Tatiana de Rosnay et le tabou saphique
Avec son nouveau roman, «Boomerang» (éd. Héloïse d'Ormesson), Tatiana de Rosnay, déjà auteure de «Elle s'appelait Sarah» et «La Mémoire des murs», nous rappelle si besoin était combien sa plume sait se faire délicieusement enlevée.
Un week-end à Noirmoutier qui change tout. Parce que l'accident de voiture survient. Parce qu'il bouleverse Antoine. Et le contraint à parcourir mentalement le chemin qui mène jusqu'à ces vacances familiales sur cette même île, quelque trente-cinq ans plus tôt, quand sa mère était encore en vie. L'occasion pour lui d'accepter qui il est et d'où il vient. Et de renaître à l'amour. Tout cela par la grâce d'un secret de famille, tabou sur fond d'amours homosexuelles féminines, qui refait surface malgré la honte et le silence imposé. Avec son nouveau roman, Boomerang (éd. Héloïse d'Ormesson), Tatiana de Rosnay, déjà auteure de Elle s'appelait Sarah et La Mémoire des murs, nous rappelle si besoin était combien sa plume sait se faire délicieusement enlevée. Surtout lorsqu'il s'agit de briser des tabous et de dépeindre des personnages féminins so sexy. Entretien.

TÊTUE:Sans dévoiler le secret de famille dont il est question, pourquoi avoir choisi de faire de l'homosexualité un sujet central de votre roman?
Tatiana de Rosnay: J'avais envie de parler d'un secret de famille qui ait trait à un amour qui serait considéré comme tabou dans une famille coincée du XVIe arrondissement. Je crois que dans les années 70, à l'époque où cette histoire d'amour s'est déroulée, elle a effectivement dû faire l'effet d'une bombe. Je suis quelqu'un de positif et j'espère sincèrement qu'aujourd'hui ce serait différent, que c'est entré dans les mœurs, mais de ce que je lis dans les journaux ou que j'entends à la radio ou la télévision, je n'en suis hélas pas si sûre.
Ce roman est-il votre façon de militer auprès du grand public?
Je ne dirais pas que j'écris des livres militants, je suis romancière. Mais d'une certaine façon, vous avez raison. D'ailleurs, l'autre jour, j'étais invitée d'une émission à la télévision et une lycéenne m'a demandé si ce livre était pour moi une façon de lutter contre l'homophobie. C'était très touchant. J'ai le sentiment que cette génération est beaucoup moins homophobe que les jeunes d'il y a trente ou quarante ans. Je ne pouvais pas bien sûr dévoiler totalement ce secret de famille qui est la base du livre, mais j'ai dit à cette jeune fille que, oui, j'avais eu envie de rendre hommage à un amour différent, dans un contexte familial pas très chaleureux. Contexte familial qui n'est pas du tout le mien, je tiens à le préciser (sourire).
Au-delà du thème même de l'homosexualité, vous avez créé un personnage qui ne peut qu'attirer les filles: Angèle, la troublante embaumeuse.
C'est sûr! Ce qui est incroyable c'est que ce personnage, qui m'a été largement inspiré par la série «Six Feet Under», séduit autant les hommes que les femmes. Angèle plaît parce qu'elle est libre, parce qu'elle est elle-même sans succomber aux clichés, parce qu'elle n'a pas froid aux yeux, qu'elle porte un perfecto et conduit une Harley en restant très féminine. Et surtout, elle est terriblement sexy sans être blonde à forte poitrine ! J'ai d'ailleurs créé son profil sur Facebook et ça marche du tonnerre ! Elle vit sa vie et cela a suscité un véritable buzz autour du bouquin. Il y a les lecteurs qui ont compris qu'elle était un personnage de fiction et puis d'autres qui se disent qu'Angèle existe.
Angèle se fait-elle draguer?
Ah ça oui ! Qu'est-ce qu'elle se fait draguer! Beaucoup par des bikers, mais elle reçoit aussi des petits messages très admiratifs de filles. Il y en a qui lui disent : « Tu es belle... » Elle répond très gentiment à tout le monde. Et d'ailleurs, je peux vous assurer qu'elle va être très fière d'être dans Têtu...
À la fin de votre livre, vous remerciez Abha Dawesar, l'auteure de Babyji. Vous vous connaissez bien?
Abha, c'est quelqu'un de très important pour moi. D'abord, elle est une amie chère. Et puis, nous avons le même éditeur. Nous nous sommes d'ailleurs rencontrées comme cela, dans l'appartement d'auteurs qu'Héloïse d'Ormesson met à disposition. Abha est une jeune femme brillante, drôle, j'adore ses livres. Comment résister à Babyji ? Son prochain livre est très différent, très noir, passionnant comme elle. Elle-même avait lu Boomerang sur manuscrit et, évidemment, elle est tombée amoureuse d'Angèle ! La première chose qu'elle m'ait dite, avant même de me donner de précieux conseils, c'est : je veux chevaucher la Harley d'Angèle assise derrière elle... »
Boomerang, de Tatiana de Rosnay, traduit de l'anglais par Agnès Michaux, Editions Héloïse d'Ormesson, 300 pages, 22 euros.























