Tom Ford remporte le Queer Lion: «Ce film est mon œuvre la plus personnelle»
INTERVIEW. Le couturier fait ses débuts au cinéma en réalisant «A Single Man», portrait d'un professeur d'université confronté au décès brutal de son compagnon. Le film vient d'obtenir le «Queer Lion», récompensant le meilleur film LGBT à la Mostra de Venise.

Le premier film du couturier américain Tom Ford, A Single Man, a remporté vendredi «à l'unanimité du jury» le Queer Lion 2009, qui récompense le meilleur film ayant un héros ou une thématique LGBT, au Festival international de cinéma de Venise.
Le jury a opté pour ce film pour «la perfection formelle de son portrait d'un homme et de la dignité de son amour». Cette «réussite artistique» «nous rappelle la nécessité absolue de lois garantissant l'égalité des droits, afin que tout amour puisse être vécu ouvertement et au grand jour», ont ajouté les deux présidents du jury cette année, les cinéastes et critiques Gustav Hofer et Luca Ragazzi.
Co-produit par l'ex-directeur artistique des maisons Gucci et Yves Saint-Laurent, Tom Ford, le film dresse le portrait de George Falconer, un professeur d'université d'âge mûr – remarquablement interprété par Colin Firth (photo) – dont le compagnon meurt dans un accident de voiture.
Le film reconstitue le décor et l'esprit des sixties – le film se passe en 1962 pendant la crise des missiles à Cuba – et dépeint la réprobation sociale entourant l'«homosexualité invisible» de l'époque.
Dans cet entretien à l'AFP, Tom Ford confie que «Ce film est probablement la chose la plus personnelle que j'aie jamais créée», mais il se défend d'avoir tourné «un film gay». Un paradoxe pour celui qui vient de remporter, justement… le prix du meilleur film gay!
Pourquoi avez-vous voulu adapter un roman de Christopher Isherwood?
Tom Ford: J'avais lu A single man à vingt ans et lorsque je me suis mis à chercher un projet de film et à lire beaucoup de scénarii, j'ai réalisé que je pensais souvent au héros de ce roman, George. En le relisant au milieu de la quarantaine, je l'ai interprété tout autrement. Cela parlait d'un homme ancré dans le passé, incapable de vivre dans le présent ou d'imaginer l'avenir. Cela résonnait en moi parce qu'à cette époque de ma vie, je ressentais un peu la même chose. J'avais tout ce que l'on peut imaginer au niveau matériel, mais je me rendais compte que j'avais négligé, disons, le côté spirituel de ma vie. Alors cela m'a semblé être le film idéal à tourner.
Avez-vous réfléchi à la manière dont vous alliez représenter l'homosexualité?
Je n'ai pas du tout pensé à l'homosexualité. L'une des choses que j'ai toujours aimées chez Isherwood, c'est que dès les années 1930 ses romans, qui sont autobiographiques, ont toujours eu des héros homosexuels parce que lui-même l'était, mais jamais ceux-ci ne sont montrés en conflit avec une sexualité qui les torture… Ce sont des personnages comme les autres, qui traversent la vie et j'aime beaucoup cet état de choses naturel. C'est comme cela que je vis ma propre vie, c'est comme cela aussi que Christopher envisageait la sienne, mais bien sûr je vis, moi, à une époque différente. Mais je n'ai pas voulu faire «un film gay», c'est un film universel sur l'amour. Malgré cela bien des gens, peut-être pas en Europe mais aux Etats-Unis, dès qu'ils voient un personnage gay, se disent «Ah, voilà un film gay!». Le héros se trouve être un homosexuel, et alors?
D'où vient votre envie de tourner des films?
J'ai toujours voulu faire des films et j'espère arriver à en tourner tous les deux ou trois ans, je m'implique très sérieusement là-dedans. D'un point de vue philosophique, en tant que couturier vous pouvez travailler beaucoup et créer des choses qui auront un pouvoir incroyable, le temps de ça! (il claque dans ses doigts, NDLR) Car six mois ou un an plus tard, ce pouvoir s'est envolé. Dans un film, on décide ce que font et disent les personnages, s'ils vivent ou meurent, à quoi ils ressemblent et c'est fixé pour toujours. Deux cents ans plus tard, les gens pourront voir le film et être envahis par l'émotion, à nouveau et pour toujours. Le cinéma est plus éternel que les Pyramides ! Et pour moi le cinéma est un véritable univers parallèle, alternatif, certains films m'ont influencé autant que des expériences réelles. La mode est une forme d'art commercial. Alors que là, c'est de l'expression pure. Ce film est probablement la chose la plus personnelle que j'aie jamais créée.
En bonus, la bande-annonce du film:
Avec AFP. Photos: DR.


















De NémoGizmo
tjr aussi sexy, Tom Ford. :-9 et à présent, créateur multi-cartes.. chapeau.