Reconnaissance très disparate des déportés homosexuels
La Journée du souvenir de la déportation s'est déroulée, selon les villes, entre intégration et négationnisme.
Hier dimanche 27 avril, dans une vingtaine de villes, des associations LGBT ont participé à la 63e Journée nationale du souvenir de la déportation, dans des conditions allant de l'intégration au négationnisme le plus total.
À Paris, Le Mémorial de la déportation homosexuelle (MDH) et les Oublié(e)s de la mémoire (ODLM), les deux associations qui militent nationalement pour la reconnaissance de la déportation pour cause d'homosexualité, ont été officiellement invitées aux deux cérémonies. La direction de la Mémoire du patrimoine et des archives a même proposé une brochure sur laquelle figurait le tableau nazi des catégories de déportés, dont les homosexuels (photo). Les ODLM s'en félicitent et annoncent la participation de leurs délégations au titre d'"association de déportés" à Paris, à Marseille, à Toulouse et à Montpellier. Mais le MDH dresse un tableau nettement plus nuancé de "reconnaissance à géométrie variable selon les villes".
Ainsi, à Angers, Bordeaux, Nîmes, Montpellier, Lyon, les responsables des associations ont été invités à prendre place dans le carré réservé aux officiels. À Lille, des dépôts de gerbe en marge de la cérémonie officielle ont été organisées, mais un incident réglé par le protocole a opposé les Flamands roses avec la police au sujet du port du triangle rose.
À Nice, le délégué du MDH a été invité à la cérémonie, mais il a été une nouvelle fois confronté au négationnisme du président du Comité du souvenir, qui a indiqué qu'il "n'y avait pas eu de déporté français pour motif d'homosexualité" et qu'à ce titre, il s'opposait à la participation financière des associations LGBT pour l'achat de la gerbe unique.
À Nîmes, les associations LGBT ont participé au financement de la gerbe unique, mais n'ont pas été mentionnées parmi les autres associations.
Au Mans, le Centre gay et lesbien qui déposait une gerbe spécifique pendant la cérémonie les années précédentes, se l'est vu refuser et a dû attendre le départ du préfet pour y procéder. Maxime Marais, porte-parole du CGL du Mans, dénonce "une hiérarchisation des victimes du nazisme [qui] déshonore la France" et regrette que "les principes énoncés dans les discours [des associations d'anciens déportés] soient foulés au pied dans les minutes qui suivent, avec des lycéens pour témoins".
Une situation visiblement très différente d'une ville à l'autre qui s'explique selon Jospeh Zimet, nouveau conseiller chargé de la mémoire, au secrétariat d'État à la Défense et aux anciens combattants, "par le fait qu'il n'y a pas d'instruction ministérielle nationale. Les préfets ont pour mission de permettre une coexistence pacifique entre associations." Visiblement tout n'est pas réglé. Si, de leur côté, les ODLM sont satisfaits d'être "reçus au ministère à la fin du mois de mai", le MDH à l'instar de Couleur Gaies à Metz, comptent "œuvrer pour qu'une plaque mentionnant tous les signes de déportation soit apposée à côté du monument dédié au souvenir de la déportation" à l'image de celle qui est installée, depuis quelques années, sur le monument parisien sur l'île de la Cité.



















