Une mise en examen à "Têtu"
Notre collaboratrice Judith Silberfeld, rédactrice en chef adjointe de Têtu, a été mise en examen le 8 janvier pour "injures publiques envers un membre du gouvernement". Les faits remontent au 19 décembre 2002, lorsque, à la suite d'un portrait de Christian Jacob, ministre délégué à la Famille, paru dans Libération (12.12.02), un courriel – émanant apparemment du chargé de communication du ministre – arrive à la rédaction de Têtu. Dans ce portrait, on pouvait lire que Christian Jacob était "contre le Pacs" et "absolument contre l'adoption par les homosexuels". Le ministre se disait défavorable à "tout ce qui ne concerne pas la majorité des citoyens". "On ne va pas se laisser emmener sur trois trucs d'intellos gauchos, poursuivait-il. La nouvelle famille, c'est pas d'être né d'une partouze, comme j'ai entendu à la télé." Le courriel reçu expliquait que cette dernière phrase avait été sortie de son contexte et que le ministre consacrait "beaucoup de temps à l'étude des médias et de la télévision, dont il connaît peu les rouages, et [avait] noté cette phrase au cours d'une réunion d'étude sur l'émission “C'est mon choix”, programme parmi les favoris du ministre". Le courriel fut repris dans une brève publiée dans le quotidien en ligne du 18 décembre. On apprit quelques heures plus tard qu'il s'agissait en fait d'un faux. Un démenti fut alors publié sur notre site Internet, où Judith Silberfeld écrivait : "Joint dans l'après-midi par téléphone, le chargé de communication de M. Jacob (le communiqué était signé de lui) a, formellement, mais avec humour, démenti tout envoi d'un communiqué sur le sujet. Têtu a donc été victime d'un canular assez bien ficelé." Mais l'affaire n'a pas été close pour autant. Plus d'un an après, il est reproché à Judith Silberfeld d'avoir employé certaines expressions du faux courriel, utilisation constitutive d'injure au ministre de la Famille. D'un canular, on arrive donc à une mise en examen, alors même que la brève incriminée n'aura été publiée en ligne que pendant quatre heures et qu'un démenti y figure depuis. Le ministre de la Famille semble néanmoins en faire une affaire personnelle, puisque notre journaliste se retrouve aujourd'hui sous le coup d'une procédure très rarement employée, selon le Syndicat national des journalistes. "Au moment où la France vient de supprimer le délit d'offense à chef d'Etat étranger, l'une des dispositions les plus archaïques de la loi sur la presse, l'accusation d'injure publique envers un membre du gouvernement apparaît totalement absurde et anachronique", a déclaré Reporters sans frontières (RSF) dans un communiqué. Lire aussi http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3236,36-349966,0.html RSF sur la toile : http://rsf.org











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