Bagdam, vingt ans consacrés aux lesbiennes: Cécile Proust
Pour fêter son 20ème anniversaire, Bagdam a choisi de se pencher sur «L'Arme du rire/Larmes du rire» pour son colloque international d'études lesbiennes qui réunit des chercheuses et militantes de tous les pays. Découvrez-les avec TÊTUE.COM.
Femmeuses résume bien la personnalité de Cécile Proust: ce travail artistique et théorique, que la chorégraphe a entamé en 2004, questionne les liens entre art et féminisme. L'idée est née de sa rencontre avec la philosophe Beatriz Preciado au département danse de l'Université Paris 8, et a donné lieu à 19 femmeusesactions sous différentes formes: spectacles, performances, vidéos, installations, commissariat d'expositions, programme pédagogique... En 2007, elle conclut sa résidence de recherche au Centre National de la Danse par femmeusaction #19, final/ment/seule, «un one woman show, qui retrace mon histoire, avec un apport théorique, didactique et artistique.»
Des références en nombre, mais aussi beaucoup d'humour de la part de cette artiste qui avait toujours placé les femmes au centre de ses activités: quand elle est choisie pour une des roues du passage de l'an 2000 sur les Champs-Élysées à Paris et propose, avec Jacques Hœpffner, une œuvre vidéo chorégraphique qui interroge autant les gestes de femmes dans de nombreux pays que leurs engagements politiques. Puis en 2002, avec Alors, heureuse ?, un travail multiforme qui interroge la sexualité vue du côté des femmes. De formation classique et contemporaine, Cécile Proust a pratiqué également la danse du ventre, le flamenco, la danse de geishas et le kathak... sans oublier du strip-tease quand elle était très jeune ! «Par attrait pour l'exhibition, explique-t-elle. Aujourd'hui je le revendique, et je l'ai beaucoup réinterrogé par la suite. Comment peut être perçu le corps des femmes danseuses, notamment déshabillées?»
Convaincue que les pensées sont stimulées par le corps en mouvement, elle tient à se détacher de la culture assise, et invite les spectateurs à ne pas rester passifs et à se déplacer: par des choix de lieux et de temps, des possibilités de déambulation et d'interactivité, elle les invite en outre «à sortir des lieux habituels de représentation et à interroger les espaces urbains». Proche du mouvement queer, se définissant avec ironie comme «simili lesbienne couchant avec des hommes, un jeu de mots avec simili-cuir/queer», Cécile Proust estime que «la construction de la sexualité ou d'un genre est toujours espèce de bricolage, une tentative, un échafaudage précaire et fragile». Avec cet espoir que, «grâce à la théorie, les gens risquent d'être un peu moins malheureux, mis au placard.» Parmi ses combats, la possibilité d'adoption, la reconnaissance de la parentalité et co-parentalité: «Je suis certaine que ce que vont créer les familles homoparentales vont aussi enrichir les possibles des familles hétéroparentales. Elles seront irriguées par les nouvelles choses que seront obligées d'inventer les familles homos car elles n'ont pas de modèle.»
Bagdam, vingt ans consacrés aux lesbiennes
Six colloques depuis 2000, douze festivals du Printemps lesbien, Bagdam est devenu le symbole de la vie lesbienne à Toulouse... et bien au-delà. D'abord sous forme de Bagdam Café de 1989 à 1999 - premier et unique café entièrement non mixte dans l'hexagone - puis de Bagdam Espace Lesbien après sa fermeture. Plus de lieu donc, mais des publications (Espace Lesbien et Bagdam édition), et toujours de l'énergie à revendre ! Cent pour cent lesbien, tel est le credo des fondatrices de cette association qui entend être «un des lieux majeurs d'expression, d'initiative et d'échange des créations et de la pensée lesbienne»*, sans se soumettre aux «normes ambiantes». Avec «l'ambition non seulement de transformer la vie quotidienne des lesbiennes (politique intérieure), mais aussi d'imposer leur existence citoyenne (politique extérieure)».
A son origine, quelques lesbiennes féministes, issues de la Maison des Femmes de Toulouse (créée en 1976), Brigitte Boucheron, Jacqueline Julien, Sylviane Francesconi et Sonia Ruiz, qui ont voulu créer un espace qui leur soit plus spécifiquement dédié. Tout en revendiquant l'héritage du mouvement des femmes des années 70, dont la ville rose fut particulièrement partie prenante. Pour fêter son 20ème anniversaire, Bagdam a choisi de se pencher sur «L'Arme du rire/Larmes du rire» pour son colloque international d'études lesbiennes qui réunit des chercheuses et militantes de tous les pays. Quant au traditionnel Printemps, il propose de nombreuses manifestations (films, débats, concerts, expos...) en partenariat avec la cinémathèque, des librairies, l'université, etc Un festival en ville qui est l'occasion de se faire connaître dans toute l'agglomération. Avec désormais le soutien officiel de la municipalité et des institutions régionales. Une grande nouveauté à saluer.


















De yentl
Hello, C'est fini les portraits très intéressants des participantes au colloque Bagdam : il manque le portrait de Brigitte Boucheron de Bagdam ! Allez, Anne Delabre, vous devez bien avoir cela dans vos tiroirs... En tout cas ce fut formidable ! Merci. Au fait Bagdam sera présent au 21e Festival International du film lesbien et féministe de Paris organisé par Cineffable du 29 octobre au 2 novembre au théâtre du Trianon comme d'hab. Y aura un film et un débat... avec ces lesbiennes formidables ! Yentl