Bagdam, vingt ans consacrés aux lesbiennes: Traude Buehrmann
Pour fêter son 20ème anniversaire, Bagdam a choisi de se pencher sur «L'Arme du rire/Larmes du rire» pour son colloque international d'études lesbiennes qui réunit des chercheuses et militantes de tous les pays. Découvrez-les avec TÊTUE.COM.

Damendoppel - double dame, tel est le nom de la nouvelle exposition photographique de Traude Buehrmann, 66 ans, présentée lors du 12ème Printemps de Bagdam Espace Lesbien à Toulouse. Avant de rejoindre Berlin et probablement Hambourg. Devrait suivre un livre de nouvelles courtes au même titre, basé sur des correspondances croisées avec Suzette Robichon, ainsi qu'un livre reportage rétrospective photo. «J'écris en images, mes photos racontent des histoires sous un angle poétique.» explique celle qui se définit comme «écrivaine, photographe, traductrice, voyageuse», et vit «de préférence à Berlin», où elle est également engagée dans l'association Atelierhof Werenzhain, un centre d'art pour lesbiennes et femmes à la campagne, près de la capitale. Doté d'un solide bagage académique (études d'anglais, de français, de sociologie et de journalisme), Traude Buehrmann part dès le début des années 70 à la découverte du monde, en réalisant des reportages écrits et photographiques pour la presse allemande, notamment sur la vie des femmes, au Népal, Equateur, Algérie, Calabre. Mais aussi sur des thématiques comme la manipulation génétique ou l'androgynie... Journaliste à la revue féministe berlinoise Courage entre 1977 et 1983 (quasiment tout le temps de sa parution), elle couvre notamment les congrès lesbiens/féministes inter/nationaux, ainsi que les procès politiques, soit des viols, soit de l'extrême gauche. Parallèlement, cette femme engagée participe à la création d'un centre de culture lesbienne, Lesben.Kultur.Etage Araquin (1984-1994) et contribue au Pelze-multimedia, un lieu de rencontre pour des artistes lesbiennes/féministes à Berlin (de 1984 à 1992). Mais l'envie de voyager ne la quitte pas pour autant et c'est parti pour un séjour d'un an à Montréal, «pour l'amour et des traductions Nicole Brossard et Anne-Marie Alonzo en allemand». Elle séjourne également en Provence (Forcalquier) et à Paris, en continuant ses travaux de traductions et d'écriture : des romans - Flüge über Moabter Mauern, Mohnrot (alias Olga Linz), die Straßensängerin (la chanteuse de rue) - Faltenweise, des portraits de lesbiennes âgées, Mehr als eine Liebe, sur les relations polyamoureuses (avec Laura Meritt et Nadja B. Schefzig), die Staubstraße nach Matala, des nouvelles de voyages, Nachtcafé, une nouvelle sur la vie et la mort... Egalement éditrice des guides Lesbisches Berlin et Lesbisches Paris (avec Suzette Robichon), Traude Buehrmann travaille comme guide dans ces deux villes, spécialisée en histoire, art et culture féministe et lesbienne. A ce sujet, elle regrette de constater «un recul sur le plan des idées et actions révolutionnaires lesbiennes, nouvelles et différentes du monde 'straight'. Lors des grands événements gays et lesbiens, les revendications sont remplacées de plus en plus par une commercialisation.» D'où l'importance de «créer et soutenir des réseaux internationaux de préférence dans le domaine artistique et littéraire». Sa philosophie de vie ? «Expérimenter. Et essayer de trouver dans les batailles du quotidien des moments qui correspondent à l'idée 'chaque jour un poème'.»
Bagdam, vingt ans consacrés aux lesbiennes
Six colloques depuis 2000, douze festivals du Printemps lesbien, Bagdam est devenu le symbole de la vie lesbienne à Toulouse... et bien au-delà. D'abord sous forme de Bagdam Café de 1989 à 1999 - premier et unique café entièrement non mixte dans l'hexagone - puis de Bagdam Espace Lesbien après sa fermeture. Plus de lieu donc, mais des publications (Espace Lesbien et Bagdam édition), et toujours de l'énergie à revendre ! Cent pour cent lesbien, tel est le credo des fondatrices de cette association qui entend être «un des lieux majeurs d'expression, d'initiative et d'échange des créations et de la pensée lesbienne»*, sans se soumettre aux «normes ambiantes». Avec «l'ambition non seulement de transformer la vie quotidienne des lesbiennes (politique intérieure), mais aussi d'imposer leur existence citoyenne (politique extérieure)».
A son origine, quelques lesbiennes féministes, issues de la Maison des Femmes de Toulouse (créée en 1976), Brigitte Boucheron, Jacqueline Julien, Sylviane Francesconi et Sonia Ruiz, qui ont voulu créer un espace qui leur soit plus spécifiquement dédié. Tout en revendiquant l'héritage du mouvement des femmes des années 70, dont la ville rose fut particulièrement partie prenante. Pour fêter son 20ème anniversaire, Bagdam a choisi de se pencher sur «L'Arme du rire/Larmes du rire» pour son colloque international d'études lesbiennes qui réunit des chercheuses et militantes de tous les pays. Quant au traditionnel Printemps, il propose de nombreuses manifestations (films, débats, concerts, expos...) en partenariat avec la cinémathèque, des librairies, l'université, etc Un festival en ville qui est l'occasion de se faire connaître dans toute l'agglomération. Avec désormais le soutien officiel de la municipalité et des institutions régionales. Une grande nouveauté à saluer.
Photo Anne Delabre




















