Toto Koopman: mannequin, espionne et ouvertement bi
Mannequin, résistante et artiste dans l'Europe des années 1930-1960, Toto Koopman, qui n'hésita pas à s'afficher avec des femmes, s’est toujours affranchie des conventions. Une vie sous le signe de l’audace et de la liberté.

Elle «bouscula toutes les servitudes et ne rechercha que l'aventure». C'est ainsi que le biographe Jean-Noël Liaut définit Toto Koopman (1908-1991) dans La Javanaise. Cette figure souvent méconnue de la «Café Society» des années 1930-1960, où se mêlaient artistes, aristocrates et mondains, faisait souvent scandale dans la presse. Tour à tour mannequin, résistante, artiste et aventurière, la splendide et métisse «Miss K.» s'affichait librement aux côtés de ses amants et amantes.
Une histoire d'amour qui durera 40 ans
Lorsqu'on l'appelle «Madame», Toto répond toujours: «Mademoiselle! Je n'ai jamais voulu me marier.» Si des contemporaines elles aussi «affranchies», comme Vita Sackville-West, Annemarie Schwarzenbach ou Violet Trefusis, finissent par se marier, Toto refusera toujours.
Alors que la plupart des homosexuels se cachent, Miss K. et sa compagne Erica Brausen, galériste, vivent ouvertement ensemble dans le Londres d'après-guerre. Et si elles ont chacune des liaisons de leur côté, «la plupart des mariages classiques entre hommes et femmes ne pouvaient rivaliser en complicité et longévité avec leur duo» résume une de leurs amies. Mais même dans cette histoire d'amour qui durera plus de 40 ans, jusqu'à la fin de sa vie, Toto gardera son indépendance.
Mannequin pour Chanel, elle ne supporte pas l'autorité de Coco, ni ses «mains trop insistantes» pendant les essayages.
Premier modèle métis
Déjà à 20 ans, lorsqu'elle s'installe à Paris après une enfance en Indonésie, Toto s'affirme et fait un choix mal vu à l'époque: une carrière de mannequin. Elle sera le premier modèle métis reconnu en posant à la une de Vogue. Mais elle ne rentre pas dans les rangs pour autant. Engagée en 1930 par Gabrielle Chanel, immédiatement séduite par cette belle brune aux yeux verts, Toto claque rapidement la porte. Elle ne supporte pas l'autorité de Coco, ni ses «mains trop insistantes» pendant les essayages.
Toto n'a que faire des qu'en dira-t-on, dans son travail comme dans sa vie privée, et collectionne ouvertement les conquêtes masculines et féminines. Lorsqu'elle tente une carrière cinématographique en 1934, elle s'affiche aux côtés de sa maîtresse, l'actrice américaine Tallulah Bankhead, une superbe rousse qui est alors l'idole des lesbiennes anglaises. «Mon père m'a dit de me méfier des hommes et de l'alcool, mais il n'a rien dit à propos des femmes et de la cocaïne» s'exclamait Tallulah quand on lui parlait de sa bisexualité.
Résistance et art contemporain
Miss K. montre une fois de plus qu'elle n'a pas froid aux yeux lorsque l'Europe est en proie à la montée du fascisme: elle va espionner les milieux hitlériens et mussoliniens pour le compte de son amant, le baron de la presse Lord Beaverbrook. Quelques années plus tard, en Italie, elle fait de la résistance auprès de son amant anti-fasciste, ce qui lui vaut la prison en 1941. Elle y subit les pires humiliations, mais trouve la force de danser le charleston pendant des heures pour se réchauffer. Le cauchemar continue lorsqu'elle est transférée au camp de concentration de Ravensbrück.
Malgré son courage, la femme «somptueuse et conquérante» qu'est Toto est très abîmée à la fin de la guerre. C'est dans les bras de la galeriste Erica Brausen, qui lancera Francis Bacon, qu'elle retrouve progressivement sa joie de vivre. Les deux femmes ne se quitteront plus. De 1947 à 1973, elles exposent le meilleur de l'art contemporain à la Hanover Galery, qu'elles ouvrent ensemble à Londres. Et elles construisent une demeure féerique sur une île sicilienne où elles accueillent l'élite européenne. Le couple intrigue et fascine par son passé, ses choix artistiques audacieux et ses mœurs affranchies. Mais Erica ne parviendra jamais à vraiment «posséder» Toto, en quête perpétuelle de liberté et d'élan de vie.

La Javanaise de Jean-Noël Liaut
Editions Robert Laffont.
Illustration: détail de la couverture de La Javanaise.






















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De Sharween
Superbe biographie, je ne la connaissais pas du tout !