Bagdam, vingt ans consacrés aux lesbiennes: Michèle Causse
Pour fêter son 20ème anniversaire, Bagdam a choisi de se pencher sur «L'Arme du rire/Larmes du rire» pour son colloque international d'études lesbiennes qui réunit des chercheuses et militantes de tous les pays. Découvrez-les avec TÊTUE.COM.

Morte à plusieurs reprises, je ne suis pas sûre d'être née. Ce pourquoi toute notice biographique me semble une imposture. Irréelle, voire empruntée à une autre. Ce que je n'ai pas fait m'importe infiniment plus que ce que j'ai fait. Ainsi de ce qui ne m'est pas arrivé. J'ai néanmoins une histoire, laquelle ressemble à une carte de géographie (France, Tunisie, Italie, Etats-Unis, Antilles, Canada), autant de topoï, espaces vibratoires d'intensités variables, qui renvoient des images de mon existence migratoire. Mais à quoi bon en parler ? Qu'on me lise plutôt. Pour démentir mon épitaphe Ni lue ni approuvée. Voilà comment se présente Michèle Causse (sur son site). Un bon résumé de la personnalité de cette écrivaine et traductrice (d'une trentaine de livres: Herman Melville, Gertrude Stein, Djuna Barnes, Mary Daly, Cesare Pavese, Natalia Ginzburg, Alice Ceresa...), «nomade, émigrée, pionnière de la délocalisation pour des raisons pécuniaires et symboliques.» La Tunisie pendant six mois pour enseigner, toute jeune. Puis l'Italie pour suivre une amoureuse, auteure talentueuse, «à qui j'ai délégué le pouvoir d'écrire car elle écrivait beaucoup mieux que moi». Du coup, Mchèle Causs apprend le chinois, «avec les manuels de la Chine communiste», et écrit un essai sur la condition des caméristes-concubines-courtisanes dans les romans Ming (inédit) ! Dix ans plus tard c'est le retour en France, au début des années 70, et le début d'une période de militantisme féministe : «nous nous réunissions au 'Lieu-dit', rue Sant-Jacques, un café devenu un lieu très politique». On y croise Paula Jacques, Christine Delphy, etc. Puis un nouvel exil dans la vie de celle qui se définit comme «la première intello-précaire», pour se remettre d'une rupture: direction les Antilles, où elle reste huit ans et réalise une étude pour le compte du ministère des droits des femmes d'Yvette Roudy, sur la stratification ethno-sociale des femmes en Martinique. Nouveau virage, changement de climat et de style, avec les Etats-Unis et surtout le Canada - où elle passe huit ans également et écrit quatre ouvrages - avant de rentrer définitivement en France en 1991, «avec les os brisés à cause du froid». Hommage au passage à son cercle amical qui lui a permis de mener une vie sans concession, refusant même trois fois un poste à l'Unesco... «Je vivotais de ma plume mais j'ai eu des amies très aidantes.» Du temps consacré à l'écriture, à commencer par L'Encontre (Ed des Femmes), une fable autobiographique dont Monique Wittig fut le première lectrice et qui la décida à poursuivre dans cette voie. «Elle et moi étions très isolées à cause du radicalisme, qui n'est pas institutionalisé, précise-t-elle. Les écrivaines ne peuvent pas se conformer.» Se reconnaissant «un militantisme très individualiste», peu adepte des réunions de groupes, «où il est difficile de s'intégrer», elle avoue préférer «repérer la meilleure, pour la voir seule.» Mais son engagement premier a toujours été, et restera, vis-à-vis de l'écriture, "et pas du public à la limite." Souvent jugée difficile d'accès, l'auteure s'en amuse: «je ne sais pas écrire autrement sinon je parlerais!» Aujourd'hui Michèle Causse (née sur les Causses du Lot, comme son nom l'indique...) s'est posée dans sa région d'origine, en achetant «une maison 'fatale', pas loin de ma maison natale». Y partageant son temps avec Toulouse où elle habite en hiver. Nomade, toujour
Bagdam, vingt ans consacrés aux lesbiennes
Six colloques depuis 2000, douze festivals du Printemps lesbien, Bagdam est devenu le symbole de la vie lesbienne à Toulouse... et bien au-delà. D'abord sous forme de Bagdam Café de 1989 à 1999 - premier et unique café entièrement non mixte dans l'hexagone - puis de Bagdam Espace Lesbien après sa fermeture. Plus de lieu donc, mais des publications (Espace Lesbien et Bagdam édition), et toujours de l'énergie à revendre ! Cent pour cent lesbien, tel est le credo des fondatrices de cette association qui entend être «un des lieux majeurs d'expression, d'initiative et d'échange des créations et de la pensée lesbienne»*, sans se soumettre aux «normes ambiantes». Avec «l'ambition non seulement de transformer la vie quotidienne des lesbiennes (politique intérieure), mais aussi d'imposer leur existence citoyenne (politique extérieure)».
A son origine, quelques lesbiennes féministes, issues de la Maison des Femmes de Toulouse (créée en 1976), Brigitte Boucheron, Jacqueline Julien, Sylviane Francesconi et Sonia Ruiz, qui ont voulu créer un espace qui leur soit plus spécifiquement dédié. Tout en revendiquant l'héritage du mouvement des femmes des années 70, dont la ville rose fut particulièrement partie prenante. Pour fêter son 20ème anniversaire, Bagdam a choisi de se pencher sur «L'Arme du rire/Larmes du rire» pour son colloque international d'études lesbiennes qui réunit des chercheuses et militantes de tous les pays. Quant au traditionnel Printemps, il propose de nombreuses manifestations (films, débats, concerts, expos...) en partenariat avec la cinémathèque, des librairies, l'université, etc Un festival en ville qui est l'occasion de se faire connaître dans toute l'agglomération. Avec désormais le soutien officiel de la municipalité et des institutions régionales. Une grande nouveauté à saluer.
Photo Anne Delabre























