Bagdam, vingt ans consacrés aux lesbiennes: Suzette Robichon
Pour fêter son 20ème anniversaire, Bagdam a choisi de se pencher sur «L'Arme du rire/Larmes du rire» pour son colloque international d'études lesbiennes qui réunit des chercheuses et militantes de tous les pays. Découvrez-les avec TÊTUE.COM.
Le militantisme, Suzette Robichon (ou Triton, pseudonyme tiré d'un roman de Christiane Rochefort) est tombée dedans tôt, avec l'ex-Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR), puis dans l'activisme côté féministes et lesbiennes. Elle intègre le groupe Lesbiennes de Paris dès 1978, participe à Quand les femmes s'aiment - la première revue des deux groupes de lesbiennes de Lyon et Paris (7 numéros de 1978 à 1980) - puis entre à la rédaction de Masques, créée en 1979. Editrice de Vlasta, «revue des fictions et utopies amazoniennes» (4 numéros entre 1983 et 1985), Suzette Robichon part ensuite vivre six ans à Montréal. La presse a toujours fait partie de sa vie - de Rouge, le quotidien de la LCR (entre 1976 et 1979) à Lesbia en passant par «d'autres aventures sur papier» - car «cela correspond à mon tempérament de passeuse, passeuse d'idées, de livres, d'amitiés.» Jusqu'à se lancer dans la réalisation du seul et unique numéro de revue consacré à Monique Wittig (Vlasta n° 4, mai 1985).
Puis ce sera la publication de la pièce de théâtre de cette dernière, Le Voyage sans fin, et l'organisation d'un colloque à Paris en 2001 sur son œuvre, en collaboration avec Marie-Hélène Bourcier (voir les actes du colloque Parce que les lesbiennes ne sont pas des femmes). «Tout cela passe toujours par des aventures collectives où amour et amitiés jouent un grand rôle», souligne cette passionnée de l'histoire des lesbiennes dans la capitale qui co-écrit, avec Traude Bührman, de Lesbisches Paris en 2002, un guide historique et culturel en allemand du Paris lesbien. Et pour gagner sa vie ? Après des années de journalisme, «de salaire minimum pour garder le temps de la militance», cette engagée dans l'âme est devenue fonctionnaire à la Mairie de Paris, d'abord dans le secteur de l'action éducative et maintenant plus particulièrement sur les questions d'égalité femmes/hommes et d'éducation à l'égalité....«Autant dire que là aussi l'expérimentation et l'innovation sont nécessaires !»
A 62 ans Suzette Robichon garde intact son enthousiasme: «mon voyage sans fin d'activiste continue avec plaisir, nous avons tant de territoires à découvrir et à faire partager.» Ses projets? Continuer à participer et à organiser des événements, sans oublier l'écriture. Voyager aussi, car «rencontrer d'autres groupes de lesbiennes donne l'énergie et l'envie de continuer à explorer notre histoire et aussi à inventer de nouvelles manières de vivre. C'est ce qui donne du sens à ma vie.»
Bagdam, vingt ans consacrés aux lesbiennes
Six colloques depuis 2000, douze festivals du Printemps lesbien, Bagdam est devenu le symbole de la vie lesbienne à Toulouse... et bien au-delà. D'abord sous forme de Bagdam Café de 1989 à 1999 - premier et unique café entièrement non mixte dans l'hexagone - puis de Bagdam Espace Lesbien après sa fermeture. Plus de lieu donc, mais des publications (Espace Lesbien et Bagdam édition), et toujours de l'énergie à revendre ! Cent pour cent lesbien, tel est le credo des fondatrices de cette association qui entend être «un des lieux majeurs d'expression, d'initiative et d'échange des créations et de la pensée lesbienne»*, sans se soumettre aux «normes ambiantes». Avec «l'ambition non seulement de transformer la vie quotidienne des lesbiennes (politique intérieure), mais aussi d'imposer leur existence citoyenne (politique extérieure)».
A son origine, quelques lesbiennes féministes, issues de la Maison des Femmes de Toulouse (créée en 1976), Brigitte Boucheron, Jacqueline Julien, Sylviane Francesconi et Sonia Ruiz, qui ont voulu créer un espace qui leur soit plus spécifiquement dédié. Tout en revendiquant l'héritage du mouvement des femmes des années 70, dont la ville rose fut particulièrement partie prenante. Pour fêter son 20ème anniversaire, Bagdam a choisi de se pencher sur «L'Arme du rire/Larmes du rire» pour son colloque international d'études lesbiennes qui réunit des chercheuses et militantes de tous les pays. Quant au traditionnel Printemps, il propose de nombreuses manifestations (films, débats, concerts, expos...) en partenariat avec la cinémathèque, des librairies, l'université, etc Un festival en ville qui est l'occasion de se faire connaître dans toute l'agglomération. Avec désormais le soutien officiel de la municipalité et des institutions régionales. Une grande nouveauté à saluer.
Photo Anne Delabre























