Bagdam, vingt ans consacrés aux lesbiennes: Hélène Marquié
Pour fêter son 20ème anniversaire, Bagdam a choisi de se pencher sur «L'Arme du rire/Larmes du rire» pour son colloque international d'études lesbiennes qui réunit des chercheuses et militantes de tous les pays. Découvrez-les avec TÊTUE.COM.

«Toujours aller plus loin», tel est le maître-mot d'Hélène Marquié, 49 ans, une personnalité au parcours peu commun: agrégée de biologie et docteur en esthétique (avec une thèse portant sur les processus de création et l'imaginaire surréaliste en danse et dans les arts plastiques), danseuse et chorégraphe (elle crée sa compagnie* en 1986), cette femme de corps et d'esprit travaille actuellement sur un «atelier de recherche chorégraphique surréaliste», «une sorte de laboratoire inédit», décliné pour les professionnels et les amateurs. Son travail de recherche est intimement lié à ses créations.
Et sa conscience féministe imprègne ses oeuvres, le lesbianisme y étant inclus: «je ne suis pas du tout essentialiste, sourit-elle. On ne naît pas lesbienne, on le devient !» Son engagement d'artiste reste avant tout son engagement personnel - «ne pas se limiter à la provocation sur scène» - car elle est consciente de sa chance de vivre à notre époque, d'avoir eu le parcours qu'elle souhaitait, de pouvoir vivre la sexualité qu'elle a choisie... «Cela me donne l'obligation de faire ce que je peux pour que les autres puissent y accéder.» Concernant les liens entre art et politique, elle tient à préciser qu'«un artiste politisé ne fait pas nécessairement un art militant, car le risque est grand de faire du mauvais art et du mauvais militantisme.» Même si bien sûr «l'art est travaillé par les questions politiques et la politique peut générer des questions artistiques», elle souligne que «l'art ne fait pas la révolution, ne pas tout confondre. Si je veux faire un discours militant, je le ferai, je vise l'efficacité.» Pas de superposition donc, plutôt une jonction. Ainsi quand elle a éprouvé l'envie de danser nue, s'est immédiatement posée la question de la manière dont son corps va être interprété : on va voir un corps de femme, une minorité à représenter. L'universel est l'Homme, même la langue le dit.» Hélas. Parmi ses dernières œuvres, XXXIIIème conférence, un spectacle au croisement de la danse, de la psychanalyse, des arts plastiques et de l'écriture, qui propose une perspective critique autour de textes de Freud sur la féminité. A la fois drôle, original et subversif !
Bagdam, vingt ans consacrés aux lesbiennes
Six colloques depuis 2000, douze festivals du Printemps lesbien, Bagdam est devenu le symbole de la vie lesbienne à Toulouse... et bien au-delà. D'abord sous forme de Bagdam Café de 1989 à 1999 - premier et unique café entièrement non mixte dans l'hexagone - puis de Bagdam Espace Lesbien après sa fermeture. Plus de lieu donc, mais des publications (Espace Lesbien et Bagdam édition), et toujours de l'énergie à revendre ! Cent pour cent lesbien, tel est le credo des fondatrices de cette association qui entend être «un des lieux majeurs d'expression, d'initiative et d'échange des créations et de la pensée lesbienne»*, sans se soumettre aux «normes ambiantes». Avec «l'ambition non seulement de transformer la vie quotidienne des lesbiennes (politique intérieure), mais aussi d'imposer leur existence citoyenne (politique extérieure)».
A son origine, quelques lesbiennes féministes, issues de la Maison des Femmes de Toulouse (créée en 1976), Brigitte Boucheron, Jacqueline Julien, Sylviane Francesconi et Sonia Ruiz, qui ont voulu créer un espace qui leur soit plus spécifiquement dédié. Tout en revendiquant l'héritage du mouvement des femmes des années 70, dont la ville rose fut particulièrement partie prenante. Pour fêter son 20ème anniversaire, Bagdam a choisi de se pencher sur «L'Arme du rire/Larmes du rire» pour son colloque international d'études lesbiennes qui réunit des chercheuses et militantes de tous les pays. Quant au traditionnel Printemps, il propose de nombreuses manifestations (films, débats, concerts, expos...) en partenariat avec la cinémathèque, des librairies, l'université, etc Un festival en ville qui est l'occasion de se faire connaître dans toute l'agglomération. Avec désormais le soutien officiel de la municipalité et des institutions régionales. Une grande nouveauté à saluer.


















De Swing Kid
Hélène Marqié est une femme extraordinaire . Elle dispose d'intelligence corporelle-kinesthésique, de capacité d'analyse scientifique, de savoir, d'integrité politique et de la sensibilité artistique. Vraiment un mélange rare . En anglais, on appelle cela " renaissance woman" . J'ai lu leur thèse et je l'ai vu danser. Impressionnant!