Men: «Quand tu es une femme, c'est facile d'oublier que tu as du talent»
Ancienne du groupe lesbien et Riot grrrl culte Le Tigre, JD Samson a depuis formé Men, qui vient de sortir un premier album engagé et très réussi. Pour TÊTUE, le groupe parle féminisme, queer et homoparentalité.

Vous venez de sortir votre premier disque, Talk about body, après une longue série de concerts. Comme se passe cette sortie?
Michael: Très bien. On a eu de bonnes critiques. Lors des concerts, les gens connaissent déjà les paroles des morceaux et chantent avec nous... Ma mère me dit qu'elle écoute l'album tous les jours! (Rires). On a fait beaucoup de concerts car, quand on a écrit nos premières chanson, on a tout de suite voulu partir en tournée pour avoir le retour du public. C'est la meilleure façon de tester une chanson!
La musique est assez différente de ce que JD Samson pouvait faire avec Le Tigre...
JD Samson: Oui, pour différentes raisons, notamment parce que Michael influence beaucoup l'écriture. Il a amené avec lui tout un savoir musical. Le Tigre avait un son plus hip-hop, on gardait la même note tout au long de la chanson. Alors que Men fait des morceaux de pop plus structurés.
Comment est-ce que vous définiriez votre groupe?
JD: Homo, queer, féministe...
Michael: artistique...
JD: progressiste, radical, sex-positif.
Regardez le clip d'«Off Our Backs»:
Dans le morceau «Credit Card Babie$», vous parlez de «newborn gay creation» (une création homo de nouveaux-nés). Et vous chantez «I'm gonna fuck my best to get a little tiny baby» (je vais baiser de mon mieux pour avoir un petit bébé)... C'est un hymne pour l'homoparentalité?
Michael: Oui, c'est une chanson sur les différentes façons de devenir parent. Une lesbienne peut par exemple demander à un ami de lui donner du sperme... Personnellement, je peux très bien imaginer avoir un enfant avec quatre personnes.
JD: Parfois, quand je fais l'amour et que j'ai envie d'avoir un enfant, j'ai l'impression que si je le fais tellement bien, si j'y mets tout mon coeur, ça va marcher. C'est une chanson sur les personnes qui ont la trentaine, qui se demandent s'ils veulent un enfant ou pas. Car il y a aussi l'option de ne pas en avoir! C'est une période très frustrante, déroutante. Et on a mis toute cette frustration sur une musique complétement décalée, une disco très heureuse.
Que pensez-vous du succès actuel de Gossip, qui est un groupe très queer comme vous?
JD: Je suis très heureuse de ce succès... et fière! J'espère que ça les rend heureux.
Michael: C'est bien de voir que, malgré une telle notoriété, leur style n'a pas bougé. Ils sont toujours punk. Il y a parfois des gens qui pensent qu'il faut mieux rester dans l'ombre, qu'il ne faut surtout pas devenir «mainstream». Mais je trouve la façon dont Gossip mène sa carrière très bien. Et ce succès... Cela montre aussi à quel point ils étaient -et sont- bons!
Vous pensez que leur célébrité va avoir des conséquences sur d'autres groupes queer moins connus?
JD: Oui. C'est très bien qu'il y ait des gens queer qui produisent de la musique politique et ainsi parlent de leur communauté. Le fans de Gossip, qui sont parfois très «grand-public», peuvent très bien avoir la curiosité d'aller voir qui sont les «Top Friends» de Gossip sur MySpace et découvrir ainsi des groupes moins connus. C'est quelque chose qui peut profiter à tout le monde.
JD, tu as un look très masculin. Comment est-ce que tu te définis?
JD: Je me considère comme une femme, mais en réalité la façon dont on me désigne m'est égale. Je m'identifie aux mots lesbienne, femme, féministe... Et en même temps je m'identifie aussi à la révolution trans. Souvent je dis aux gens qu'ils peuvent dire «il» ou «elle», selon la perception qu'ils ont de moi.
De quoi doit parler le féminisme aujourd'hui selon vous?
Michael: L'optimisme, créer sa propre réalité et ne pas accepter une situation qui ne nous plaît pas. C'est ce que raconte un de nos morceaux: «If you want something, then you got something», si tu veux quelque chose alors tu l'obtiens. Je pense que l'on peut façonner le monde qui nous entoure.
JD: Je viens de lire un texte d'Eileen Myles, une écrivaine américaine, qui m'a beaucoup marqué. Elle y explique qu'en littérature, les femmes ont moins de critiques dans la presse que les hommes. Pourquoi? Parce qu'elles sont beaucoup moins sûres d'elles-mêmes, qu'elles se mettent moins en avant, parce qu'elles sont moins aimées. Dans ce monde, quand tu es une femme, c'est très facile d'oublier que tu es talentueuse! Or, pour réussir, tu as besoin de croire que tu es forte et puissante. Je pense qu'il est important de reconnaître ces inégalités pour mieux croire dans la future égalité.
Regardez le clip (super queer) de «Who am I to feel so free»...:
...et la version d'Anthony Hegarty:

Talk about body
Men
9,99€ sur iTunes.










LES CHAÃŽNES 











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De vinzo
la musique est plutôt répétitive d'un morceau à l'autre, pas trop mon truc....
Par contre les clips sont plutôt inventifs et bien foutus: j'aime bien!