Victor Dixen: «Mon personnage gay est la coqueluche des blogs de lecteurs!»
INTERVIEW. La littérature fantastique accueille de plus en plus souvent des personnages homos. C'est le cas de Josh, dans le deuxième volet de la série «Le cas Jack Spark» signée Victor Dixen. Rencontre.

Franco-danois, Victor Dixen (ci-dessus) a reçu le Grand Prix de l'Imaginaire 2010, catégorie roman jeunesse francophone*, pour Eté Mutant, le premier volet de sa série fantastique Le cas Jack Spark. Le second volet, Automne traqué, vient de sortir et l'on y retrouve un personnage d'ado gay croqué avec finesse dans l'univers hallucinant des camps de redressement américain.
Jack Spark, le héros, est un adolescent. Est-il le pendant français, la version latine d'Harry Potter ?
Cette référence est sans doute inconsciente, mais je ne l'ai pas eue à l'esprit en écrivant. Ce sont les lecteurs et les critiques qui ont souligné les différences entre les deux héros. Jack Spark, un américain de mère française, se sent en dehors de la norme parce qu'il est insomniaque. Sa famille veut régler ce problème avant son entrée au lycée, en l'envoyant dans un camp de rééducation. Jack comme Harry, est un ado arraché à son quotidien, projetés dans un autre monde. Pour Jack, cet autre monde est en lui, c'est la terra incognita des transformations de l'adolescence.
Dans le premier volet, Jack Spark fait en effet un séjour dans un camp de redressement. Les lieux confinés sont-ils la nouvelle source de fantasmes des fictions contemporaines, dans les livres ou les scénarios ?
Ces ados sont tous là-bas parce qu'ils sont rejetés par leurs familles qui ne les jugent pas « normaux. » Il s'agit en fait d'un «teenage boot camp» :tenus par d'anciens militaires aux méthodes plus que discutables; ces camps existent aux Etats-Unis. Ils prétendent «rééduquer» les ados, en les isolant notamment de leur famille. Le microcosme est un bon laboratoire littéraire, qui permet de développer les caractères. Les adultes, ici, sont tous des monstres et la survie des jeunes passe par leur rébellion. Ils se battent pour rester eux-mêmes. On n'est plus dans une école bienveillante comme Poudlard, on bascule carrément dans Prison Break !
Créer un personnage, Josh, qui s'interroge sur sa sexualité, c'est une volonté militante ou une façon de dire aux jeunes lecteurs gays ou non, que tous les choix de vie sont possibles ?
Un peu des deux! Un des grands messages, c'est que la différence nous enrichit. Notre société est très normative. Josh, qui est attiré par les garçons, parle d'un «aveu» parce que son père, ultra-religieux, l'a poussé à se voir comme un monstre. Après plusieurs tentatives de suicide, il apprend à s'accepter. Les autres ados rencontrés au camp vont l'y aider. Il reste que le livre dénonce très clairement la «réorientation» sexuelle telle qu'elle est pratiquée aux Etats-Unis.
Flaubert disait «Madame Bovary, c'est moi», est-ce que vous êtes Jack ou Josh ?
Ça fait un peu tarte à la crème de dire ça, mais chaque personnage est un peu de moi-même. C'est le plaisir de l'écriture romanesque. Toutefois, je note avec plaisir que le personnage gay de Josh est devenu une coqueluche, notamment sur les blogs tenus par des lecteurs de tous les âges. C'est ce qui me rend optimiste. De jeunes homos m'ont aussi écrit pour me remercier d'avoir, enfin, créé un personnage où l'identification positive était possible.
Automne traqué
Editions Jean-Claude Gawsewitch
Victor Dixen a reçu le prix du Roman jeunesse francophone pour Eté mutant, le premier volet de sa tétralogie. Ce prix est décerné lors du Festival Etonnants Voyageurs de Saint Malo.














LES CHAÃŽNES 












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De laurent paris
intéressant. c'est bon signe si les jeunes lecteurs accueillent bien un personnage homo. est-ce que la série s'adresse avant tout à la jeunesse (comme le nom du prix peut le laisser entendre) ou est-ce qu'elle vise aussi un public plus adulte?