Agression homophobe au marteau: 2 ans de prison pour deux mineurs
TÊTU a interrogé les différentes parties de cette affaire d'une rare violence, survenue à Montpellier, qui a conduit à de lourdes peines de prison ferme. C'est «un jugement exemplaire» s'est félicité le procureur de Montpellier.
Les faits remontent au 23 septembre dernier. Vers 22h, deux hommes qui discutent sur un banc au jardin du Peyrou sont accostés par deux jeunes qui les insultent: «PD», «fiottes», «Qui vient nous sucer?». Les agressés faisant face, un des deux jeunes lâche: «Tu n'es pas le premier PD que je frappe, et tu ne seras pas le dernier» et frappe avec une violence inouïe les deux hommes avec un marteau trouvé sous la selle de son scooter. Son complice n'est pas en reste. Un témoin de la scène a appelé la police et porte secours aux victimes. Arrivée très rapidement sur les lieux, la brigade anticriminalité pourchasse les fuyards.
Choc traumatique
L'homme d'une cinquantaine d'années souffre d'une fracture de l'os sous-orbital avec des plaies au crâne, au front et au visage. Le deuxième homme, d'une vingtaine d'années, est hospitalisé après s'être effondré sous le choc émotionnel et traumatique. Arrêtés, les fuyards ont fait l'objet d'une présentation immédiate, puis ont été relâchés sous contrôle judiciaire strict.
Jeudi 22 octobre, le tribunal pour enfants de Montpellier à condamné les deux prévenus de 15 ans pour violences homophobes, en réunion et avec une arme. Deux ans de prison, dont un avec sursis, avec mandat de dépôt au sortir de l'audience ont été prononcés. Les deux victimes reçoivent chacune 3.000 euro de dommages et intérêts, sous réserve d'une expertise d'évaluation qui déterminera les séquelles ultérieures. Brice Robin, procureur de la République de Montpellier, a tenu à préciser à TETU que «ce jugement est exemplaire pour la lutte contre les discriminations. Le tribunal nous a suivi.» Nicolas Gallon, l'avocat des deux victimes, parle lui de «sanction adaptée au défi de violence de la part de deux jeunes socialement livrés à eux-mêmes.»
«Sanction inadaptée du fait de leur âge»
Pour maître Simmoneau-Fort, avocat des mineurs «la sanction est inadaptée du fait de leur âge et surtout de leur incapacité à appréhender leur geste». Isabelle Oger Ombredane, avocate du garçon le plus provoquant à l'audience, pense que «l'on a voulu faire un exemple ». Elle ajoute: «Mon client a un sentiment de toute-puissance dû à sa situation sociale. L'enquête psychiatrique parle d'altération à son sujet. Il ne pourra pas consulter de pédopsychiatre en prison. Il y avait pourtant une alternative: le placement en centre éducatif fermé avec obligation de suivi de soins.» Maître Oger Ombredane a tenu à préciser que «la présence des victimes à l'audience était remarquable. Il était très important que nos clients soient confrontés à leurs victimes, pour tenter de comprendre la gravité de leur geste».
Des victimes qui ont d'ailleurs eu «la sensation d'avoir été accompagnées et entendues par les services de police et de justice» selon maître Gallon. Dans cette affaire, le tribunal pour enfants a eu connaissance du passé judiciaire excessivement chargé des deux jeunes malgré leurs 15 ans. Il a également été évoqué que ces deux jeunes seraient victimes de prostitution sur mineurs et qu'ils flirtent bien avec le milieu homosexuel montpelliérain, entretenant des rapports ambigus à ce sujet.
Reste que la condamnation de ces deux jeunes n'est pas définitive puisque leurs avocates nous ont annoncé avoir interjeté appel.
Photo (Tribunal de Montpellier): Fotolia.


















De NémoGizmo
cette agression était hyper violente et effrayante. la police a agit vite et bien. les victimes ont eu la courage et la présence d'esprit de se rebeller, d'alerter et de poursuivre. les 2 ans fermes contre les "sales gosses homophobes" sont bien mérités. espérons que l'appel confirmera cela (leur avocat est plutôt minable et pas crédible dans ses arguments). grand BRAVO donc à ce procureur lucide et efficace (affaire vite bouclée)! s'il pouvait donner l'exemple à d'autres, ce serait juste parfait.
De jlth
D'accord avec toi Némo. Il est dommage que tous les procureurs n'aient pas la même attitude que celui de Montpellier.
Juste une remarque, ce ne sont pas 2 ans fermes, mais 2 ans dont 1 an avec sursis, ce qui n'est, somme toute, pas très cher payé compte tenu de la violence de l'agression et des antécédents judiciaires des coupables.
Espérons que la Cour d'appel aggravera, ou au moins confirmera les peines prononcées en 1ère instance.
De Violette
Jlth, si on sait qu'un meurtre n'est puni que de dix à douze ans d'emprisonnement, je pense que ces deux ans, même un avec sursis correspondent à ce qui est requis habituellement.
De jlth
Violette,
Il n'est pas possible de généraliser de la sorte.
Lorsqu'un meurtre est puni de 10 à 12 ans de prison, il y a des circonstances atténuantes.
Il existe une échelle réglementaire des peines, mais le prononcé doit ensuite tenir compte des particularités de l'affaire, et ce rôle appartient aux magistrats.
De Violette
Je trouve que deux ans pour des mineurs c'est pas mal, et je suis satisfaite de la sévérité de la peine, ça change des peines symboliques de d'habitude. Bien-sûr, les antécédents des agresseurs et la violence de l'agression ont joué, mais ça a été pris en compte, tant mieux.
Est-ce que la prison va suffir à la prise de conscience par contre, je m'interroge encore.