«Pas de gondoles pour Denise»: la dernière friandise des Caramels Fous
Après l'immense succès de «Madame Mouchabeurre», la célèbre troupe de chanteurs gays fête trente ans de bons et loyaux services avec «Pas de gondoles pour Denise», sur la scène du Théâtre du Gymnase. Drôle et plutôt bien foutu.

Comment ça marche? Encore une fois, la recette où se mêlent l'énergie des chanteurs et une scénographie très pro, le tout lié par un livret signé Michel Heim, qui détourne les paroles de chansons familières, est un régal. Vous n'aurez aucun mal à deviner que Je me suis fait sauter pour des prunes fait allusion à un tube de Lio. Quel gay peut décemment ignorer Evidemment de France Gall? Rassurez-vous, l'éventail des chansons est plus étendu et satisfait vraiment tous les goûts. De Sylvie et Panne d'essence à Johnny et Ma gueule en passant par George Michael, I want your sex. Les hystéros de l'Eurovision se satisferont de Waterloo. Même les amateurs de Chicago et Les Misérables seront servis. Hymnes de la communauté gay! En plaçant Carmen, Un soir de pluie et Ça m'énerve, Michel Heim s'est posé en rassembleur.

Rire et réfléchir
La dénommée Denise ne partira à Venise. Que c'est triste Denise... Mais qui est cette Denise? Une femme de ménage qui balade sa bonhomie et son balai d'un plateau de télévision à un salon d'esthétique en passant par un Palace, bel hommage rendu à la série mythique de Jean-Michel Ribes... Serait-elle l'héroïne? Non, plutôt le fil rouge de cette histoire. Le thème central est sans aucun doute la drague. Que ce soit à l'ancienne: via un jeu télévisé, en plein air, en boîte de nuit, dans un hammam. Ou de la drague version moderne: en usant des sites de rencontres. Les destins mêlés des protagonistes les conduisent d'une prison vers la suite d'un émir à la double vie, ou encore devant l'autel d'une église jusqu'à l'aéroport d'Orly...
Résultat: un spectacle dense, moins loufoque que les précédents, dans lequel des sujets comme le voile intégral, le racisme ou l'exclusion sont abordés de front. On peut rire et réfléchir. Mention spéciale pour la banquière qui transforme Womaniser de Britney en un hymne anti-crise aux allures de méthode coué désespérée. Ou encore pour ce final explosif sur Jaiho, tiré de la B.O. de Slumdog Millionaire, une totale réussite. Décidément, cette nouvelle chorégraphe a fait des miracles.

Denise boude Venise
Certains tableaux sont plus réussis que d'autres, les perruques et les costumes semblent parfois avoir un peu souffert... Mais leur en faire le reproche serait oublier que les Caramels restent une troupe amateur animée par des bénévoles! Il faut donc y aller pour le bol de fraîcheur qu'ils nous offrent, pour les situations qui parlent à chacun de nous. Et parce qu'il y a de beaux gars en tenue moulante, parce que c'est léger et en même temps responsable. Et parce qu'on meurt d'envie de savoir pourquoi Denise boude Venise!
Pas de gondoles pour Denise
Au théâtre du Gymnase
Représentations jusqu'au 23 juin.
Prolongations les 27, 28 et 29 septembre (réservations déjà ouvertes).
www.lescaramelsfous.com
Photo: Philippe Escalier










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