Edvige: Hervé Morin sèchement rappelé à l'ordre par François Fillon
La ministre de l'Intérieur a ironisé sur les propos du ministre de la Défense, qui accusait le fichier Edvige de "mélange des genres".
Mis à jour le 8 septembre à 17h
Le Premier ministre François Fillon a sèchement rappelé à l'ordre, ce lundi, son ministre de la Défense Hervé Morin (photo) pour ses réserves concernant le fichier de renseignement policier Edvige, déjà amplement brocardé par l'opposition, des associations et même le Medef.
"Je pense qu'il n'est pas nécessaire de créer des suspicions là où elles n'existent pas et j'ai eu l'occasion de le lui dire", a déclaré M. Fillon après les déclarations d'Hervé Morin. En déplacement à Bayonne, le Premier ministre a aussi lancé à son ministre de la Défense: "Ce n'est pas une caserne, un gouvernement, mais enfin là en l'occurrence, il ne faut pas se laisser aller à de jugements inspirés par une vision très légère des choses. Il y a des réalités dans notre pays qui sont des réalités fortes en matière de sécurité."
Ce rappel à l'ordre "ne remet pas en cause l'unité du gouvernement", a-t-il ajouté, alors que d'autres ministres ont déjà exprimé dans le passé des réserves sur telle ou telle décision (ainsi Rama Yade, sur la visite du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi à Paris).
Samedi 6 septembre, le ministre de la Défense, en termes prudents, avait été le premier membre de l'exécutif à "s'interroger" sur certains contenus d'Edvige. Lors de l'université d'été du Nouveau Centre (le parti centriste et sarkozyste dont il est le président), Hervé Morin s'est demandé s'il était "utile pour assurer la sécurité de nos compatriotes, de centraliser des informations relatives aux personnes physiques ayant seulement sollicité un mandat politique ou syndical", s'il était "utile que l'on y intègre des coordonnées téléphoniques, des orientations, sans savoir exactement de quoi il s'agit, des informations d'ordre fiscal ou patrimonial". Et de conclure: "Est-ce bien nécessaire de ficher les personnes jouant selon les termes mêmes du décret un rôle institutionnel économique social ou religieux significatif? N'y a-t-il pas là un curieux mélange des genres?"
Peu après, la ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie a ironisé sur ces propos, à l'issue de l'université d'été de l'UMP: "Je suis ravie que M. Morin se pose des questions. La question que moi je me pose, c'est comment il se fait que depuis le 1er juillet, il n'ait pas réussi à trouver mon numéro de téléphone pour me demander ce qu'il en était, je l'aurais rassuré." Si elle peut si facilement rassurer son collègue, on aurait souhaité qu'elle en profite pour rassurer les quelque 125.000 personnes et 800 associations signataires de l'appel "Non à Edvige" et qui sont eux aussi très inquiets…
En tous cas, il ne faut certainement pas compter sur le porte-parole du ministère de l'intérieur, Gérard Gachet, pour dissiper les inquiétudes. Il a confirmé peu ou prou, au détour d'un article dans Le Monde du dimanche 7 septembre ce qu'il avait déclaré à Têtu (lire Quotidien du 14 juillet). Il précise en effet: "Nous ne pourrons ficher la maladie ou l'homosexualité de quelqu'un que si elle est en rapport avec sa vie publique. Il sera interdit, par exemple, de mentionner la vie sexuelle d'un élu qui n'évoque jamais publiquement son homosexualité. Il sera en revanche possible de rédiger une fiche sur le responsable d'un mouvement qui défend les droits des homosexuels ou sur une association de malades qui participe à des intrusions violentes dans les préfectures." Une réponse difficilement compréhensible, et particulièrement inquiétante.
À noter enfin que même la présidente du Medef, Laurence Parisot, s'est alarmée au sujet d'Edvige: "Je souhaiterais que la ministre de l'Intérieur donne des explications. Je ne pense pas que Michèle Alliot-Marie puisse être liberticide, donc je crois qu'il faut que nous en sachions plus sur ce dossier. […] Je note que nous n'avons pas été consultés alors que nous sommes concernés en tant que militants de l'entreprise. […] C'est quelque chose qui me gêne beaucoup. Je suis assez troublée par ce que l'on est en train de découvrir", a-t-elle regretté, deux mois après la parution du décret sur Edvige.
La réunion publique du collectif contre Edvige (et, désormais, Cristina) aura lieu demain, mardi 9 septembre, à 11h à la Bourse du travail de Paris (3, rue du Château-d'Eau, Paris 10e).
Edvige: lire notre enquête sur Tetu.com.
Lire aussi un récapitulatif du dossier dans Têtu n°136, avec l'interview de Philippe Castel (FSU).
Photo: DR.














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