Fichier Edvige: le ministère de l'Intérieur refuse de s'expliquer
Le ministère de la santé, interpellé aussi par "Têtu", ne confirme pas qu'il a été associé à la rédaction du décret.
Suite aux réactions entraînées par les révélations de Têtu sur le fichier "Edvige" (lire Quotidien du 10 juillet), le magazine a pris contact avec le ministère de l'Intérieur. Mais pour l'instant, Michèle Alliot-Marie ne souhaite pas répondre aux interrogations qui entourent les raisons du fichage de l'état de santé et de l'orientation sexuelle de certains citoyens (lire Quotidien du 9 juillet).
Têtu regrette le silence du ministère, car hier soir, jeudi 10 juillet, un appel public à signatures pour obtenir l'abandon du décret a été mis en ligne sur internet. En seulement quelques heures, plus de 1.000 signatures ont d'ores et déjà été recueillies. De nombreuses organisations syndicales, 14 associations de défense des droits des gays et des lesbiennes et de lutte contre le sida, dont l'Inter-LGBT et Tjenbé Rèd, mais aussi les Verts, le PCF et le Syndicat de la magistrature, entre autres, ont soutenu cet appel. Ils exigent "le retrait du décret autorisant la mise en place du fichier Edvige qui institue un niveau de surveillance des citoyens totalement disproportionné et incompatible avec une conception digne de ce nom de l'État de droit".
Par ailleurs, cinq syndicats (le Syndicat de la magistrature, la CGT, la FSU, Solidaires, et le Syndicat des avocats de France), rejoints par la Ligue des droits de l'homme, viennent d'indiquer qu'ils étaient en train de rédiger un recours, dans le but de contester l'existence du fichier devant le Conseil d'État. La Fédération nationale de l'Autre Cercle "s'élève avec force contre ce décret et condamne fermement l'attitude du gouvernement qui n'a absolument pas pris en compte l'avis très réservé et les recommandations de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) à son sujet". Elle souhaite également se joindre à une telle initiative.
Dans un communiqué de presse, Aides s'inquiète de l'effet pervers d'un tel fichage sur le militantisme et le réseau associatif. "Quelles perspectives pour les 150.000 personnes séropositives en France? interroge l'association. La crainte de voir toutes leurs informations personnelles dans un fichier d'État empêchera certainement un grand nombre d'entre elles de pousser la porte de Aides et ainsi de bénéficier d'un accompagnement indispensable".
Devant les inquiétudes de nombreux acteurs de prévention et de soutien aux malades, Têtu a donc également interrogé le cabinet de la ministre de la Santé (photo), afin de savoir s'il avait été associé à la rédaction du décret. Mais Roseline Bachelot ne souhaite pas non plus communiquer sur cette question "pour le moment", alors qu'un accueil glacial aux Solidays l'avait obligée à écourter sa visite.
Photo: DR.



















