Xavier Dolan: «La différence m'obsède»
À 20 ans, Xavier Dolan a déjà une longue carrière de comédien au Québec et il vient de réaliser son premier film, «J'ai tué ma mère», présenté aujourd'hui en compétition dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes. Rencontre.

TÊTU: Quel est l'histoire de ce film?
Xavier Dolan: C'est un fils qui tente de retrouver la relation harmonieuse qu'il avait jadis avec sa mère. Mais toutes ses tentatives sont assez vaines parce que le gouffre de différence et d'incompatibilité qui les sépare est très vaste. Ils se retrouvent sans cesse confrontés à leurs différences, que ce soit au niveau des goûts, des valeurs, des personnalités... Mais il y a quand même un espoir de réconciliation et de retrouvailles.
Est-ce que l'homosexualité du fils est une des raisons de leur conflit?
Le fait qu'il soit gay n'a aucun lien avec le fait qu'il soit révolté contre sa mère. Dans le film, l'homosexualité est un trait de personnalité accessoire, presque superficiel. Le fait qu'il soit gay donne lieu à quelques scènes de confrontation, mais c'est loin d'être le nœud de l'histoire. Il serait d'ailleurs faux de dire que c'est un jeune homosexuel qui se révolte contre sa mère, c'est davantage un film sur les relations mère-fils. Il s'avère qu'il est gay, mais il pourrait être noir ou juif, ça ne changerait rien.
Ce film est-il en partie autobiographique?
C'est autobiographique dans le sens où j'ai moi-même eu une relation houleuse avec ma mère et que, maintenant que je vis seul, on s'est rapproché. Il y a eu un épisode adolescent de ma vie qui a été caractérisé par ma révolte contre ma mère et contre les différences abyssales qui nous divisaient.
En quoi le petit copain du personnage est important dans le film?
Il est important parce que lui, il a une relation symbiotique avec sa mère, ce qui est évidemment un parallèle un peu irritant pour le personnage, qui jalouse ce duo. C'est un peu ce qui le pousse à essayer de se rapprocher de sa mère.
Pourquoi avoir voulu faire un film sur la différence?
La différence est à l'origine de tout, quand on y pense, et elle m'obsède encore plus chez celui qui la juge que chez celui qui la vit. J'adore la manière qu'ont les esprits obtus d'ostraciser la différence. Je trouve que c'est une cruauté très représentative de la société moderne, et je pense en parler dans tous mes prochains films.
Vous êtes actuellement à Cannes pour présenter votre film, qu'attendez-vous de votre passage au festival?
Je vais faire l'émission de Laurent Ruquier, ce serait vraiment un honneur pour moi parce que j'aime beaucoup son émission sur France 2 (rires). Après Cannes, je vais attaquer mon deuxième film, qui sera une coproduction avec la France. Une grande actrice française devrait d'ailleurs jouer dedans. C'est également un scénario que j'ai écrit et qui parle de transsexualité, mais celui-là n'est pas du tout biographique. C'est encore une fois un film sur la différence. C'est une histoire d'amour passionnelle entre deux personnes, dont l'amour tranquille est bouleversé par la volonté d'un homme de devenir une femme, et la décision de sa femme de le suivre jusqu'au bout.
Propos recueillis par Samuel Pradier. Photos: Clara Palardy.
J'ai tué ma mère, de et avec Xavier Dolan, sera présenté à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes, le 18 mai. Il est également en lice pour la Caméra d'or, récompensant le premier long-métrage.
En voici la bande-annonce:


















De Fastbear
Le film parfait pour s'endormir devant sa télé ! Ils ont prévu une version française ?
De jlth
pourquoi un tel commentaire si désoblieant ?
Je trouve pour ma part que la bande-annonce est assez tentante.