à la deuxième catégorie, mais ce n'est pas forcément une chance pour certains qui ont vécu un début d'enfance dur, rejetés car ils allaient trop vite.
Dans cette classe, nous sommes tous particuliers, très différents les uns des autres, alors il va de soit que quand j'ai fait mon coming out, aucun n'a changé son regard par rapport à moi, certains essaient d'effacer l'éternel «Pédé!» de leur vocabulaire et d'autres ne font pas la remarque que l'un de mes cahier est rose. Ainsi, j'ai eu beaucoup de chance d'être dans cette classe solidaire, et lorsque des remarques de certains autres élèves dépassent les limites, ils n'hésitent pas a leur faire comprendre que la purée de brocolis est plus intelligente qu'eux.
Mais franchement, pourquoi sont-ils comme ça si ce n'est parce que leur parents ne leur ont pas appris la différence et le respect de chacun? Mes parents m'ont toujours dit qu'une personne, qu'elle soit gay ou hétéro, qu'elle soit blanche ou noire, qu'elle soit grosse ou mince, elle est aussi importante que moi même et a les mêmes droits. Cette éducation a fait ma tolérance et ma gène inexistante sur mon homosexualité.
Il faut donc se dire que si les trois quarts des parents n'éduquent pas leurs enfants à la tolérance, les enfants ne peuvent que se sentir rejetés à la moindre différence et que les adultes ont donc un comportement de gamin.
«Je me suis senti mourir de l'intérieur»
De untelli
Je suis étudiant et j'aurais bientôt 20 ans. Je me retrouve dans la catégorie des jeunes qui ont beaucoup de difficultés à exprimer ouvertement leur homosexualité, d'abord vis-à-vis d'eux-mêmes puis vis-à-vis des autres. De plus, mon contexte familial ne m'aide pas : j'ai des origines arabes (...) et la position du monde arabe sur l'homosexualité n'est un secret pour personne. Je ne suis jamais sorti avec une fille, prétextant multiples raisons. Je me suis rendu compte que j'étais homosexuel tout petit déjà, vers l'âge de 8 ou 9 ans. C'est très jeune en effet, mais l'innocence de l'âge aidant, je ne connaissais pas le mot "homosexualité" ni même quel était le regard des autres à ce sujet. Puis tout le long de ma scolarité, mes camarades n'ont eu de cesse d'avoir des doutes sur mon orientation sexuelle, en plus de me rejeter parce que je me donnais du mal pour m'en sortir au niveau scolaire (mes parents ayant immigré en France sans aucune qualification) Vous imaginez bien à quel point on peut se sentir mal, dans un milieu scolaire privée catholique de surcroît (je vise surtout ici le personnel encadrant).
Puis vint la terrible année de seconde où j'ai pris conscience, en tombant amoureux de mon meilleur ami, que mon homosexualité n'était plus qu'une vague idée mais une affirmation dans mon identité. Depuis, je me suis senti mourir de l'intérieur, je suis tombé dans un état de quasi-anorexie: vomissement tous les matins, perte d'appétit, souffle coupé à longueur de journée et j'en passe... Cette année a gâché toutes mes perspectives d'études me sentant incapable de faire quoique ce soit. Aujourd'hui à l'université je me sens un peu plus libre, mes amis me posent toujours des questions sur mon orientations sexuelles parce qu'ils sentent que je ne vais pas bien. Pourquoi je ne me confie pas à eux ? Parce que je l'ai déjà fait avec le meilleur ami que j'ai cité plus haut et même s'il m'a affirmé que l'on est toujours amis je sais très bien que notre relation n'est plus la même.
Aujourd'hui je vais beaucoup mieux, je ne suis plus dans l'état pitoyable où j'étais en seconde et je me suis promis que plus jamais cela ne m'arrivera. Je suis allé chez un psy, cela m'a fait du bien de pouvoir m'exprimer mais cela revient très cher et j'ai dû arrêter. Moi ce que je voudrais c'est un contact, parler de mon homosexualité, de mon mal-être, que je ne devrais pas me faire autant de souci, que moi aussi j'ai le droit d'aspirer au bonheur et à l'amour. Je me suis rendu sur des chats et je me suis rendu compte à quel point le monde gay était inaccessible et fermé pour ceux qui ont le plus besoin d'aide, ne serait-ce que pour avoir un contact comme tout le monde le proposait si bien dans leur profil. Tout ce que j'ai eu droit ce sont des "t'es trop jeune" ou "je fais pas dans le secours catholique". Cela ne m'étonne pas qu'il y a un risque plus important de suicide chez les jeunes homos, moi-même j'y ai pensé.
Tout ce que j'espère c'est de trouver des gens biens, avec qui je pourrais entretenir un dialogue, qui sauront me guider parce que je suis vraiment perdu à ce sujet comme beaucoup de jeunes homos j'imagine. Ce long pavé n'est qu'un témoignage à cet article et à cette étude parce que j'avais vraiment besoin de m'exprimer et que m'inscrire pour vous en faire part m'a demandé un grand effort, car pour moi c'est un pas en avant.
Poursuivez ce débat si vous le souhaitez, en réagissant à ces témoignages, ou en apportant votre propre expérience. Vous avez la parole.
























0
De Gylsson
Bonjour à tous,
Voila ce qui me semble être des explications construites et réfléchies. J'apprécie particulièrement cette article. Avec une pointe d'intérêt pour l'intervention de "Mr Hyde" .
Sur ce, les efforts, la détermination et l'espoir de parvenir à son but, ce sont de belles clés ! A bientôt les amis !