Violence masculine et folie féminine chez Susanna Moore
L'univers carcéral au féminin, ça vous excite? Alors plongez-vous dans le dernier roman de Susanna Moore aux Éditions de l'Olivier.
Que peuvent partager une psy enfermée dans sa solitude et trop proche de ses patientes, une schizophrène condamnée pour infanticide et une starlette enchaînant les castings de séries télé et les pilules en tous genres ? La violence. Initiée par les hommes et perpétuée par les femmes, cette violence suinte encore des bords de la prison pour femmes de Sloatsburg (Etat de New York), sur les rives de l'Hudson River, où se situe Adieu, ma grande, dernier roman de Susanna Moore. L’horreur s'y démultiplie et continue de vivre à l’intérieur de ces femmes qui se suicident, se mutilent ou essaient de tuer leur compagne de cellule.
Mais se taillader les bras ou avaler des tubes en plastique quand on a été violée depuis ses 7 ans par son beau-père plusieurs fois par jour, c'est du pipi de chat et surtout une preuve qu'on existe encore à l'extérieur même si l'intérieur de soi est définitivement détruit. Alors il reste le sexe entre détenues, pour mettre un peu de baume au coeur, pas exempt de risques non plus certes, mais qui permet de survivre dans un milieu hostile parce que l'on rejoint une famille et qu'on est protégé par un groupe.
Une série de personnages aussi perdus les uns que les autres se côtoient et entremêlent leur voix dans ce roman qui plaira à nos lecteurs féministes ou aimant l'univers carcéral. Susanna Moore, lauréate du prix de littérature de l'Académie américaine des arts et des lettres en 1999, et dont le roman In The Cut avait inspiré la réalisatrice Jane Campion, compose une bien jolie symphonie du mal et de son absurdité. Un roman noir comme du sang coagulé et qui laisse un goût terreux dans la bouche.
Photo: Lulu Sylbert
Adieu ma grande de Susanna Moore, Ed de l'Olivier 21€














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